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L'opinion de
Sylvain ATTAL

Sylvain ATTAL
Chroniqueur international

Hillary Clinton voit elle aussi du Hitler en Poutine

Le 07-03-2014

En "pré-campagne" présidentielle, l’ex-secrétaire d’État américaine espère sans doute apparaître plus déterminée et résolue qu’Obama face aux ambitions de Poutine sur l’Ukraine. Mais le défi mérite sans doute mieux que des graffitis.

Vladimir Poutine a-t-il enfilé les bottes d’Adolf Hitler ? Après Bernard-Henri Lévy, c’est maintenant au tour d’Hillary Clinton, qui vise l’investiture présidentielle démocrate de 2016, de faire un "parallèle" entre Vladimir Poutine et Adolf Hitler. Plus exactement, l’ex-secrétaire d’État de Barack Obama relève une similitude entre la justification avancée par le président russe pour envahir et sans doute annexer la Crimée - la protection de la population d’origine russe qui serait victime de mauvais traitements - avec celle mise en avant par le chancelier du IIIe Reich pour envahir la Tchécoslovaquie, puis la Pologne et qui était en effet le même : voler au secours des populations germaniques censées être asservies par d’odieux Slaves et autres peuples "inférieurs". Il s’agit en effet du même type de rhétorique nationaliste à fondements ethniques. Mais dans les deux cas, les mauvais traitements invoqués relèvent du fantasme. Une propagande à laquelle on ignore à quel point et l’un et l’autre ont fini par croire sincèrement.

Pour autant, est-il bien légitime et utile de laisser entendre que Poutine marcherait dans les traces d’Hitler ? C’est une tactique plus connue sous l’appellation de "point Godwin". Pour discréditer définitivement un adversaire, il n’y a pas plus terrible et efficace que de faire une équivalence entre sa pensée, ses actions, ses références et celles des nazis (exemple : le plus court le slogan de 1968, "CRS=SS"). On a vu d’ailleurs Poutine lui-même user du même stratagème lorsqu’il a assimilé les manifestants de Maïdan à des "nazis" et autres "antisémites", flirtant avec l’idée reçue selon laquelle les Ukrainiens auraient été en masse des supplétifs des SS durant la Seconde Guerre mondiale.

Certes, Clinton se défend de faire une "comparaison", mais prétend simplement faire quelques "rappels historiques". Mais dans tous les cas, l’assimilation au nazisme de chacun des deux camps qui s’affrontent dans cette crise ukrainienne relève de la supercherie. Ce n’est pas parce qu’une minorité ultranationaliste (le parti Svoboda) s’est effectivement rangée avec les manifestants anti-Ianoukovitch que tout le mouvement penche vers le fascisme et l’antisémitisme. Sinon comment expliquer que ce qui reste de la communauté juive en Ukraine se soit ouvertement affichée aux côtés de l’opposition pro-européenne ? De même, si le Kremlin utilise les mêmes ficelles que les nazis, cela ne fait pas pour autant de Poutine l’héritier d’Hitler.

Il suffit de reconnaître que l’ambition de Poutine est de corriger "la catastrophe géopolitique" de l’effondrement de l’URSS dans les années 1990 en tentant de reconstituer un "bloc", en plus ramassé peut-être, auquel il donnera le nom de partenariat "eurasiatique" et qui sera évidemment dominé par Moscou. Jusqu’où ira-t-il ? C’est bien toute la question. Hier, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, en Géorgie. Aujourd’hui, la Crimée et demain peut-être l’est de l’Ukraine. Ensuite, osera-t-il s’attaquer aux pays baltes membres de l’UE et de l’Otan ? En réalité, en homme pragmatique, il ira aussi loin que les Européens et les Américains le laisseront aller. C’est la seule leçon à retenir de la tragédie munichoise. Seul parallèle à faire : les Occidentaux risquent de faire preuve de la même lâcheté et du même aveuglement que face au Hitler des années 1936-38.

À l’heure qu’il est, la marine ukrainienne est assiégée en Crimée et il n’est même pas question de remettre en cause la livraison des deux navires français de type "Mistral" et la formation de plusieurs centaines de marins russes à leur manœuvre. Sauf que personne ne peut raisonnablement penser que l’objectif ultime de Poutine est de lancer l’armée rouge à l’assaut de l’Europe occidentale. C’est ici que s’arrête la vertu de la comparaison historique qui n’aura pour seule conséquence de conforter l’hostilité de la population russe (déjà en proie à la propagande des medias domestiques) envers l’Occident et de consolider la popularité de Poutine, dont on sait qu’elle n’est plus ce qu’elle était. Elle a, hélas, souvent pour conséquence de se donner bonne conscience à peu de frais et parfois de servir des calculs politiques.

Ainsi pour Mme Clinton, cette posture a-t-elle un double avantage tactique : souligner la faiblesse dont fait preuve Barack Obama dans cette crise (et sa peu glorieuse hésitation sur la Syrie), ce qui la rapproche du courant néoconservateur du parti républicain - celui du sénateur John McCain - et tenter de faire oublier qu’elle co-inspira, comme secrétaire d’État d’Obama, la stratégie du "reset" des relations américano-russe dont on constate aujourd’hui la faillite.

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