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Economie

Les drones espèrent prendre leur envol dans le monde agricole

© Redbird

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 27/02/2014

Au salon de l’agriculture 2014, force est de constater que les drones sont loin de n’avoir qu’une vocation militaire. En France, l’industrie du drone civil espère voir le monde agricole devenir l’un des principaux secteurs de croissance.

C’est la rencontre entre deux mondes : celui de l’agriculture, qui existe depuis des siècles et l’autre, l’industrie du drone civil, qui décolle à peine. À l’occasion du Salon de l’agriculture, organisée du 22 février au 2 mars à Paris, ces deux univers ,à priori très différents,cherchent à se rapprocher.

Certaines start-up, comme Airinov, tentent d’y démontrer l’intérêt de cette nouvelle technologie pour les agriculteurs, tandis que d’autres sociétés françaises, à l’instar de Redbird, travaillent déjà depuis plus d’un an pour amener les drones dans les campagnes.

"Après les missions de topographie des chantiers de travaux publics, le monde agricole est pour nous le deuxième secteur de développement le plus porteur", reconnaît Emmanuel De Maistre, président de Redbird, contacté par FRANCE 24. Sa société, qui opère des drones d'imagerie de précision, compte des viticulteurs et des centres de recherche en biotechnologie végétale parmi sa quinzaine de clients. De son côté, Airinov espère vendre, en 2014, une cinquantaine de drones à destination du monde agricole (exploitants, chercheurs, coopératives).

Drones vs satellites

L’industrie du drone civil peut fournir deux types d’appareils utiles pour les agriculteurs. Les plus commun, les multicoptères - des petits hélicoptères à plusieurs hélices - sont capables d’évoluer à très basse altitude et de faire du vol stationnaire, ce qui peut s’avérer utile pour les prises de vue. L’autre modèle, les ailes volantes, est plus imposante et a la forme d’un avion. Son avantage est qu’il peut voler plus vite, jusqu’à 50 km/h, et ainsi couvrir une plus grande surface.

Selon Emmanuel de Maistre, la précision des images prises par les drones constitue un atout pour un agriculteur. "Le monde agricole utilise déjà l’imagerie satellitaire mais c’est une technologie qui pêche en cas de barrière nuageuse et dont les images sont peu précises par rapport à celles des drones", assure-t-il. Les satellites peuvent produire des relevés précis à dix mètres près, tandis que la résolution d’une image de drone est de l’ordre de quelques centimètres.

Ce souci du détail peut faire toute la différence lorsqu’il s’agit d’analyser les plantations d’une grande exploitation, parcelle par parcelle. C’est, par exemple, ce qui a poussé le centre français de recherche en biotechnologie végétale Biogemma à tester des drones opérés par Redbird. Cette société travaille pour des semenciers de grandes cultures comme le blé, le maïs ou le colza en analysant, notamment, la réaction des plantes à différents types d’engrais dans différentes conditions climatiques. Depuis plus d’un an, Biogemma a effectué une dizaine de missions d’ailes volantes, équipées de capteurs à infrarouge, dont les données ont été mises en forme par un logiciel spécifiquement conçu par Redbird.

Mieux utiliser les pesticides

Le recours aux drones doit permettre à ces chercheurs de simplifier et améliorer les analyses. Cette technologie "permet d’avoir une image des micro-parcelles étudiées en un temps record", explique à FRANCE 24 Pierre George, responsable d'une plateforme de phénotypage (mesurer le comportement des plantes dans différents environnements) chez Biogemma. La société peut ainsi avoir des données pour 7 000 petites unités expérimentales en vingt minutes alors qu’une notation manuelle au sol mobilise au moins cinq personnes pendant quatre jours.

La même parcelle agricole photographié par un drone en mode normal et en mode infrarouge. © Redbird

Un gain de temps d’autant plus précieux que "nous avons besoin de produire beaucoup de données, ce qui implique, si des humains s’en chargent, une phase de collecte complexe, fastidieuse et coûteuse", souligne Pierre George. Le drone permet ainsi de raccourcir les délais, mais également de générer une masse conséquente d’informations qui améliorent la pertinence analyses fournies aux semenciers. ll donne aussi accès à des nouveaux types de données grâce à des capteurs capables de fournir des informations sur l'état du végétal.

Les avantages des drones dans le monde agricole sont donc assez évidents : ils permettent "de mieux rationaliser l’utilisation des engrais et de moduler avec plus de précision le recours au pesticide", résume Emmanuel de Maistre. Pour Sylvain Labbé, chercheur à l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (Irstea), le but est même de "réduire le recours au pesticide". En repérant depuis le ciel les zones où poussent les mauvaises herbes, il est plus facile de mieux cibler l'utilisation de produits potentiellement nocifs, a expliqué ce scientifique à l’AFP.

Mais ces engins volants ne sont pas miraculeux pour tous les agriculteurs. D’abord, la réglementation en interdit l’usage à proximité d’un aérodrome ou de toute structure aéronautique. Ensuite, le recours aux drones revient bien plus cher que l'achat d'images satellites. Ces dernières coûtent environ huit euros par hectare contre plusieurs dizaine d’euros par hectare pour les drones qui nécessitent, en outre, le déplacement d’une personne apte à manier ces appareils*.

*La société Airinov vient de mettre au point un type d’aile volante qui peut être guidé par l’agriculteur en utilisant une application spécifique sur une tablette tactile.

Première publication : 27/02/2014

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