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Afrique

La Centrafrique face à "un nettoyage ethno-religieux massif"

© Antonio Guterres, Haut-commissaire aux Réfugiés \ France 24

Vidéo par Catherine NORRIS TRENT , Sylvain ROUSSEAU

Dernière modification : 12/02/2014

Le Haut Commissaire aux réfugiés, Antonio Guterres, a dénoncé mardi sur FRANCE 24 "une catastrophe humanitaire" en Centrafrique. La mission de désarmement des troupes françaises, qui attendent la venue de Jean-Yves Le Drian mercredi, se poursuit.

Les ONG mobilisées en Centrafrique tirent la sonnette d’alarme les unes après les autres. Le Haut Commissaire pour les réfugiés (HCR), Antonio Guterres, s’est rendu à Bangui mardi 11 février pour visiter les camps de déplacés. Il a dénoncé, sur FRANCE 24, "une catastrophe humanitaire" à l’encontre de civils musulmans, persecutés par des milices anti-balakas.

"On est face à un nettoyage ethno-religieux massif", a indiqué le représentant des Nations Unies, qui précise que les massacres se poursuivent. Selon lui, les musulmans sont forcés de fuir mais ne savent pas où trouver refuge parce que les milices anti-balakas bloquent les routes avec des barrages.

Le Haut Commissaire aux réfugiés Antonio Guterres parle de "catastrophe humanitaire"



"Il faut augmenter les troupes"

Antonio Guterres, qui parle d’"une société civile brisée", a appelé à "mobiliser massivement la communauté internationale" pour la sécurité des Centrafricains. Si aujourd’hui, les troupes déployées dans le pays comptent environ 7000 hommes avec 5 400 membres de la force de l'Union Africaine (Misca) et 1 600 soldats français, "ce n’est pas suffisant, affirme-t-il. Il faut les augmenter immédiatement."

Le constat est tout aussi accablant du côté d’Amnesty international. Dans un communiqué publié mercredi 12 février, l’ONG a évoqué un "nettoyage ethnique" de civils musulmans, qui se déroule dans l'ouest de la Centrafrique. Un massacre que les forces internationales ne "parviennent pas à empêcher", précise le rapport. Tout comme le HCR, Amnesty a appelé à "faire barrage au contrôle des milices anti-balaka et déployer des troupes en nombre suffisant dans les villes où les musulmans sont menacés".

9 000 musulmans ont fui vers le Cameroun

Depuis le renversement du président François Bozizé en mars 2013 par Michel Djotodia et la rébellion Séléka, la Centrafrique a sombré dans des violences interconfessionnelles. La Séléka, à majorité musulmane, a été accusé de nombreuses exactions a l'égard des populations chrétiennes. En réaction se sont organisées des milices d’auto-défense paysannes à dominantes chrétiennes, les "anti-balaka", décidées à se venger de la Séléka, comme des civils musulmans.

Environ un quart des 4,6 millions d'habitants de la Centrafrique a dû se déplacer, dans le pays même, par crainte des violences entre chrétiens et musulmans. Depuis décembre 2012, il y a en tout 246 000 personnes réfugiées dans les pays voisins. Sur les seuls 10 derniers jours, près de 9 000 personnes de différentes nationalités, pour la plupart des musulmans, ont fui vers le Cameroun voisin, avait annoncé vendredi le HCR.

De son côté, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui doit se rendre à Bangui mercredi, a durci le ton contre les milices centrafricaines, affirmant que les forces internationales étaient prêtes à mettre fin aux exactions, "si besoin par la force". Sa mise en garde intervient après plusieurs déclarations de responsables militaires français, ainsi que de la Misca, allant dans le même sens.

Les anti-balakas omniprésents

En attendant, les soldats français continuent leurs opérations de désarmement dans le pays. Les anti-balakas sont présents dans quasiment presque tous les villages traversés. "Nous sommes 127", dit l’un d’entre eux. Si cette milice a déjà été désarmée, la tension est palpable. "J’ai rejoint les anti-balakas pour aider mon pays, qui est en train d’être dévasté par les musulmans, affirme une jeune femme. C’est pour ça que je suis allée les rejoindre dans la brousse".

Selon le lieutenant Gueric, 3e escadron du 1er régiment de hussards parachutistes, il existe "beaucoup d’éléments incontrôlés en Centrafrique". "Des gens ont terriblement souffert et ont du mal à être canalisés, explique-t-il. D’où l’importance d’avoir les coordonnées des chefs pour pouvoir avoir une emprise sur ces gens, qui sont dangereux pour tout le monde".

Première publication : 12/02/2014

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