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Economie

SFR - Bouygues : le drôle de plaidoyer d'Arnaud Montebourg

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 10/03/2014

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a pris position, dimanche, en faveur de l’offre de Bouygues pour racheter SFR. Son argument : un marché à trois opérateurs serait mieux pour tous qu’un marché à quatre.

Trois, c’est mieux que quatre ? Tel est, en tout cas, l’avis d’Arnaud Montebourg. Le ministre français du Redressement productif a affirmé, dans une interview accordée dimanche 9 mars au “Parisien”, préférer un marché de la téléphonie mobile à trois opérateurs plutôt qu’à quatre. “La concurrence par la destruction s’arrêtera si nous revenons à trois opérateurs mobiles, tout en maintenant des prix bas”, a précisé le champion du “made in France”.

Cette prise de position intervient alors qu’une bataille fait actuellement rage dans le paysage français de la téléphonie mobile pour savoir qui, de Bouygues ou Numericable, va mettre la main sur SFR. Le bétonneur et le roi de l’Internet par le câble ont tous les deux fait des offres similaires, d'environ 15 millions d’euros, pour racheter l’opérateur mobile mis en vente par Vivendi, sa maison mère.

Arnaud Montebourg s'est clairement positionné en faveur d'un rapprochement entre SFR et Bouygues : “Si Numericable conquiert SFR, la concurrence restera à quatre dans le mobile et au final, soit Free, soit Bouygues, sera à ramasser à la petite cuillère”. En clair, d’après le ministre, le fait qu'il y ait moins de concurrence serait bénéfique à tout le monde : les consommateurs, les salariés du secteur et les actionnaires.

Casse des prix, casse sociale ?

“Sur le plan économique, la démonstration d’Arnaud Montebourg n’est pas logique”, assure Pascal de Lima, économiste en chef au cabinet de conseil EcoCell. Les seuls gagnants d’une concentration dans le secteur seraient, à ses yeux, les actionnaires. “Toute concentration vise à maximiser les profits”, rappelle l'expert, pour qui cette manœuvre aboutira à une hausse du prix des abonnements. Orange ou Bouygues pourraient probablement retrouver leurs marges d’avant l’arrivée de Free sur le marché, mais les recherches de synergies entre Bouygues et SFR “risquent d’engendrer de la casse sociale”, craint Pascal de Lima.

Un scénario purement théorique aux yeux d'Arnaud Montebourg, qui estime que le modèle d'un marché à quatre opérateurs a montréses limites dans la pratique. D’après le ministre du Redressement productif, l’autorisation accordée à Free Mobile en 2012 a été “une erreur, dans la mesure où ce processus a conduit à la guerre des prix cassés, à des plans sociaux à répétition, même s’il faut saluer l’avancée permise avec l’arrivée de Free pour le consommateur [en terme de prix, NDLR]”.

Pour Magali Guibert, chef des opérations pour le site de comparaison des forfaits Edcom, Arnaud Montebourg est d’avantage au fait de la réalité du marché qu'en 2012, quand il se réjouissait du coup de pouce au pouvoir d’achat incarné par l’arrivée de Free Mobile. “La guerre des prix initiée par Free a poussé les opérateurs à réduire certains budgets, ce qui a eu des conséquences sociales évidentes chez certains partenaires des opérateurs”, explique-t-elle. L’émergence du low-cost téléphonique serait, d’après elle, essentiellement à l’origine de destructions indirectes d’emplois.

L'évolution de l'emploi direct depuis 1998
© Arcep

Emplois indirects vs emplois directs

L'impact de Free sur l'emploi direct
© INSEE

Une analyse qui ne satisfait pas l’UFC-Que choisir. “Il est difficile de savoir précisément quel rôle Free joue dans les destructions d’emplois indirects”, assure Antoine Autier, chargé de mission sur les questions relatives aux nouvelles technologies pour l’association de défense des consommateurs. Pour lui, mieux vaut se concentrer sur les emplois directs. Et là, surprise : depuis l’arrivée de Free, les effectifs des opérateurs sont en hausse alors qu’ils “baissaient depuis le début des années 2000 et jusqu’en 2011”. Une tendance illustrée, en 2013, aussi bien par un rapport de l’Arcep (autorité de régulation des télécommunications) que par une note de l’Insee.

Cependant, l’UFC-Que Choisir ne condamne pas par principe le retour à un marché à trois opérateurs. “À condition que la cession annoncée des antennes relais et d’une partie des fréquences de Bouygues à Free ait bien lieu, et permette effectivement à ce dernier de ne pas être le petit poucet face aux deux géants, Orange et Bouygues”, souligne Antoine Autier. En outre, il espère que les autorités s’assureront que les MVNO (les opérateurs virtuels comme Virgin, La Poste) pourront, dans le cas d’un marché à trois opérateurs, jouer le rôle de trublion afin d’éviter que les “historiques” n’en profitent pour augmenter les prix.

Première publication : 10/03/2014

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