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Syrie : les djihadistes de l’EIIL imposent des règles moyenâgeuses aux chrétiens

© AFP | Le drapeau de l'EIIL flotte sur l'église des Martyrs à Raqqa

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 27/02/2014

Le groupe djihadiste État islamique en Irak et au Levant (EIIL) dicte sa loi en Syrie. Précisément à Raqqa, où son émir a imposé des règles discriminatoires à la population chrétienne, en échange de sa sécurité.

Le groupe djihadiste État islamique en Irak et au Levant (EIIL), dont le projet est d’établir un grand califat au Moyen-Orient régi par la charia, annonce la couleur pour les chrétiens qui vivent depuis plus de 2 000 ans en Syrie. Dans un texte portant son cachet, daté du 22 février et publié mercredi sur des forums djihadistes, l'EIIL dévoile le contenu d’un "pacte" imposé par son émir Abou Bakr al-Bagdadi aux habitants chrétiens de la ville syrienne de Raqqa (Nord), un bastion du groupe.

Ainsi, ce groupe originaire d’Irak, qui tente depuis plusieurs mois de supplanter les autres rebelles syriens en lutte contre le régime du président Bachar al-Assad, affirme que la vie, les biens, les propriétés, et les lieux de culte des chrétiens seront protégés tant que ces derniers respecteront les 12 règles du pacte. Parmi celles-ci, figure notamment le versement d’un impôt annuel pour chaque personne de sexe masculin, équivalent, pour les personnes aisées, à 17 grammes d’or pur, pour les classes moyennes, à la moitié de cette somme, et pour les plus pauvres, le quart. Sachant, précise le pacte, que l’impôt peut être versé en deux fois.

En outre, les djihadistes interdisent strictement la construction d'églises et de monastères, ainsi que la restauration des édifices déjà existants dans la ville et ses environs. Ils exigent également que les chrétiens ne se montrent pas avec "une croix ou toute chose de leur Livre dans les marchés ou les endroits où il y a des musulmans", s'abstiennent de "célébrer leurs rituels (...) hors de l'église", ainsi que d'"utiliser des haut-parleurs pour faire entendre leurs prières".

Parmi les autres contraintes qui leur sont imposées, les chrétiens se voient interdits de porter des armes, d’empêcher l’un de leurs coreligionnaires de se convertir à l’islam, et doivent s’habiller de manière "discrète", conformément aux règles édictées sur ce sujet par l’EIIL. En conclusion, le texte avertit que ceux qui ne respecteraient pas l’une de ces règles feront face au même "sort" que celui réservé "aux séditieux et aux ennemis" du groupe djihadiste.

"Une preuve que les chrétiens sont tolérés"

Contacté via les réseaux sociaux, une source résidant à Raqqa explique l’initiative du groupe djihadiste sous couvert d’anonymat. "La publication de ce pacte a pour but de corriger l’image de l’EIIL, présenté comme intolérant et sanguinaire, car il apporte la preuve que les chrétiens sont tolérés, qu’ils ne sont pas obligés de se convertir et qu’ils ne sont pas obligés de fuir la ville, tant qu’ils se soumettent aux règles de l’islam". Toutefois, en septembre 2013, l’EIIL, qui est accusé de violences et de multiples abus par la population syrienne, avait investi et saccagé deux églises de Raqqa, situées au nord-est de la ville. Après ces attaques, un nombre important des habitants chrétiens de la ville, qui représentaient 1 % des quelques 300 000 résidants de Raqqa, ont fui la ville.

Le "pacte" de ce groupe s’appuie sur la "dhimma", un principe de la loi islamique appliqué aux premiers temps de l'islam, qui était censé garantir la "protection" des monothéistes non-musulmans, assujettis à un statut juridique inférieur à celui accordé aux musulmans, en échange du respect de règles discriminatoires et du paiement d’un impôt.

"Ces règles très strictes, tirées du pacte d’Umar, un document faussement daté du VIIe siècle et probablement forgé au Moyen Âge, sont brandies et mises en avant par les islamistes comme l’exemple de la tolérance et de la protection de l’islam à l’égard des non-croyants", explique à FRANCE 24, Frédéric Pichon, docteur en histoire et spécialiste de la Syrie et des chrétiens d’Orient. "Ces principes ont été déjà appliquées en Syrie, au moment de la conquête musulmane du pays au cours du VIIe siècle, qui était alors une province de l’empire byzantin".

Toutefois, Frédéric Pichon indique que de telles pratiques ont déjà lieu en Syrie, à la faveur du chaos qui sévit dans le pays depuis mars 2011. "Il semble que la communauté chrétienne de la ville de Yabroud [une importante localité rebelle au nord de Damas, NDLR], verse chaque mois l’équivalent de 25 000 euros pour assurer sa sécurité", précise-t-il.

 

Première publication : 27/02/2014

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