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Economie

Le pithovirus, cet agent infectieux venu du froid

© Creative Commons - Mike Beauregarde

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 03/03/2014

Des chercheurs français ont découvert un nouveau virus géant congelé dans le permafrost sibérien depuis plus de 30 000 ans. Ce pithovirus, inoffensif pour l’homme, pose la question d’éventuels autres agents pathogènes qui attendent d’être réactivés.

Il attendait depuis 32 000 ans dans les profondeurs sibériennes. Une équipe de scientifiques de la cité phocéenne a identifié le plus grand virus géant jamais découvert à ce jour. Le pithovirus, dont ces chercheurs du CNRS détaillent les propriétés dans la revue scientifique américaine PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences), à paraître mardi 4 mars, mesure environ 1,5 micromètre. Jusqu’à présent, le record était détenu par des pandoravirus d’un micromètre découverts dans les eaux chiliennes et australiennes en 2013 par les mêmes scientifiques de Marseille.

Le pithovirus vu au microscope
Comme les autres virus géants, le pithovirus peut être observé au microscope optique. Il a une forme très particulière qui ressemble à une amphore. © CNRS

Mais la taille n’est, en fait, presque qu’accessoire. Le pithovirus est surtout le plus vieux virus géant a avoir été "ressuscité". Il sévissait il y a environ 32 000 ans, vers la fin de l’ère de l’homme de Neandertal. Il a été découvert enfoui à 30 mètres sous le sol du permafrost sibérien. “Comme le sol est gelé en permanence, c’est comme un énorme congélateur qui présente des conditions qui favorisent la préservation de tout ce qui est vivant”, explique à FRANCE 24 Jean-Michel Claverie, virologue et professeur à l’université Aix-Marseille.

“Au début, sa morphologie très particulière en forme d’amphore nous a fait pensé à un nouveau pandoravirus, mais l’analyse de son génome à ADN nous a prouvé qu’il ne s’agissait pas de ce genre de virus”, précise Chantal Abergel, directeur de recherche au CNRS de Marseille et co-auteur de l’article sur la découverte du pithovirus. Ces deux scientifiques pensent qu’il s’agit en fait d’une toute nouvelle famille de virus géant.

Qu’on se rassure, ils ne sont pas allés pêcher dans le permafrost sibérien un virus qui, une fois réactivé, serait mortel pour l’homme. “Les virus sur lesquels nous travaillons sont choisis pour ne pas être dangereux pour l’homme”, assure Chantal Abergel. Le pithovirus se révèle, en revanche, fatal pour l’amibe, un être vivant unicellulaire utilisé comme hameçon à virus par ces chercheurs marseillais. C’est déjà cet appât qui avait permis d’identifier les pandoravirus.

Réchauffement climatique

Pour ces scientifiques, la découverte de ce pithovirus n’est que le début de l’aventure. Il n’y a, pour eux, aucune raison pour que d’autres agents pathogènes, autrement plus dangereux pour l’homme, ne sommeillent pas quelque part loin, très loin sous la couche de permafrost sibérien. “Dans certaines régions du nord de la Sibérie, le sol est resté gelé depuis plus de trois millions d’années. Qu’est-ce qu’on trouverait si on décidait de creuser suffisamment en profondeur ?”, se demande ainsi Jean-Michel Claverie. Pour l’instant, aucun élément concret ne vient conforter la crainte d’un sous-sol infesté de virus plus ou moins tueurs et plus ou moins géants qui attendraient d’être réveillés.

Mais “ce que nous disons c’est qu’il y a un faux sentiment de sécurité par rapport à tous les virus éradiqués à l’ère moderne et qui peuvent exister sous forme congelés dans le sous-sol sibérien”, affirme Jean-Michel Claverie. Pour ces scientifiques, la menace sanitaire la plus imminente vient de la probable exploitation économique des étendues sibériennes jusqu’à présent laissées tranquilles. “Le réchauffement climatique a dégagé la banquise et la côte nord de la Sibérie - où les sols sont riches en pétrole, titane ou or - devient de plus en plus accessible”, souligne Jean-Michel Claverie.

Le scénario catastrophe pour ces chercheurs verrait des industriels peu prudents installer des exploitations minières avec des équipes sur place qui iraient explorer le permafrost comme on creuse un trou dans son jardin. Qui sait si ces mineurs ne tomberaient pas sur des virus qui se réactiveraient au contact de l’homme ?

“Ca ne nous inquiète pas particulièrement car, aujourd’hui, on sait forer en prenant les mesures de précaution nécessaires. Il suffit juste d’être conscient du risque”, souligne Jean-Michel Claverie. À beaucoup plus long terme, la fonte du permafrost peut avoir des effets similaires. Mais là, le danger n’est vraiment pas immédiat puisque la fonte n’est que de quelques centimètres par an et qu’il faut, d’après ces chercheurs, et qu'il faut aller à plusieurs dizaines de mètres sous terre pour tomber sur un éventuel virus inconnu ou que l’on pensait avoir éradiqué.

Première publication : 03/03/2014

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