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Afrique

Le président ougandais promulgue la très controversée loi anti-gay

© AFP

Vidéo par Salima BELHADJ

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 24/02/2014

Le président ougandais a promulgué lundi une loi controversée durcissant la répression de l'homosexualité. Les groupes de pression religieux savourent leur victoire, les défenseurs des droits de l'Homme expriment leur consternation.

L’homosexualité illégale dans 38 de 54 pays africains
- Mauritanie, Soudan, Somalie : homosexualité passible de la peine capitale.

- Nigeria : la loi prévoit 14 ans de prison en cas de mariage homosexuel.

- Gambie: les homosexuels encourent jusqu'à 14 ans de prison.

- Cameroun : homosexualité considérée comme un délit pénal et les homosexuels risquent jusqu'à 5 ans de prison.

- Sénégal : Actes homosexuels passibles de 1 à 5 ans de prison.

                
    

 

"Je vais désormais vivre comme un fugitif dans mon propre pays", déplore BrYoncé, homosexuel ougandais sur le réseau social Twitter devenu le lieu de son militantisme pro-gay. À compter de ce jour, la publication de ce genre de message se fera à ses risques et périls. Malgré les avertissements de la communauté internationale, le président ougandais Yoweri Museveni a signé, lundi 24 février à Entebbe, une loi violemment anti-gay qui durcit l’arsenal législatif déjà en place en Ouganda.

Adoptée mi-décembre par le Parlement, cette loi est l’une des plus sévères d’Afrique en la matière. Elle prévoit la prison à vie pour les récidivistes, interdit toute forme de promotion de l’homosexualité, condamne l’aide apportée aux homosexuel(le)s, bisexuels ou transgenres et incite à la dénonciation de quiconque s’affiche comme homosexuel.  "Cela revient à condamner les associations pro-gays et les groupes de parole qui s’expriment à ce sujet", estime Sarah Sakho, correspondante de FRANCE 24 en Ouganda
 
Les avertissements de la communauté internationale restés lettre morte

La menace de Barack Obama, qui avait déclaré le 17 février que la promulgation de la loi risquerait de compliquer les relations entre Washington et Kampala, ou les conseils du Nobel de la paix sud-africain Desmond Tutu, qui appelait dimanche 23 février à la "tolérance" et la "compassion", sont restés sans écho.
 
Faisant la sourde oreille au nom de la "moralité", Yoweri Museveni a fini par signer la loi controversée. Face à un défi cornélien, il a choisi de se plier aux injonctions de son peuple, en majorité favorable à la loi,  plutôt qu'à celui des puissances étrangères, au risque de perdre l'aide des États-Unis, qui s'élevait l'année dernière à 265 millions de dollars : "Les étrangers ne peuvent pas nous donner des ordres. C'est notre pays", a-t-il martelé lundi après avoir paraphé la loi : "Je conseille aux amis occidentaux de ne pas faire [du sujet] un problème" car "ils ont beaucoup à perdre", a-t-il poursuivi. 

"Imposer des valeurs sociales d'un groupe à notre société, c'est de l'impérialisme social. Maintenant, vous nous dites que nous devrions vivre comme vous. Pas du tout !", a poursuivi Yoweri Museveni.

Pressions des groupes évangéliques

Yoweri Museveni avait pourtant tergiversé et hésité. Le mois dernier, il assurait qu’il ne la signerait pas, considérant les homosexuels comme des "malades" qui avaient besoin d’être soignés et non d’être incarcérés. Mais un rapport scientifique réalisé à sa demande par le ministère de la Santé ougandais l’a fait changer d’avis : "Le président Museveni a justifié son geste et son retournement sur la base d’un rapport scientifique disant que l’homosexualité n’est pas génétique. Les homosexuels sont donc jugés responsables de leurs actes et ainsi condamnables", explique Sarah Sakho.  

"Le président Museveni a cédé aux pressions très importantes de son parti, le National Resistance Movement (NRM), qui a porté ce projet et l’a défendu face à un public très favorable au texte. L’autre groupe de pression qui l’a fait plier est religieux. Les 'born again', ces églises évangélistes inspirées du protestantisme américain, ont pignon sur rue. On y prône des doctrines très homophobes", poursuit la journaliste.
 
Chrétien évangélique très pieux, Museveni avait déjà entériné début février une loi antipornographie, interdisant notamment certaines manières de s'habiller jugées "provocatrices", bannissant les artistes légèrement vêtus de la télévision ougandaise et surveillant de près les sites consultés par les internautes.
 
Dénonciation des groupes de défense des droits de l’homme
Les dispositions les plus controversées du projet de loi – qui prévoyaient initialement la peine de mort en cas de récidive, de rapport avec un mineur ou en se sachant porteur du virus du sida - ont été abandonnées face à une levée internationale de boucliers. Les associations de défense des droits de l’Homme n’en dénoncent pas moins une loi qui porte atteinte aux libertés fondamentales.
 
"Les sanctions applicables à certaines formes de relations sexuelles entre adultes consentants, restreignent des droits liés à la vie privée, à la vie familiale et à l'égalité pourtant protégés par la constitution, et violent le droit à la liberté d'association et d'expression", dénonce dans un communiqué Daniel Bekele, directeur de la division Afrique chez Human Rights Watch.
 
Amnesty International dénonce un retour en arrière en matière de droits de l’Homme : "Cette législation institutionnalise la haine et la discrimination à l’égard des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et transsexuels en Ouganda. Son adoption marque un épisode très grave de l’histoire du pays", a réagi lundi l’organisation.
 
Au pouvoir depuis 28 ans, Museveni a progressivement limité la liberté de réunion, d'expression et d'association ; les organisations de la société civile qui travaillent sur des problématiques telles que la corruption, la gestion des terres, le pétrole et la bonne gouvernance ont quant à elles été menacées. Quant aux homosexuels ougandais, déjà avant le vote de cette loi qui les criminalise pour leurs amours et leur sexualité, ils étaient les victimes de persécutions et de violences pouvant aller jusqu'au meurtre. 
 

Première publication : 24/02/2014

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