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Moyen-Orient

"Les Français jihadistes" : le livre qui démonte un certain nombre de clichés

© FRANCE 24

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 13/03/2014

Après un an d’enquête, David Thomson, journaliste à RFI et FRANCE 24, a rassemblé plusieurs témoignages de Français partis combattre en Syrie. Des récits étonnants dans lesquels un certain nombre de poncifs sur les djihadistes volent en éclats.

C’est le livre des "petits soldats du djihad", comme l’écrit le journaliste David Thomson dès la première page de son ouvrage. Celui qui, loin des analyses sur le rôle des grands chefs d’Al-Qaïda en Syrie, raconte au contraire les motivations, les attentes, les espoirs et les déceptions de ces dizaines d’adolescents-fantassins qui décident, un jour, d’abandonner la France pour mener une guerre sainte en territoire inconnu. Tout au long des 230 pages du livre, l'auteur y démonte surtout quelques idées reçues.

  • Les djihadistes ne sont pas tous des "loups solitaires"

Si certains djihadistes se sont rendus seuls en Syrie, d’autres ont fait le choix de prendre le chemin des champs de bataille syriens en famille – enfants compris dans le voyage. "La réalité syrienne n’est pas celle de l’Afghanistan, par exemple. On peut facilement loger sa famille dans des appartements, établir une communauté. C’est un djihad qui s’allonge dans le temps, donc on a besoin de faire venir sa famille… Ils partent tous ensemble pour expier leurs péchés et accéder au paradis", explique David Thomson.

C’est le cas de Yassine, ce jeune Français de 27 ans, qui a décidé de se marier quelques jours seulement avant de se rendre en Syrie avec une femme de dix ans son aînée. Ils se connaissent à peine mais elle partage ses convictions. "Un frère me l’a présentée et il m’a dit : ‘Voilà, cette femme est prête à partir au Sham [Syrie] mais il lui faut un homme parce que les femmes, elles peuvent pas partir seules’. Je l’ai rencontrée, ça se passe hyper bien. Elle a déjà deux enfants. Deux filles, mais tout se passe bien […]" Début juillet 2013, il s’est envolé avec les deux fillettes et leur mère.

  • Peu de candidats recrutés à la sortie des mosquées

Contrairement aux idées reçues, la plupart des Français s’aventurant sur le terrain du djihad se sont auto-radicalisés seuls via les réseaux sociaux, et surtout via Facebook. Il n’y a pas – ou très peu - d’engrenage via des réseaux islamistes, implantés en France et recrutant les jeunes à la sortie des mosquées. La majorité des jeunes interviewés dans le livre se sont forgés une foi indéfectible en Allah en surfant sur Internet, en s’abreuvant de vidéos de prêches d’intégristes de tous poils. Pas un n’a suivi une "éducation religieuse" dispensée dans les mosquées françaises. Beaucoup ont communiqué via les pages Facebook avec d’autres djihadistes déjà présents en Syrie. C’est ce qu’explique Abu Nai’m, un djihadiste de 23 ans.

"La vérité, c’est que les gens, je les attrape partout sur Facebook. […] Y’a beaucoup de gens, je les ai ramenés en Syrie et je les ai ramenés à partir de là. Donc ils [les mécréants] ont raison d’avoir peur, voilà, je leur dis la vérité. Les réseaux sociaux, ils pourront jamais bien les surveiller. Moi je vais continuer mon travail, et je vais continuer à faire venir des gens et eux, ils continueront à rien pouvoir faire pour les empêcher de venir. Ça, c’est une réalité".

  • Pas que des délinquants désoeuvrés

L’image que la société se fait du combattant parti mener le djihad en Terre sainte s’apparente souvent à un jeune sans emploi, délinquant, "tenant les murs de sa cité". Une fois encore, la réalité est tout autre. La plupart des jeunes djihadistes mentionnés dans le livre avaient non seulement une situation professionnelle convenable mais certains avaient même reçu une éducation catholique stricte. Clémence, par exemple, "inscrite au catéchisme, le dimanche" a été élevée loin de Paris, "loin de la délinquance". Elle a grandi à la campagne "au milieu des vaches et des poneys" sans "un seul musulman à l’horizon". Un éloignement géographique qui n’empêchera pas "la petite Blanche [qu’elle est]" de s’engager sur la voie du djihad et de trouver sa véritable identité religieuse après avoir tapé "islam" et "Allah" dans Google…

Yassine, lui, était prothésiste dentaire et gagnait un peu plus de 2 000 euros par mois. Pour partir en Syrie, il a tout lâché : son emploi, son appartement dans le 18e arrondissement de Paris et sa famille. "Je me suis dit : Allah est en train de tester ma sincérité. Est-ce que je vais choisir le luxe et ce bas monde, ou suis-je en train de tout quitter pour Lui […] Tout ce que tu délaisses par amour d’Allah sur Son sentier, Allah, Il le remplace par quelque chose de meilleur."

  • Des combattants pas toujours très disciplinés

Aussitôt arrivés en Syrie, une grande majorité des djihadistes abordent le conflit avec une décontraction surprenante. Portable dans une main, arme dans l’autre, l’image de ces jeunes Français ne colle pas vraiment à celle du soldat discipliné. Certains jeunes "mangent des sandwichs toute la journée, vont au cyber le soir et c’est tout ce qu’ils font", a déploré le djihadiste Omar Omsen, un résident français d’origine sénégalaise. "Certains commettent l’imprudence de se photographier devant la base de leur groupe armé, offrant ainsi des renseignements stratégiques à leur ennemi", écrit même David Thomson. Devant ce phénomène, plusieurs d’entre eux "se sont vus rappeler à l’ordre par leur émir."

Ce comportement infantile détonne avec l’ultra-violence du conflit syrien. "Les uns, parfois mineurs, posent tout sourire, assis sur un canon antiaérien [….] vêtus d’un simple survêtement Lacoste. D’autres s’amusent à poster des vidéos les montrant […] barbotant dans la piscine d’une luxueuse propriété d’Alep". Dans le même temps, pourtant, certains n’éprouvent aucune répugnance à poster des vidéos de décapitation en accompagnant leur film d’une boutade. "Au moins, ces deux-là, on peut dire qu’ils n’ont pas la tête sur les épaules", a ainsi commenté un jeune djihadiste sur YouTube.
 

Première publication : 12/03/2014

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