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EUROPE

Que peut (ou veut) faire l'Europe pour l'Ukraine ?

© Sergei Supinsky / AFP | Le drapeau européen avec l'emblème ukrainien

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 01/03/2014

Face à la crise ukrainienne, l'UE appelle à la "retenue" et à la "modération". L'Europe tente d'apaiser le conflit tout en cherchant à éviter la rupture diplomatique avec Moscou.

Après trois mois de violence, l’Ukraine, dont le nom signifie "frontière", peine à sortir de la crise, en proie à ses propres divisions. Frontalière de la Pologne et de la Roumanie à l’Ouest, et de la Russie à l’Est, le pays est divisé entre les deux puissances, la Russie et l'Europe. Si le voisin russe sort les griffes pour conserver l’indispensable allié ukrainien, agitant ses troupes en Crimée, l’UE tente, elle, de temporiser.

Face à la tension, qui s’est déplacée de Kiev en Crimée, la Commission européenne a appelé vendredi 28 février à "une solution politique", pressant toutes les parties à rester "modérées et retenues". Un cri du cœur, certes. Mais en pratique, jusqu’où l’Europe est-elle capable d’aller pour apaiser les tensions ? D’aucuns doutent de ses capacités réelles d’action.

Inertie européenne ?

Accusée d’atonie par de nombreux observateurs, l’UE a pris le temps avant de s’impliquer dans le dossier ukrainien. Elle n’y était pourtant pas étrangère : c’est la suspension des négociations sur un accord d’association avec l’UE qui a mis le feu aux poudres en novembre dernier. Cependant, il a fallu attendre le 20 février et des affrontements qui ont fait 26 morts et des centaines de blessés, pour que l’Europe réagisse. Elle a alors brandi la menace de sanctions - qui tardent à se concrétiser - et la troïka européenne (Allemagne, France, Pologne) a pris l’avion pour Kiev. 

Cette inertie a d'ailleurs plus qu’agacé les États-Unis. Dans un enregistrement publié le 6 février sur YouTube, la secrétaire d'État adjointe américaine pour l'Europe, Victoria Nuland, a lâché un "Fuck the EU !" (Que l'UE aille se faire foutre !). Une remarque qui a soulevé la colère des Européens. "Si c'est inacceptable de nous traiter de la sorte, cela montre combien nous avons besoin d’une Europe politique", a réagi la députée européenne Corinne Lepage, sur FRANCE 24. Face aux limites de l'Union, les Ukrainiens eux-mêmes semblent se détourner de Bruxelles. Le Parlement ukrainien a adopté, ce 28 février, une résolution appelant les États-Unis et la Grande-Bretagne à garantir la souveraineté du pays. Un nouveau désaveu pour l'Europe?

Corinne Lepage admet une part de responsabilité européenne dans la dégradation rapide de la situation en Ukraine et une impuissance à résoudre la crise seule : "Tous les États membres n’étaient pas d’accord sur le principe de sanctions. On aurait pu être plus fermes mais nous n’avons pas réellement de force politique", soupire-t-elle, reconnaissant ainsi les limites diplomatiques de l’Union. Et la députée dit tout haut ce que d’autres pensent tout bas : alors que les manifestants de Maïdan clamaient haut et fort "Nous ne sommes pas l’URSS, nous sommes l’Europe !", l’Union, elle, n'est guère pressée d'accueillir en son sein une Ukraine divisée alors qu'elle se débat avec la crise économique et ses "problèmes de fonctionnement".

Pierre Vimont, secrétaire général de la diplomatie européenne, n’est pas si sévère à l’égard de l’Union. "J’ai beaucoup lu que l’Europe avait été absente, mais s’il y a bien un dossier où nous avons été présents, y compris sur le terrain, c’est bien celui-là, pour voir comment nous pouvions sortir de l’ornière", explique le diplomate sur le plateau de FRANCE 24.

Éviter la division de l’Ukraine… ou la rupture diplomatique avec Moscou ?

L’urgence aujourd'hui est d’éviter la scission de l’Ukraine. France, Pologne et Allemagne  ont fait vendredi une déclaration commune pour réaffirmer leur "soutien à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Ukraine. “Tout doit être fait pour réduire la tension dans la région orientale et promouvoir des discussions pacifiques entre les parties concernées”, ont fait valoir les ministres européens, dans une déclaration conjointe.

Un vœu pieu pour une UE qui  semble prise, elle aussi, dans ses contradictions : rétablir la stabilité à ses portes sans pour autant froisser la grande puissance, notamment énergétique, qu’est la Russie. Des impératifs qui ne sont pas incompatibles selon Pierre Vimont : "Préserver l’unité et l’intégrité territoriale de ce pays, c’est ce que nous essayons de faire en maintenant le dialogue avec la Russie et avec d’autres partenaires", explique le diplomate. 

Si certains observateurs reprochent à l’UE de n’avoir pas vu – ou pas voulu voir – que la clé de la crise ukrainienne se trouvait à Moscou, Pierre Vimont assure que les discussions entre l’Union et la Russie remontent au sommet de Vilnius, fin novembre. "Au moment du sommet de Vilnius, on savait déjà que la Russie était très présente sur ce dossier. On avait donc décidé qu’il serait l’occasion d’un tête-à-tête avec les présidents Barroso, Van Rompuy et Poutine [ndlr, respectivement présidents de la Commission européenne, du Conseil européen et de la Russie]", explique-t-il.

"Nous voulions réfléchir à l’avenir de notre relation avec la Russie et à celui de l’immense espace qui relie Lisbonne à Vladivostok. D’où la nécessité de garder le contact avec la Russie, d’éviter des malentendus, des incompréhensions. Il est très important de garder la ligne ouverte avec Moscou et les autorités russes", insiste encore le secrétaire général de la diplomatie européenne. 

"Éviter la pression du marché"

Quant au "soutien" européen, difficile d’en avoir les détails concrets. Selon l’Ukraine, l’aide devrait être financière avant tout et s’élever à la somme de 35 milliards de dollars pour les deux prochaines années. Moscou a offert le 17 décembre un rabais de 30% sur le gaz et 15 milliards de crédit. L’UE elle a avancé 610 millions d’euros. De leurs côtés, les États-Unis ont annoncé un prêt à hauteur d'un milliard de dollars, le 26 février, en profitant pour avertir la Russie que toute intervention militaire en Ukraine serait une "grave erreur".

Face à la surenchère, Pierre Vimont estime néanmoins que les besoins réels de l’Ukraine, en proie à une corruption endémique, doivent être pris en compte. "Il faut commencer par faire une évaluation des besoins de l’Ukraine. L’Europe est prête à le faire avec l’aide du FMI", déclare-t-il. À court terme, le rôle de l’UE devra consister selon lui à "aider à stabiliser la situation et éviter  les pressions du marché" en mettant au point "un programme d’ajustement, avec l’aide du FMI, et apporter une aide macro-financière, dont le montant reste à déterminer". À plus long terme, précise-t-il, il s’agira "d’aider ce pays à travers un programme économique pour l’aider à sortir des difficultés dans lesquelles il se trouve". Vaste programme pour une Europe en crise, qui peine déjà à aider ses États membres.

Première publication : 28/02/2014

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