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Economie

"Crash boursier" aux États-Unis, le grand bluff de Moscou

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 04/03/2014

La Russie estime pouvoir provoquer un "crash du système financier américain" en cas de sanctions économiques dans le cadre de la crise ukrainienne. Fanfaronnade d’un conseiller de Poutine trop zélé ou menace sérieuse ? Analyse.

Moscou a entamé, mardi 4 mars, un bras de fer économique avec les États-Unis. La menace de sanctions économiques décidées par Washington en représailles des manœuvres militaires russes en Crimée ? Même pas peur ! “Une tentative de nous imposer des sanctions économiques se traduirait par un 'crash’ du système financier américain”, a prévenu Sergueï Glaziev, un conseiller économique du Président Vladimir Poutine.

Cet économiste et ancien opposant à Vladimir Poutine assure donc pouvoir mettre Wall Street à terre en un claquement de doigt. Comment ? “Nous réussirons à réduire à zéro notre dépendance financière à l’égard des États-Unis”, a précisé Sergueï Glaziev. Il n’est pas entré dans les détails de sa stratégie, sauf à évoquer l’abandon par la Russie du dollar comme monnaie d’échange internationale.

Une telle manœuvre laisse perplexe Christine Rifflart, économiste spécialiste des États-Unis à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). “Moscou pourrait, notamment dans ses échanges avec les pays européens, passer du dollar à l’euro, mais imposer une autre monnaie de paiement que le billet vert à tous ses partenaires commerciaux me semble compliqué”, estime-t-elle.

La Russie, onzième créancier des États-Unis

“La seule manière pour la Russie de heurter le système financier des États-Unis passe par la dette américaine”, affirme Christine Rifflart. Moscou pourrait ainsi essayer de déstabiliser le dollar en revendant ses bonds du Trésor américain. En inondant ainsi le marché, la Russie pourrait faire baisser la valeur de la dette américaine émise par Washington et augmenter les taux d’intérêt que les États-Unis doivent payer à ses créanciers.

Mais la Russie n’est pas la Chine. Pour que cette arme soit efficace, les réserves d’un pays en dollars doivent être conséquentes. Qu’en est-il ? D’après les statistiques officielles du Trésor américain, Moscou détenait, fin décembre 2013, 138 milliards de dollars, soit près de 3% de la dette publique américaine. Il n’est que le onzième plus important créancier des États-Unis, loin derrière la Chine et ses 1 269 milliards de dollars. “C’est suffisant pour avoir un effet sur le système financier américain, mais évoquer un crash est, en revanche, un peu exagéré”, estime Christine Rifflart.

Pour cette économiste, le risque pour Washington est avant tout théorique. Moscou serait, en effet, également perdant dans l’affaire. “Comme la vente de la dette américaine fait chuter la valeur de ces titres, la Russie va perdre de l’argent dans l’opération”, explique Christine Rifflart. La Russie peut-elle se permettre de déprécier la valeur de ses propres avoirs en dollars à un moment où sa croissance économique marque le pas ? Tout est une question d’arbitrage pour le Kremlin qui devrait se demander si la balle que le pays se tire dans le pied en vendant ainsi ses bonds du Trésor américain provoquerait moins de dégâts que celle qui frapperait Wall Street.

Première publication : 04/03/2014

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