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Moyen-Orient

Municipales en Turquie : l’AKP d’Erdogan est-il réellement menacé ?

© AFP

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 28/03/2014

Les élections municipales en Turquie sont un scrutin test pour le Premier ministre turc Erdogan, empêtré dans des scandales de corruption. La puissante confrérie Gülen apporte son soutien aux partis rivaux, pour infliger un échec à l’AKP.

En Turquie, et plus particulièrement à Istanbul, les élections municipales du dimanche 30 mars prennent des allures de référendum pour le chef du régime islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan. Ébranlé par un scandale de corruption sans précédent, il a annoncé, début mars, qu’il était prêt à abandonner la politique si son parti, le Parti pour la justice et le développement (AKP), n’arrivait pas en tête du scrutin.

"Les élections du week-end sont capitales", a reconnu, jeudi 27 mars, un responsable gouvernemental. "Les résultats à Ankara et Istanbul donneront de sérieuses indications sur l'avenir du gouvernement [...] "Tout le monde sait que lors de cette élection, les gens ne vont pas voter pour des partis, mais pour ou contre Erdogan et ses adversaires", a poursuivi cette source citée par l'AFP, sous couvert d’anonymat.

Le Premier ministre a, en effet, du souci à se faire. L’influente confrérie Gülen, anciennement alliée de poids, mène désormais campagne contre l’AKP, au pouvoir depuis 2002. Un divorce que le prédicateur Fethullah Gülen, à la tête du mouvement, explique comme une réaction à la dérive autoritaire du gouvernement.

Un coup de pouce pour les ultranationalistes du MHP ?

Bien qu’il ne soit pas un parti politique, le mouvement Gülen dispose d’un vaste réseau de fidèles, implantés dans le monde des affaires, la magistrature et la police. La confrérie possède même sa propre fédération patronale, Tuskon. Fort de son influence, Gülen a entrepris de déstabiliser l’AKP, en soutenant ses opposants. Guillaume Perrier, correspondant en Turquie du journal "Le Monde", détaille les meetings organisés par les gülénistes en faveur de l’opposition dans la ville de Kayseri. "Avant, Boydak [un puissant mécène güléniste à la tête de la plus grosse société de la ville] envoyait ses ouvriers aux meetings d’Erdogan et les figures de l’AKP, de passage, venaient déjeuner à l’usine. Maintenant, c’est l’opposition qui est invitée", écrit ainsi le correspondant, citant un journaliste local.

Si la principale formation d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, social-libéral laïc), cherche à surfer sur le désamour des Turcs envers Erdogan, c’est davantage le Parti de l’action nationaliste (MHP, ultranationaliste) qui pourrait tirer le plus profit de la guerre ouverte entre l’AKP et Gülen. "Les adhérents de Gülen ont des idées très conservatrices malgré des allures libérales", analyse le politologue Ali Kazancigil. Les gülénistes ont, par exemple, vu d’un mauvais œil la main tendue d’Erdogan envers le dirigeant des Kurdes d’Irak, Massoud Barzani, en novembre 2013.

Pour cette formation de second plan, le soutien de Gülen au MHP serait un coup de pouce non négligeable. "Le MHP est généralement crédité de 13 à 15 % des voix lors des scrutins législatifs et municipaux, un peu comme le Front national en France", précise Ali Kazancigil. "Mais, peut-être que maintenant, avec le soutien de Gülen, ils vont augmenter leur pourcentage".

"Pas d’opposition crédible à l’AKP"

Toutefois, le politologue reste très sceptique quant à une défaite de l’AKP, même si le score du parti devrait être moins élevé qu’en 2009 (il avait alors atteint 40 %). Principale raison : "il n’y a pas d’opposition crédible", souligne Ali Kazancigil. "Le CHP et le MHP n’ont pas de propositions sur le plan économique et social, ils se contentent de critiquer Erdogan. Mais il n'y a rien de constructif. Le BDP (Parti pour la paix et la démocratie, pro-kurde) s’est, quant à lui, présenté comme un parti régionaliste, et n’a, de fait, pas de prétention à l’échelle nationale".

En outre, malgré les récents débordements – voire crises de folie – d’Erdogan, réprimant tour à tour les manifestants du parc Gezi, la consommation d’alcool, l’utilisation de Twitter et de YouTube, le Premier ministre peut se targuer d’un bon bilan politique. "Ses résultats sont très positifs", commente le spécialiste de la Turquie. Entre 2002 et 2012, l’économie turque a en effet enregistré la plus forte croissance de tous les pays de l’OCDE.

"Pour autant, les inégalités restent fortes et les préoccupations principales des Turcs sont l’emploi et le pain quotidien… pas la liberté d’expression."

Véritable test de popularité, le scrutin de dimanche déterminera l’avenir politique d’Erdogan. Le Premier ministre n’a pas encore annoncé s’il se présenterait ou non lors de la première présidentielle organisée au suffrage universel direct dans le pays, en août prochain.

Première publication : 27/03/2014

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