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Procès Simbikangwa : un ex-Premier ministre dénonce les "mensonges" des historiens

© FRANCE 24

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 19/02/2014

Témoin du procès du génocidaire rwandais présumé Pascal Simbikangwa, l'ex-Premier ministre Faustin Twagiramungu a profité de son audition mardi pour s'offrir une tribune politique. Sans apporter d'éléments nouveaux sur le profil de l'accusé.

C’est en qualité de témoin "volontaire" que l’ex-Premier ministre rwandais Faustin Twagiramungu se présente, mardi 18 février, au procès de Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France pour son implication présumée dans le génocide de 1994. En ce 11e jour d’audience, la cour d’assises de Paris attend de cette audition qu’elle l’éclaire un peu plus sur le parcours effectué par l’accusé au sein du service central des renseignements (SCR) durant les années précédent le massacre de 800 000 Tutsis et Hutus modérés.

Las, de Pascal Simbikangwa il ne sera presque pas question lors de l’audition de celui qui occupa la tête du premier gouvernement rwandais post-génocide (1994-1995). Tout juste apprendra-t-on de sa bouche que le prévenu, cloué dans un fauteuil roulant depuis l’accident qui mit fin à sa carrière militaire en 1986, était un fonctionnaire du SCR à "l’influence minimale". "S’il faisait un papier pour arrêter quelqu’un, il ne pouvait pas le sortir sans l’autorisation de la direction", croit savoir Faustin Twagiramungu, qui était alors à la tête du Mouvement démocratique républicain (MDR), parti d'opposition composé principalement de Hutus. Et d’affirmer à propos des mauvais traitements dont se serait rendu coupable l’accusé : "Personne n’est venu se plaindre à moi qu’il avait été maltraité par Pascal Simbikangwa. J’ai entendu parler de lui, c’est vrai, mais les décisions qu’il aurait prises je les ignore."

"Êtes-vous venu délivrer un discours politique ou un témoignage ?"

De fait, ce qui semble intéresser davantage le témoin est bien moins de rétablir la réputation du prévenu que la vérité d’une histoire trop longtemps laissée à l’appréciation de spécialistes occidentaux. "Des racistes sont venus raconter des choses ici-même dans le but de faire passer les Hutus pour des sauvages !", lâche à la barre celui qui se présente comme un "politicien rwandais" vivant en exil en Belgique.

Son parti dissous en 2003 par les autorités de Kigali pour "propagation de l’idéologie du génocide", Faustin Twagiramungu s’est présenté la même année à la présidentielle rwandaise face à l’actuel chef de l’État Paul Kagamé. "Vous avez un itinéraire politique, un agenda politique. J’ai pu voir sur Internet qu’on vous présentait comme un ‘redoutable’ opposant au président Kagamé. Êtes-vous venu délivrer un discours politique ou un témoignage ?", s’insurge Me Simon Foreman, un des avocats des parties civiles passablement agacé par le peu d’empressement du témoin à s’arrêter sur le cas qui intéresse la cour. "C’est mon rôle d’homme politique rwandais de venir à la barre", rétorque l’ancien Premier ministre pour qui "connaître l’histoire de mon pays, ce n’est pas reconnaître les mensonges des historiens".

"Personne ne peut me tromper sur l’histoire de mon pays"

Tout au long de son audition, Faustin Twagiramungu ne cessera donc de se présenter comme le garant de la véracité historique. "Depuis 1959, je m’intéresse à l’histoire de mon pays. Personne ne peut me tromper là-dessus", lâche-t-il. Interrogé sur les mécanismes que le pouvoir hutu est accusé d’avoir mis en place pour orchestrer le génocide des Tutsis au lendemain de l’attentat contre le président Juvénal Habyarimana, l’ancien Premier ministre affirme n’avoir jamais eu connaissance d’une quelconque entreprise concertée et préparée.

Pour le témoin, impossible de dire si les milices hutus Interahamwe ou la Radio télévision libre des Mille collines (RTLMC), qui jouèrent toutes deux un rôle significatif dans le génocide, ont été "manipulées" par un quelconque centre de décision : "Il y avait un vide du pouvoir. Le président et le Premier ministre avait été assassinés. Le pouvoir n’existait pas, il n’existait que de petites décisions."

Même chose pour l’Akazu, cette organisation des proches de Juvénal Habyarimana qui aurait ordonné l’exécution du génocide : "Deux ou trois personnes qui avaient de l’influence dans le cercle présidentiel, c’était cela l’Akazu. Mais ce mot a été prononcé pour la première fois en 1991 quand cette histoire de génocide n’existait pas. Les gens inventent tout."

Mauvaises fréquentations

Sans jamais en prononcer le mot, Faustin Twagiramungu se fait plusieurs fois l’écho de la théorie du "double-génocide" selon laquelle les Hutus auraient également été victime d’un massacre de masse. "Je dis à mes frères tutsis que la souffrance ne peut pas être un monopole, c’est l’affaire de tous. Aussi longtemps qu’on distinguera les morts, nous ne pourrons pas nous réconcilier. On ne dit rien des Hutus tués en RD Congo."

L’avocat général, Bruno Sturlese, en profite pour rappeler les mauvaises fréquentations du témoin. Récemment, ce dernier s’est en effet allié avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), groupe armé de rebelles hutus rwandais accusé d’exactions dans l’est de la RD Congo. "La politique, ce n’est pas ma tasse de thé", intervient l’avocat général qui demande, faussement naïf, si les FDLR peuvent être considérées comme un parti politique. "Cela fait 20 ans que des gens sont poursuivis, arrêtés et tués dans cette région. J’ai pris cette décision en ma propre conscience, répond Faustin Twagiramungu. Et d’ajouter : "Les Hutus, ces tueurs de toujours, vous y croyez toujours ? Ce sont des histoires, des fantasmes, des hypocrisies."

L’audition prend fin sans qu’elle n’ait pu offrir d’éléments nouveaux sur les actions de Pascal Simbikangwa au sein du SCR. "Vous pouvez retourner à vos activités politiques", conclut le président de la cour Olivier Leurent à l’adresse du témoin.

 

Première publication : 19/02/2014

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