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LA SEMAINE DE L'ECO

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Dernière modification : 17/02/2014

Hollande aux États-Unis : peut-on importer la Silicon Valley en France ?

À Washington, François Hollande et Barack Obama ont rendu hommage à l'amitié franco-américaine. Après la Maison Blanche, le président français s'est rendu en Californie, dans le creuset des entreprises du numérique. Faut-il redresser l'image de la France en Amérique ? Peut-on importer le modèle de la Silicon Valley en France ?

Pour aller plus loin, lisez l'interview d'un entrepreneur français établi dans la Silicon Valley : Jérôme Lecat, PDG de Scality, leader des solutions de stockage à très grande échelle.

FRANCE 24 - Vous avez créé plusieurs start-up en France, mais pour vous développer, vous avez dû partir dans la Silicon Valley. Pourquoi ?

Je ne dirai pas que j'ai "dû partir". Je pense qu'on peut faire de très beaux projets en France, d'ailleurs ma première start-up, Internet-Way, est restée en France… jusqu'à ce que je la revende à un américain quinze ans plus tard!

Je pense qu'il est difficile de faire un succès mondial sans être "là où ça se passe". La France, c’est génial pour démarrer, les ingénieurs français sont brillants. Mais pour se faire un nom et grandir, il faut aller dans la Silicon Valley : ça bouillonne, l’écosystème est là, c’est un sentiment que l’on a pas du tout en France.

FRANCE 24 - Peut-on "importer" la Silicon Valley en France?

On l'a fait un peu avec le Silicon sentier, mais je ne crois pas que l'on puisse "importer" la Silicon Valley en France. Ce serait comme vouloir importer l'aéronautique à Metz. Il y a des constructions d'écosystème qui échappent à la planification du territoire. Si l'aéronautique est dans le sud-ouest c'est essentiellement parce que M. Latecoere y a grandit et à choisit d'y établir ses usines.

Je pense en revanche que la Silicon Valley est un excellent exemple, et qu'il faut s'en inspirer : le cycle vertueux du financement des start-up, les stock-option et la répartition du succès sur un grand nombres d'employés, la glorification des entrepreneurs qui prennent des risques, une souplesse au niveau du droit du travail qui permet de licencier rapidement en cas de moment difficile… Mais je pense qu'on devrait aussi aider les start-up à venir dans la Silicon Valley.

FRANCE 24 - La France semble rattraper son retard avec la création de hub High Tech ?

Je ne pense pas que la France ait un retard, en création d'entreprises High Tech. Mais on ne les accompagne pas pour devenir des Google et des Yahoo!. Pour ça, il faut passer par la case Silicon Valley. C’est simple, c’est la machine à fabriquer des succès d’envergure mondiale. On n’ a pas encore ça ailleurs.. Pourquoi ne pas créer une sorte de passeport "Silicon Valley" et aider les start-up françaises à venir ici?

FRANCE 24 - François Hollande a tout de même fait plusieurs annonces lors de sa visite aux États-Unis en faveur du développement des start-up en France. Il veut notamment créer un nouveau mécanisme fiscal pour permettre de mieux rémunérer leurs salariés. Qu'en pensez-vous ?

Pour moi son message c'était : "je vous ai compris", c'est une excellente chose. Maintenant, la difficulté sera dans les détails. Chez Scality, plus de la moitié des employés ont investi de leur propre argent pour un montant médian de 40 000 euros, c'est un engagement extraordinaire. Ils possèdent moins de 1% de l'entreprise, mais bénéficieront ils d'un régime fiscal adapté ?

Les fondateurs de start-up se payent souvent au SMIC plusieurs années, et puis le jour où ils vendent ils touchent le pactole, que ce soit quelques centaines de milliers d'euros, ou quelques dizaines de millions… mais ils se retrouvent fiscalisés au taux maximum pour le fruit d'années de travail.

Dans le cas de Scality, pour aller plus vite, nous avons racheté la technologie initiale à une autre entreprise. Du coup beaucoup de dispositifs ne nous sont pas éligibles, alors que nous sommes absolument une start-up.

FRANCE 24 - Vous avez écrit une lettre ouverte à François Hollande dans laquelle vous parliez notamment de l’image de la France. Selon vous, sa perception à l’étranger est pire que la réalité, et vous donnez l’exemple d’investisseurs vous ayant fermé la porte parce que votre R&D (Recherche et Développement) se trouvait en France. Comment l'expliquez-vous ?

Les investisseurs américains retiennent du droit du travail les 35 heures, les cinq semaines de congés payé, la nonchalance de certains employés qui n'ont pas peur de se retrouver au chômage, la quasi impossibilité de licencier…

Pourtant, quand notre investisseur américain, Menlo Ventures, à visité nos bureaux de Paris il a été surpris de l'activité qui y règne et a même déclaré "mais c'est comme dans la Silicon Valley!"

Il n'en reste pas moins qu'il y a une part de réalité dans les critiques des investisseurs américains à l'égard du droit du travail français, en particulier l'impossibilité de licencier rapidement lorsqu'une start-up ne réussit pas est un vrai problème qui mène des projets à la faillite, alors qu'ils pourraient être sauvé avec un repositionnement.

FRANCE 24 - Que faudrait-il faire pour changer la donne ? En ce sens la visite de François Hollande a-t-elle aidé ?

La visite de François Hollande a été une bonne chose, mais il faudrait une communication plus ciblée envers les investisseurs. La meilleur chose serait que les fonds d'investissement français viennent régulièrement rencontrer leurs homologues de la Silicon valley pour établir des relations de confiance, le dialogue pourrait alors s'établir.

Des propos recueillis par Farah Boucherak.

 

 

 

Nos invités

Jean-Marc Daniel

Professeur, ESCP-Europe

Juliette MÉADEL

Fondatrice de l'association "L'avenir n'attend pas"

Denis Payre

Vice-président de "Nous Citoyens"

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