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Asie - pacifique

Malaysia Airlines : deux Iraniens "probablement candidats à l'émigration clandestine"

© Photos des deux hommes munis de passeports volés qui ont pris place à bord du vol MH370

Vidéo par Laure MANENT , Inès OLHAGARAY , Florence THOMAZEAU

Texte par Steven JAMBOT

Dernière modification : 11/03/2014

Les passagers munis de passeports volés, qui ont pris place à bord du vol MH370, étaient probablement des Iraniens cherchant à émigrer en Europe via l'Asie du Sud-Est, connue comme une plaque tournante de l'immigration clandestine.

Quatre jours après la disparition des écrans radars du Boeing 777-200 de la compagnie Malaysia Airlines reliant Kuala Lumpur à Pékin, les recherches pour localiser l’appareil se poursuivent. Les pistes évoquées jusqu’ici par les enquêteurs sont "le détournement, le sabotage, des problèmes personnels ou psychologiques entre passagers et équipages".

Mais mardi, Interpol a émis des doutes sur la piste terroriste, un temps avancée. Lors d'une conférence de presse, le secrétaire général de l'organisation de coopération policière basée à Lyon, Ronald Noble, a indiqué que les deux passagers qui avaient embarqué munis de passeports dérobés à des ressortissants italien et autrichien n’avaient pas le profil de terroristes mais étaient plutôt en quête d'asile dans un pays tiers. Les deux hommes étaient détenteurs de passeports iraniens qu’ils avaient précédemment utilisés pour un vol entre Doha et Kuala Lumpur. "L'un d'eux se rendait à Francfort pour retrouver sa mère, il s'agit d'un trafic d'êtres humains et non pas de terrorisme", a expliqué Ronald Noble. "On a pu savoir, auprès de ceux qui connaissaient ces personnes, qu'ils cherchaient un statut de réfugié à la recherche d'une vie meilleure, on a ainsi pu exclure une intention criminelle", a-t-il ajouté.

Deux migrants iraniens parmi d'autres

Interpol a rendu publiques, mardi, les identités figurant sur ces deux passeports, sans certitude que ces noms correspondent bien aux deux passagers : Pouri Nour Mohammadi,19 ans, et Delavar Seyed Mohammad Reza, 30 ans. La suspicion qui a plané sur ces deux voyageurs, vraisemblablement de nationalité iranienne, met en lumière la situation de nombreux jeunes iraniens qui souffrent du chômage dans leur pays, toujours l’objet de sanctions occidentales qui touchent directement l’économie.

Nombre d’entre eux cherchent – légalement ou illégalement – à émigrer en Europe ou en Amérique du Nord, via l’Asie et l’Océanie. Certains s’appuient sur les nombreuses communautés iraniennes établies en Malaisie et en Thaïlande, où les passeports utilisés par deux passagers du vol Kuala Lumpur-Pékin ont été volés. Thomas Erdbrink, chef du bureau du "New York Times" à Téhéran, écrivait d’ailleurs mardi matin sur Twitter : "Il y a des milliers d’Iraniens, peut-être plus, en Thaïlande, en Malaisie et en Indonésie qui attendant leur chance d’émigrer en Occident."

Une autre enquête devrait donc s’ouvrir prochainement : celle des filières de migrants iraniens. Le secrétaire général d’Interpol l’a annoncé mardi à mots couverts : "Maintenant qu'on connaît l'identité des personnes, on sait qu'ils quittaient Kuala Lumpur pour avoir un statut de réfugiés et on pourrait plus se focaliser sur le gang criminel qui leur a permis de voyager."

L’Europe via Pékin

Les deux suspects du Kuala Lumpur-Pékin auraient fait le choix de la Chine car les vols à destination de l’Europe y étaient moins chers. "Si l'on en juge par les billets, s'il s'était agi de terrorisme, ils auraient précisé l'itinéraire et l'avion qu'ils souhaitaient prendre. Au lieu de cela, ils ont demandé le billet le moins onéreux, sans préciser ni itinéraire ni compagnie aérienne", a expliqué Supachai Puikaewcome, le chef de la police de Pattaya, en Thaïlande.

L’antenne en persan de la BBC a été en contact avec un Iranien qui affirme avoir hébergé les deux hommes à Kuala Lumpur. Cet "ami", qui avait côtoyé l’un d'entre eux à l’école en Iran, a dit qu'ils avaient acheté des faux passeports à Kuala Lumpur en vue d’émigrer en Europe. "J’ai vu mon ami teindre ses cheveux et sa barbe pour ressembler à l’homme sur le passeport", a-t-il déclaré à la BBC. Cette source a également adressé à CNN iReport une photo de ses deux amis prétenduement prise le samedi précédant l’embarquement pour Pékin.

Pouri Nourmohammadi (à gauche), 19 ans, et Delavar Seyed Mohammad Reza (à droite), 30 ans, ici à Kuala Lumpur avant de prendre le vol pour Pékin qui a disparu au-dessus de la mer de Chine. © CNN iReport

La République islamique d’Iran a quant à elle annoncé qu’elle allait coopérer avec la Malaisie dans cette enquête. Mardi, Marzieh Afkham, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a annoncé : "Par l'intermédiaire de notre ambassade, nous avons fait part de notre disponibilité pour coopérer et recevoir des informations supplémentaires". Elle a ajouté que Téhéran avait des "inquiétudes sérieuses" à propos de la question de l'utilisation de faux passeports et de l'immigration illégale.

Carte montrant le trajet de l’avion et l’endroit où le contact a été perdu
© FRANCE 24

Première publication : 11/03/2014

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