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Moyen-Orient

Ces djihadistes français partis en Syrie qui "ne veulent pas revenir"

© AFP - Des djihadistes du Front al-Nosra, le 8 février près d'Alep

Texte par Steven JAMBOT

Dernière modification : 18/02/2014

Omar Ouahmane, journaliste à France Culture, a interviewé plusieurs Français partis faire le djihad en Syrie. Leur point commun : ils se disent prêts à mourir en martyr et ne s’imaginent pas revenir en France.

En Syrie, 700 Français combattent l’armée du régime de Bachar al-Assad aux côtés des djihadistes, a déclaré le ministre français de l'Intérieur, Manuel Valls, il y a quelques semaines. Une semaine après la publication du témoignage exclusif d'un djihadiste français, "Pourquoi je veux mourir en Syrie", recueilli par Charlotte Boitiaux pour FRANCE 24, le journaliste Omar Ouahmane a dévoilé, mardi 18 février, dans "les matins de France Culture" les histoires de plusieurs Occidentaux eux aussi partis en Syrie. Pendant deux mois, il a recueilli via Skype leurs témoignages pour tenter de comprendre les motifs de leur "vocation".

"Si je veux je rentre en France et je fais tout péter !"

Les jeunes Français contactés par France Culture "sont tous des djihadistes partis en Syrie pour mourir en martyr", explique Omar Ouahmane à FRANCE 24. "Ils veulent sauver leur âme en mourant dans le Sham (le Levant) pour aller au paradis", ajoute-t-il. Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste des mouvements djihadistes, précise que ces djihadistes français "sont tous sincères" : "Ce ne sont pas des psychopathes mais plutôt des idéalistes prêts à mourir pour leur cause."

Les hommes contactés par France Culture "aiment la mort et ne s’imaginent pas revenir en France", explique Omar Ouahmane, alors que les autorités françaises craignent le retour dans l'Hexagone des djihadistes de Syrie. Un des combattants français interviewé lâche même, hilare : "Nous, aujourd'hui, on a des papiers européens, moi si je veux je rentre en France et je fais tout péter !" "Ils ne reviendront pas", croit savoir Omar Ouahmane, mais s’ils le devaient, "ils s’imaginent à Paris avec leur kalachnikov, pas en passager lambda dans le RER".

"Peu sont en première ligne"

Selon Wassim Nasr, "si les djihadistes occidentaux comptaient revenir, ils ne communiqueraient pas". Et de rappeler que "la plus value d’un terroriste est d’agir en secret" : "Même s’ils voulaient être dangereux, ils sont grillés." L’utilisation de Skype, système de communication par Internet peu sûr de l’avis des experts, en fait également des cibles faciles à traquer pour les services de renseignement occidentaux.

Omar Ouahmane précise que les Français qu’il a interviewés "sont des combattants" évoluant dans la région d’Alep. "Ils sont là-bas depuis un an et demi et ont par exemple participé à la prise de l’aéroport militaire de Menagh", précise-t-il. Cependant, "beaucoup des djihadistes français évoluant en Syrie ne sont pas en première ligne" lors des combats, relativise Wassim Nasr. "En arrivant dans des camps d’entraînement, ils sont jugés, jaugés et chacun est affecté à un domaine de compétence en particulier : la communication sur les réseaux sociaux, les explosifs, la cuisine, etc. Il n’y a pas d’unités de combattants français sur le terrain, à la différence d’autres nationalités, comme les Marocains par exemple."

Les djihadistes soignent leur communication

Ce qui est frappant dans les témoignages diffusés sur France Culture, c'est la légèreté avec laquelle ces hommes s'expriment. Omar Ouahmane confirme que le contact avec ces combattants s’est fait relativement facilement. Un de ses interlocuteurs, Abou Shaheed “était vraiment dans la com’”. Faut-il y voir une stratégie de communication globale orchestrée par les mouvements djihadistes ? Non, selon Wassim Nasr, car si "depuis environ un an, les djihadistes occidentaux parlent plus aisément", "ils ont souvent demandé l’autorisation à leur émir, ne communiquant pas en secret". Mais "ils choisissent leurs interlocuteurs avec la volonté d’exprimer leur point de vue pour attirer des gens dans leur combat". Wassim Nasr constate d'ailleurs que "les spécialistes sont plus enclins à les écouter et à leur donner la parole" qu’au début du conflit. "Le conflit syrien a introduit une nuance dans la perception des djihadistes qui ne sont plus vus comme de simples terroristes", conclut-il.


Première publication : 18/02/2014

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