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Economie

Rome en proie à un incendie budgétaire

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 28/02/2014

La capitale italienne risque de faire faillite dans les prochains jours. Son maire demande une aide financière d’urgence, mais pour certains il ne sert à rien de maintenir sous perfusion une ville qui accumule les déficits.

La chute de Rome, le retour. Cette fois-ci, ce n’est pas l’empire mais bien la capitale italienne, qui est menacée. En lieu et place des hordes barbares de l’Antiquité, ce sont des caisses de plus en plus vides qui font trembler la ville.

À partir de début mars, Ignazio Marino, maire de Rome, n’aura plus assez d’argent pour tout faire. La ville, au bord de la faillite, risque de ne plus pouvoir payer les fonctionnaires municipaux, assurer la continuité des services publics ou encore entretenir correctement les voies publiques. Elle a accumulé au fil des dernières années un déficit budgétaire de 816 millions d’euros.

“Avec l’argent dont la ville dispose, je peux effectuer des travaux sur chaque rue de Rome tous les 52 ans. Ce n’est pas vraiment ce que j’appelle de l’entretien”, s’est plaint, jeudi 27 février, Ignazio Marino, ancien chirurgien devenu maire de Rome en juin 2013.

Après le scalpel dans le bloc opératoire, il va probablement devoir trancher sévèrement dans les dépenses publiques pour éviter à Rome d’être mise sous tutelle financière. “On ne va pas bloquer la ville, mais instaurer un statu quo qui risque de déraper en blocage si je n’obtiens pas les outils qui me permettront de débloquer la situation budgétaire”, prévient l’édile.

Si la capitale italienne se retrouve ainsi au pied du mur financier, c’est le résultat de l’une des premières décisions politiques du nouveau président du Conseil Matteo Renzi. Le chef du gouvernement a, en effet, annulé en début de semaine un décret pris par son prédécesseur Enrico Letta qui octroyait un prêt de 812 millions d’euros à Rome. Le nouvel homme fort italien a été poussé par l’opposition au Parlement à prendre cette décision qui plonge la capitale italienne dans la tourmente. Cette aide financière était jugée injuste alors que d’autres villes auraient également besoin de soutien étatique. "Il est temps d’arrêter les tours de passe-passe budgétaires et d’accepter que Rome fasse faillite”, a jugé Guido Guidesi, un parlementaire de la Ligue du Nord, formation farouchement hostile à la capitale qu'ils surnomment "Roma ladrona" (Rome la "grande voleuse").

La faute aux touristes

Reste que Matteo Renzi ne semble pas vouloir que Rome mette la clef sous la porte Pia. Le gouvernement se réunit, vendredi, pour discuter des mesures d’aides possibles. Pour convaincre le président du Conseil de mettre la main à la poche, la municipalité de Rome a soutenu, dès mercredi 26 février, qu’un défaut de paiement de la capitale “entraînerait une réaction en chaîne qui risque de balayer toute l’économie du pays”.

Le maire de la ville a aussi tenu à souligner une différence avec les autres municipalités italiennes en péril financier : Rome doit dépenser beaucoup d’argent pour maintenir son statut de ville internationale attractive pour les touristes. Des visiteurs qui, eux, ne paient pas de taxes pour aider la capitale à financer les infrastructures d’accueil. Un soutien de l’État contribuerait, en ce sens, au rayonnement de tout le pays. Pas sûr que des villes, également touristiques, comme Venise ou Florence (dont Matteo Renzi a été le maire) apprécient cet argument.

Si chacun cherche actuellement comment sauver le soldat romain, la capitale va, de son côté, devoir revoir sa façon de dépenser son argent et surtout de faire rentrer les recettes. Car, de l’avis général, Rome pourrait gagner bien plus. “Un rapport de l’agence Dow Jones conclut que 25% des passagers des transports n’achètent pas de ticket contre 2% à Londres”, souligne ainsi le site américain “Investing”. Ce manque à gagner s’élève à environ 100 millions d’euros par an.

Mais une part des problèmes provient notamment de l’austérité décidée par les gouvernements italiens successifs. Des politiques qui se sont traduites par plusieurs années de récession, une hausse du chômage et une baisse de la consommation. Cette dégradation de la situation économique s’est traduite par une baisse des rentrées fiscales pour les villes italiennes.

Rome est donc, en partie, victime de l’effort national pour épurer les comptes. Mais Ignazio Marino a prévenu qu’il ne serait pas le Néron moderne. Le célèbre empereur est entré dans l’histoire, notamment, pour avoir, selon la légende, assister à un incendie ravageant Rome en jouant de la lyre et en chantant.

Première publication : 28/02/2014

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