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Afrique

Avec sa tournée, Mohammed VI se taille un costume de leader en Afrique

© AFP/Mohammed VI à Conakry, le 3 mars

Texte par Thomas HUBERT

Dernière modification : 06/03/2014

Le roi du Maroc est arrivé mercredi soir au Gabon, ultime étape d’une tournée de près d'un mois en Afrique subsaharienne durant laquelle il a joué les VRP de luxe. Tout en essayant d'assoir sa popularité auprès des Subsahariens.

Des drapeaux marocains, des portraits géants du roi Mohammed VI, une foule enthousiaste… À chaque étape de sa tournée en Afrique subsaharienne entamée à la mi-février, les mêmes scènes se sont répétées. Comme au Mali, en Côte d’Ivoire et, deux jours plus tôt, en Guinée, c’est sous les vivats de la population que le souverain marocain a été accueilli, mercredi 5 mars, à Libreville, au Gabon. Une ferveur qui témoigne de l’influence croissante du royaume chérifien dans la région.

Lors de sa venue à Conakry, un auditeur guinéen de Radio France internationale (RFI) affirmait dans l’émission Appels sur l’actualité que la visite de Mohammed VI suscite "une certaine fierté dans la mesure où beaucoup de responsables occidentaux ont contourné la Guinée ces derniers mois au profit du Mali et du Sénégal. Nous restons fréquentables."

Mais au-delà du symbole, cette tournée triomphale revêt une dimension économique que Mohammed VI lui-même revendique. "Auparavant, la diplomatie était au service de la consolidation des relations politiques. Aujourd’hui, c’est la dimension économique qui prime et constitue l’un des fondamentaux des relations diplomatiques", a-t-il déclaré devant 500 hommes d’affaires ivoiriens et marocains réunis, le 24 février, à Abidjan.

Les affaires d’un côté, la religion de l’autre

Il faut dire que dans ce domaine, les performances accomplies ces deux dernières semaines par le roi feraient pâlir d’envie les meilleurs VRP du secteur privé : dans chaque pays visité, il a signé une vingtaine d’accords commerciaux sur des projets allant des logements sociaux à la fibre optique, en passant par des ports de pêche ou des cimenteries.

"En cette époque de ruée économique vers l’Afrique et alors que l’Europe et les États-Unis sont en crise, le Maroc se positionne avec ses banques et ses accords de libre-échange qui vont lui permettre de commercer librement avec des pays constituant un marché de 250 millions d’habitants", affirme Bakary Sambe, enseignant-chercheur à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis au Sénégal, et auteur d’"Islam et diplomatie : la politique africaine du Maroc". Et d’ajouter : "Aujourd’hui des entreprises marocaines battent des entreprises françaises sur des appels d’offres parce qu’elles bénéficient de ce lobbying."

Pour beaucoup, "l’islam modéré et tolérant" qu’incarne Mohammed VI favorise également ce rôle régional grandissant, d’autant plus qu’il est ancré dans une solide tradition historique. "Au Moyen-Âge, l’empire marocain s’étendait jusqu’à Tombouctou et au Sénégal, la confrérie tidjane [l'une des plus importantes confréries musulmanes dans le pays] reconnaît toujours le roi du Maroc comme commandeur des croyants", souligne Ismaïl Régragui, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences Po, et auteur de "La diplomatie publique marocaine : une stratégie de marque religieuse ?"

Depuis le début de sa tournée, Mohammed VI a fait don de centaines de corans et s’est engagé à prendre en charge la formation de nombreux imams subsahariens. Son malikisme, l’une de quatre doctrines du sunnisme, est particulièrement prisée par les gouvernements luttant contre le fondamentalisme islamique. "Face à l’avancée du wahhabisme et du salafisme d’une part, et du chiisme iranien d’autre part, le roi essaye de créer un sorte de sainte alliance autour de l’islam malikite modéré dont le Maroc serait le centre", analyse Bakary Sambe.

Aux dépens de l’Algérie

Un statut qui autorise le roi du Maroc à jouer les médiateurs entre le gouvernement de Bamako, les Touareg et les mouvements islamistes qui se disputent le Nord-Mali. Quitte à court-circuiter l’Algérie rivale dont c’était jusqu’alors le rôle.

Les efforts répétés de Mohammed VI pour accroître son influence en Afrique de l’Ouest sont indissociables de la rivalité qui oppose Marocains et Algériens sur la scène internationale. Les deux pays sont brouillés depuis le 6 mars 1976, date de la reconnaissance par l'Algérie de l’indépendance du Sahara occidental, un territoire que revendique le Maroc. Plus largement, le soutien de l’Union africaine (UA) à l’indépendance sahraouie a plongé Rabat dans l’isolement – une situation que Mohammed VI semble décider à retourner.

"Depuis l’indépendance, le Maroc a développé un sentiment d’encerclement : au Nord, par les Espagnols avec qui les relations sont difficiles sur les enclaves de Ceuta et Melilla, et à l’Est, par l’Algérie qui soutient le Front Polisario [mouvement indépendantiste sahraoui], rappelle Bakary Sambe. Aussi voit-il sa politique extérieure comme un désenclavement stratégique vers le Sud, au moment d’une recomposition diplomatique dans la région."

Une place a été laissée vacante par Kadhafi

L’offensive diplomatique du roi semble avoir porté quelques fruits : le président malien, Ibrahim Boubacar Keita, a rompu avec la ligne traditionnelle qui veut que Bamako soutienne indéfectiblement le Front Polisario, puisqu’il a affirmé que les efforts entrepris par Rabat sur le dossier sahraoui étaient "crédibles et sérieux".

Ultime étape de cette tournée africaine, son séjour au Gabon, allié historique du Maroc, ne pourra que renforcer l’influence du royaume dans la région. "L’Afrique a besoin d’un leader, très apprécié, démocratique et dont le pays a des atouts économiques, appelait de ses vœux un habitant de Dakar dans l’émission Appels sur l’actualité. Cette place a été laissée vacante par le colonel Mouammar Kadhafi et le Maroc a tout les atouts économiques pour jouer ce rôle-là."

Mais, pour Bakary Sambe, Mohammed VI a encore une chose à faire avant d’assoir définitivement sa popularité auprès des Subsahariens : gommer cette image de "gendarme de la politique anti-immigration de l’Europe" qui colle à son pays. Et ce, malgré les réformes adoptées en septembre 2013 par le royaume afin d'offrir davantage de droits aux migrants clandestins.

Première publication : 06/03/2014

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