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Moyen-Orient

Le Golan, nouveau terrain d'affrontement entre Israël, la Syrie et le Hezbollah

© AFP

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 19/03/2014

Depuis quelques semaines, les incidents se sont multipliés sur la partie du plateau du Golan occupée par Israël. Tel-Aviv soupçonne le Hezbollah libanais d’avoir profité de sa présence en Syrie pour se positionner dans cette région stratégique.

Depuis 3 ans, date du début de la crise syrienne, le président Bachar al-Assad et son allié le Hezbollah libanais étaient beaucoup trop occupés à lutter côte à côté pour la survie du régime bassiste, pour s’en prendre à leur ennemi déclaré : Israël.
 
Mais il semble que la donne a changé depuis quelques semaines, tant les incidents se sont multipliés sur les frontières nord de l’État hébreu avec le Liban et nord-ouest avec la Syrie. Le 14 mars, l'artillerie israélienne a ouvert le feu contre des positions attribuées au parti chiite pro-iranien, dans le sud du Liban, après l'activation d'un engin explosif au passage de soldats israéliens dans une zone frontalière. Le lendemain, plusieurs "suspects" ont essuyé des tirs israéliens car ils s'étaient approchés de la frontière israélo-libanaise.
 
Mais aussi et, c’est là une nouveauté et une source d’inquiétude pour le gouvernement israélien, les incidents touchent désormais le plateau du Golan, une région du sud-ouest de la Syrie occupée par Israël suite à la guerre de 1967 et annexée par l'Etat hébreu en 1981.
 
Cible militaire
 
En effet, ce territoire, réputé comme étant une des frontières les plus paisibles d’Israël en raison des décennies de calme quasi-absolu dont a joui ce territoire, semble être devenu une cible militaire.
 
Le mois dernier, deux roquettes tirées de Syrie s'étaient abattues sur la partie du plateau occupée par Israël, peu après une visite du Premier ministre Netanyahou dans cette région. Le 5 mars, l'armée israélienne avait annoncé avoir tiré sur deux individus présentés comme des membres du Hezbollah, et les avoir blessés, alors qu'ils installaient un dispositif explosif près de la barrière qui sépare le plateau du Golan du sol syrien. Le 18 mars, quatre parachutistes israéliens ont été blessés, dont un grièvement, par l'explosion d'une bombe artisanale au passage de leur jeep, près de la ligne de cessez-le-feu avec la Syrie.
 
Depuis 2011, le conflit syrien s’était certes manifesté à plusieurs reprises le long du plateau du Golan. Mais de l’aveu même des Israéliens les quelques dizaines de projectiles d’artillerie qui s’étaient abattus sur cette zone l’avaient visé accidentellement.
 
Une sorte de dommages collatéraux mineurs générés par le conflit qui sévit de l’autre côté du plateau entre rebelles et armée régulière syrienne, auxquels l'armée israélienne a généralement répliqué par des tirs de sommations. Le seul incident notable est intervenu en mai 2013, lorsque l'armée syrienne avait revendiqué pour la première fois des tirs ayant endommagé un véhicule militaire israélien sur le Golan, accusé d’avoir franchi la ligne de cessez-le-feu.
 
Escalade de la violence
 
Il est clair qu’une nouvelle étape a été franchie avec l’attaque du 18 mars, entraînant une réaction musclée d’Israël, qui a bombardé ce mercredi 19 mars plusieurs sites militaires syriens sur le Golan, dont un poste de commandement, un centre d'entraînement et des batteries d'artillerie. Selon Damas, qui a accusé mercredi Israël de "menacer" la sécurité du Proche-Orient, le bilan des raids aériens s’est soldé par la mort d’un soldat syrien et sept blessés.
 
Car pour Israël, pas de doute possible, la responsabilité de cette escalade incombe à Damas, même si Tel Aviv n’ignore pas que certaines zones de la partie syrienne du Golan sont contrôlées par la rébellion. Les Israéliens soupçonnent également le Hezbollah d’avoir profité de sa présence en Syrie pour se positionner dans cette région stratégique qui lui offre un nouvel angle de tir contre eux.
 
Le ministre de la Défense israélien Moshé Yaalon, a attribué, mercredi, au régime de Bachar al- Assad "la responsabilité de ce qui se passe sur son territoire". Et d’ajouter en référence au Hezbollah : "s'il [le président syrien, NDLR] continue à coopérer avec les agents terroristes qui cherchent à nuire à l'État d'Israël il paiera un prix élevé", a assuré M. Yaalon.
 
Outre les autorités, plusieurs médias et analystes israéliens, dont le général Amos Yadlin, ancien chef des renseignements militaires, considèrent également que le régime syrien et le Hezbollah sont impliqués dans l'attaque de mardi. "L'attaque d'hier était professionnelle, il ne fait aucun doute que les Syriens étaient au courant, et peut-être même qu'ils l'ont menée pour le compte du Hezbollah", a-t-il jugé sur la radio militaire.
 
L’ombre du Hezbollah
 
Toutefois, on peut s’interroger sur l’intérêt du Hezbollah et du régime syrien, qui ont déjà fort à faire en Syrie, d’ouvrir un nouveau front, et ce, a fortiori contre l’hyperpuissance militaire de la région. Selon "Haaretz", "il n’est pas difficile d’identifier ce qui provoqué cette vague" de violence. Le quotidien israélien estime qu’il s’agit de représailles à la suite d’une opération menée par l’armée de l’air de l’État hébreu, le 24 février, en territoire libanais, contre un convoi d'armes venant de Syrie et destiné au parti chiite.
 
"Quand les attaques attribués à Israël ont lieu en Syrie, Assad choisit généralement de répondre avec retenue. Mais avec le Hezbollah c’est une autre histoire. Peu de temps après que ce dernier a menacé de répliquer, la série d’attaques [du mois de mars, NDLR] a commencé", explique Haaretz. Le parti de Hassan Nasrallah, qui a érigé en principe de ne jamais laisser sans réponse la moindre attaque contre lui, avait en effet promis de répondre "au moment opportun et à l'endroit approprié".
 
À en croire la version israélienne, l’opération du 18 mars était donc une réplique. Et si jamais elle était revendiquée par le Hezbollah, qui n’a pas commenté cet évènement, il s’agirait également d’une démonstration de force du parti chiite, qui prouve ainsi à l’Etat hébreu qu’il peut désormais le frapper dans une zone naguère considérée comme sûre.

 

 

Position géographique du Golan

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Avec AFP et Reuters

Première publication : 19/03/2014

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