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FRANCE

"Devoir justifier sa nationalité française à 68 ans est une humiliation !"

© France 3 Haute Normandie

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 11/02/2014

Un français, né au Sénégal et naturalisé en 1966, voit sa nationalité remise en cause pour un vice de forme administratif remontant à plus de 40 ans. Un problème légal qui le réduit, lui et sa famille, au statut d’immigré dont il s’était affranchi.

"Il n’y a pas de petite querelle", a écrit l’auteur malien Amadou Hampaté Bâ. Mais il y en a certaines qui sont pour le moins kafkaïennes. Français depuis 1966, Sikhou Camara, 68 ans, est menacé d’être déchu de sa nationalité après plus de quarante ans de vie citoyenne et républicaine.

Né au Sénégal en 1945, Sikhou Camara a été naturalisé par le tribunal de Rouen en 1966, sous le parrainage de Pierre Landemaine, proche de Léopold Sedar Senghor et consul général du Sénégal à Rouen pendant 35 ans. En 1986, sa naturalisation lui est confirmée. Mais en 1996, lorsque Sikhou Camara vient réclamer la nationalité française à laquelle sa nouvelle épouse a droit, le même tribunal d’instance de Rouen refuse de renouveler son certificat de nationalité.

Soudain tatillonne, la justice française replonge dans les archives de 1966 et y déniche un vice de forme : Sikhou Camara a demandé la nationalité française à l’âge de 20 ans, alors que la majorité légale de l’époque était de 21 ans. S’en suit une quinzaine d’années de flou administratif. Sikhou Camara n’est pas inquiété mais il est cependant dans l’impossibilité de transmettre la nationalité à son épouse ou à ses enfants nés en dehors du territoire national.

En 2012, le vieil homme, qui souhaite régulariser la situation revient à la charge pour son épouse, avec le renfort d’un avocat. La préfecture de Seine-Maritime lui notifie alors dans un courrier datant du mois de septembre qu’il "ne possède plus la nationalité française", et qu’à défaut de restituer l’ensemble de ses papiers d’identité, il sera inscrit sur "la liste des personnes recherchées". En échange, elle lui propose l’octroi d’un titre de séjour. Sikhou Camara refuse.

"C’est un problème de droit, pas un problème d’immigration"

"Mon père est Français. Toucher à sa nationalité, c’est toucher à son identité", s’offusque son fils Bakary qui met un point d’honneur à expliquer que cette affaire est un "problème de droit et non un problème d’immigration" : "On créé des statuts de Français provisoires. Devoir justifier de sa nationalité à 68 ans est une humiliation !"

Interrogé par France 24, Bakary rappelle – puisqu’on ne lui en laisse pas le choix - que l’histoire entre la famille Camara et la France ne date pas d’hier. Son père Sikhou est né à Moudéry, dans un village du Sénégal oriental quand le pays était une colonie française, d’une mère sénégalaise et d’un père retraité de la marine nationale. Au début des années 1960, Sikhou Camara arrive à Bordeaux par bateau et il s’installe rapidement à Rouen auprès de ses oncles. Pendant quarante ans, il y travaille comme soudeur. Rien d’exceptionnel : "À cette époque, venir en France, c’était comme monter à la capitale pour un Bougnat", insiste Bakary.

Dénonçant une "injustice à la justice" et "un crime au contrat social", Bakary rappelle que son père a "joué le jeu de la République toute sa vie" : Sikhou a voté à toutes les échéances électorales, a payé ses impôts, a élevé ses 13 enfants dans les valeurs républicaines. L’une de ses filles poursuit aujourd’hui des études de médecine à l’université de Rouen, une autre des études d’ingénieur à Lyon, un fils est lui engagé dans la Gendarmerie nationale. Pourtant, ses derniers, nés au Sénégal, se trouvent eux aussi menacés de perdre leur nationalité.

"Je ne me suis jamais considéré comme un immigré, mais cette histoire me ramène à ce statut", soupire Bakary Camara. Et d’ajouter : "Je vis en France, je suis Français. Moi j’ai résolu ce problème, mais c’est la France qui n’a pas résolu la question."

Le tribunal d’instance de Rouen récidive

Dans une lettre ouverte, Bakary Camara invective Manuel Valls et Christiane Taubira, respectivement ministres de l’Intérieur et Garde des Sceaux, pour demander la mise en application de la circulaire du 1er mars 2010, relative à la simplification des renouvellements des cartes d’identité et passeport. Il souhaite que son père et ceux qui sont dans la même situation n’aient pas "à subir l’humiliation d’avoir à justifier tous les dix ans leur appartenance à la communauté nationale".

Sikhou Camara n’est pas le premier dans ce cas. Avant lui, Ounoussou Guissé, né Français au Sénégal de père français, avait eu à subir le même préjudice. En 2007, le tribunal d’instance de Rouen – toujours le même - remettait en cause sa nationalité  sous prétexte que son père avait son domicile civil en France à la date de l'indépendance du Sénégal (1960), mais son domicile principal au Sénégal. Brigadier dans le 1er régiment de hussards parachutistes, Ounoussou Guissé a combattu pour la France au Tchad et en Afghanistan.

Sikhou Camara rêvait d’une retraite paisible, où il aurait pu circuler librement, comme n’importe quel citoyen, vivre entre la France et le Sénégal, où il a gardé des attaches. Mais avec son passeport qui expire dans deux mois et le refus de la préfecture de renouveler ses papiers, le vieil homme ne peut plus voyager. Pour mettre un terme à ce qu’il estime être un "acharnement administratif", il a intenté une action "en confirmation de sa nationalité devant le tribunal d’instance de Lille, seul compétent en la matière. Combattif, il estime que si "l’État a fait une erreur, qu’il la répare. Mais ce n’est pas à moi d’en subir les conséquences", comme il l’a confié au micro de France 3. Décision attendue le 8 mars. 

 

Première publication : 10/02/2014

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