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Dernière modification : 21/02/2014

Colombie : Medellin, la renaissance

Narcotrafic, guerre des gangs, homicides ou crimes d’État… Difficile, à Medellin, de trouver une famille qui n’a pas été frappée par un assassinat ou une disparition. En trente ans, plus de 80 000 personnes en ont été victimes. Aujourd’hui, la ville rêve de faire oublier sa mauvaise réputation, d’exposer au monde un nouveau visage et pourquoi pas, d’attirer les touristes.

Il y a un peu plus de vingt ans, le 2 décembre 1993, la police colombienne abattait sur un toit de Medellin l’un des fugitifs les plus recherchés au monde : Pablo Escobar. Le célèbre narcotrafiquant livrait alors une guerre sans merci contre l’État colombien. Et Medellin, sa ville, son refuge, était alors cataloguée comme l’une des villes les plus dangereuses de la planète. Les quartiers populaires de la ville étaient son vivier de recrutement. Des jeunes sans espoir d’un avenir meilleur cédaient à la tentation de l’argent facile et devenaient sicaires (tueur à gages), au service des "narcos", contre quelques pesos.

Depuis, la ville n’a cessé de se battre contre ses vieux démons. Une guerre absurde a survécu au parrain. Toujours, un nouveau parrain surgit et tente de contrôler Medellin, par guerre des gangs interposée. Les taux d’homicide sont restés longtemps parmi les plus élevés au monde. La ville semblait prise dans un cercle infernal de violence sans fin.

Mais vingt ans après la mort d’Escobar, Medellin, surnommée en Colombie "la ville de l’éternel printemps", renaît enfin de son passé difficile. Elle a reçu en 2013 le prix de la ville la plus innovante de l’année, décerné par le "Wall Street Journal", devant New York et Tel Aviv.

Le fantôme d’Escobar

Une distinction gagnée en partie grâce à un système de transport en commun particulièrement performant, avec son métro et des téléphériques qui relient les barrios - les quartiers populaires - au centre. Mais aussi grâce à une politique urbaine et un dynamisme économique hors pair. Comme si la ville entière était fatiguée de la violence et redoublait d’énergie pour en sortir. Les traumatismes sont lourds : à Medellin, toutes les familles ont souffert au moins un assassinat ou une disparition.

Pourtant, vingt ans après, le fantôme d’Escobar semble toujours planer sur la ville. Nous nous sommes rendus dans le quartier qu’il a fondé et porte aujourd’hui son nom. La plupart des habitants vivaient autrefois dans la décharge municipale et se sont vu offrir une maison neuve par le "parrain", dans les années 1980. Escobar, l’un des plus grands criminels de l’histoire colombienne, se prenait aussi pour un Robin des bois. Haï par une majorité de Colombiens, il est encore ici vénéré. Mais plutôt comme un souvenir lointain, un bienfaiteur, que comme un exemple à suivre.

Les leaders du quartier Escobar, comme Wberney que nous avons suivi, tentent chaque jour d’éloigner les plus jeunes de cette spirale de violence et de vengeance, et de la tentation de l’argent facile. Régulièrement, Wberney emmène les enfants du quartier faire connaissance avec leur ville, jusque dans les quartiers riches, pour qu’ils grandissent sans ressentiment. Il emploie toute son énergie à chercher des ressources pour le quartier, à faire en sorte que tous les enfants du barrio reçoivent des aides, ou des cadeaux à Noël. Des leaders come Wberney, il y en a des dizaines à Medellin. Ils sont sans doute pour quelque chose dans cette renaissance que connaît aujourd’hui la ville.
 

Un grand reportage de Pascale MARIANI et Juan OROZCO
Montage : John DE LOS RIOS

Par Pascale MARIANI , Juan OROZCO

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