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EUROPE

Des milliers de Turcs dans la rue pour dénoncer la corruption du régime Erdogan

© AFP | Le président turc Abdullah Gül

Vidéo par Valériane GAUTHIER

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 26/02/2014

Des milliers de Turcs ont défilé mercredi à travers le pays pour dénoncer l'adoption de lois controversées visant à étouffer le scandale de corruption dans lequel le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, est empêtré depuis deux mois.

La colère gronde dans plusieurs villes de Turquie. Des milliers de personnes ont à nouveau défilé, mercredi 26 février, dans les rues de la République islamique pour dénoncer la corruption du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, alors que le gouvernement a promulgué sa loi très critiquée renforçant son emprise sur la justice.

Ce nouveau texte, qui a suscité de violents débats ponctués de coups de poing entre députés rivaux au Parlement, autorise le ministre de la Justice à fixer l'ordre du jour du Haut conseil des juges et procureurs (HSYK), l'une des plus hautes instances judiciaires du pays, et à ordonner des enquêtes sur ses membres. Le garde des Sceaux aura également la dernière main sur les nominations des hauts magistrats.

Les députés turcs ont également adopté, dans la nuit de mardi à mercredi, des amendements exigés par le chef de l'État, Abdullah Gül, à sa récente loi très controversée sur Internet.

Autant de lois adoptées qui suscitent la colère de l’opposition, qui y voit des manœuvres politiciennes visant à étouffer le scandale de corruption dans lequel le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, est empêtré depuis la mi-décembre.

"Au voleur ! "

Partie dès mardi soir de manière largement spontanée dans une dizaine de villes, la vague de contestation s'est poursuivie à Istanbul et Ankara aux mêmes cris de "gouvernement, démission!" et "au voleur!", après la diffusion d'une conversation téléphonique qui a pour la première fois directement mis en cause M. Erdogan.

Deux mois après le début du scandale, la publication, lundi soir, sur YouTube de l'enregistrement de plusieurs conversations téléphoniques compromettantes attribuées au Premier ministre et à son fils Bilal a à nouveau enflammé le pays.

Dans ces échanges écoutés, le Premier ministre ordonne à son fils de faire disparaître de fortes sommes d'argent - le chiffre de 30 millions d'euros est cité -, deux heures après le coup de filet ordonné le 17 décembre par la justice contre des dizaines de proches du régime soupçonnés de corruption.

"Ce que je te dis, c'est que tu sors tout ce que tu as dans la maison, OK ?", lance sur l'enregistrement la voix attribuée à Recep Tayyip Erdogan. Suivent trois autres appels dans lesquels Bilal Erdogan évoque ses difficultés à "dissoudre" cette somme.

"Une attaque abjecte"

De son côté, Erdogan a vigoureusement contesté leur authenticité et dénoncé une "attaque abjecte", aussitôt attribuée à ses ex-alliés de la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen, très influents dans la police et la justice.

"Il faut admettre le caractère illégal de tout ça", s'est encore offusqué mercredi le président du Parlement Cemil Ciçek, fustigeant un "acte immoral". "J'ai compris très vite qu'il s'agissait d'un montage", a renchéri le ministre de la Technologie, Fikri Isik.

L'opposition a, au contraire, confirmé l'authenticité des bandes. "Elles sont aussi réelles que le mont Ararat", a assuré le président du Parti républicain du peuple (CHP) Kemal Kiliçdaroglu.

Ces documents ont rapidement enflammé les réseaux sociaux. Mercredi matin, plus de 3 millions personnes les avaient écoutés, sur différents sites.

"Plus de légitimité"

Réunis à l'appel du principal parti d'opposition, le CHP, ces manifestants ont distribué des faux billets, symboles de la "corruption" du régime islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002, sur la place Taksim à Istanbul, lieu central de la fronde antigouvernementale de juin 2013.

"Nous allons préserver nos citoyens de ces agissements détestables et négatifs, si Dieu le veut", a lancé le candidat du CHP à la mairie d'Istanbul, Mustafa Sarigül, à un mois du scrutin municipal du 30 mars.

"Ce Premier ministre et son gouvernement n'ont plus de légitimité, il n'y a pas d'autre solution que leur départ", a renchéri une des manifestantes, Sema, qui "espère que nous y parviendrons par la voie des urnes".

Avec AFP et Reuters

Première publication : 26/02/2014

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