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FRANCE

Les avocats de Simbikangwa s'insurgent contre un "procès en sorcellerie"

© AFP

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 20/03/2014

La défense a demandé au jury de ne pas condamner Pascal Simbikangwa contre qui le ministère public requiert la perpétuité pour crime de génocide au Rwanda. Le verdict de ce procès, qui constitue une première en France, est attendu vendredi.

À la cour d’assises de Paris, rares doivent être les plaidoiries qui, comme en ce jeudi 13 mars, convoquent pêle-mêle les philosophes des Lumières, Friedrich Nietzsche, Louis-Ferdinand Céline ou encore Adolf Hitler. Mais ce n’est pas tous les jours, pourrait-on objecter, qu’un jury populaire français est amené à se prononcer sur la culpabilité d’un homme contre qui le ministère public requiert la perpétuité pour "crime de génocide".

De fait, Pascal Simbikangwa est le premier Rwandais à être jugé en France pour son implication dans le massacre de 800 000 Tutsis et les Hutus modérés entre avril et juillet 1994. Une première qui confère au procès ce caractère historique que les protagonistes s’attachent à souligner depuis le début des audiences le 4 février. Historique mais également symbolique : dans quelques jours, le Rwanda commémorera les 20 ans de ce qui constitue le dernier grand crime contre l’humanité du XXe siècle.

"Le dossier est lourd". C'est par ses mots que débute la plaidoirie des avocats commis d’office de Pascal Simbikangwa qui, de leurs propres aveux, sont davantage accoutumés aux affaires d’assises "ordinaires" qu’aux crimes de masse. Dans les faits, l’ex-militaire de la garde présidentielle, devenu agent du renseignement après qu’un accident de la route l’eut définitivement cloué dans un fauteuil roulant, est accusé d'avoir fourni des armes, entraîné et donné des instructions à des civils et des miliciens pour débusquer et tuer "l’ennemi" tutsi.

"Château de cartes" et "faux témoignages"

"Ce dossier a été construit de manière particulière", déplore Me Alexandra Bourgeot, pour qui le mandat d’arrêt, "rédigé par les autorités de Kigali après l’arrestation de Pascal Simbikangwa à Mayotte", constitue le péché originel d’une instruction aux bases aussi solides que celles "d’un château de cartes".

Mais ce sont surtout les récits délivrés par les témoins à charge qui, pour la défense, décrédibilise l’accusation. "Il y a eu beaucoup de faux témoignages", lance-t-elle en rappelant certains anachronismes et incohérences relevés lors des auditions. Et de fustiger des témoins, historiens, victimes du génocide ou miliciens hutus repentis qui "ne se souviennent plus, se contredisent ou ne savent pas situer les faits sur une carte". Des approximations d’autant plus sensibles que, faute de preuves matérielles présentées à la cour, le jury devra fonder son jugement sur la seule base des témoignages apportés à la barre durant les cinq semaines d’auditions.

"Que propose-t-on à la cour pour établir que Pascal Simbikangwa était un homme puissant, un dignitaire du régime hutu ?" surenchérit Me Fabrice Epstein. "Des faisceaux d’indices", "des conjectures", "des supputations", "des rumeurs", "des fantasmes"... En clair pour la défense, c’est "un procès en sorcellerie" qui est intenté à l’encontre de Pascal Simbikangwa. "On a essayé de grossir les traits de cet homme, en faire un membre du Hutu Power, un idéologue du génocide, s’insurge la défense dont la stratégie consiste, depuis le début des audiences, a présenté l’accusé comme un fonctionnaire insignifiant. "Les parties civiles ont voulu comparer Pascal Simbikangwa aux génocidaires du XXe siècle, s’emporte Me Fabrice Epstein. C’est faire un procès-spectacle, c’est jouer sur l’émotion, car on n’a rien d’autres à présenter contre lui."

Désobéissance civile

Sans en prononcer le terme, c’est bien un "procès politique" que la défense s’emploie à dénoncer dans sa plaidoirie. "Le régime rwandais n’accepte pas les acquittements", assène Me Alexandra Bourgeot pour dénoncer les pressions qu’exerceraient les autorités de Kigali sur les procédures judiciaires liées au génocide de 1994. "On vous demande d'écrire une histoire manichéenne, avec des bons d'un côté et des méchants de l'autre ! s’exclame à l’adresse du jury Me Fabrice Epstein. Je vous demande de désobéir. Répondez aux pressions politiques" en prononçant un acquittement.

Le jury doit rendre son verdict vendredi. Mais avant cela, la cour laissera une dernière fois la parole à l’accusé. Coutumier des longues et digressives dépositions, Pascal Simbikangwa saura sans nul doute profiter de cette ultime prise de parole pour nier une nouvelle fois les faits qui lui sont reprochés. Au risque de verser dans la tribune politique contre l’actuel pouvoir rwandais dont il affirme être la cible. "En 1997, Carlos avait parlé pendant cinq heures", se souvient un journaliste visiblement peu enthousiaste à l’idée de voir les débats se prolonger. Ce qui n’avait pas empêché le terroriste vénézuélien d’être condamné à la réclusion à perpétuité.

Première publication : 13/03/2014

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