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FRANCE

Molière vs Shakespeare : la guerre linguistique est déclarée

© Capture d'écran du site The Spectator

Texte par Aude MAZOUÉ

Dernière modification : 28/03/2014

La récente étude publiée par le magazine Forbes sur la langue française qui pourrait supplanter celle de Shakespeare à l’horizon 2050 n'a pas été du goût de tous outre-Manche. Un journaliste britannique explique pourquoi.

Il aura suffi d’une étude pour raviver les vieilles querelles franco-britanniques. Les conclusions de l’étude commandée par la banque Natixis et publiée cette semaine par le magazine Forbes selon lesquelles la langue française pourrait être plus parlée que l’anglais dans le monde d’ici l’horizon 2050 n’ont visiblement pas été du goût de tous nos voisins d’outre-Manche. Du moins pas de celui de Liam Mullone, journaliste au magazine conservateur The Spectator. Dans son article intitulé "Pourquoi mes enfants n’apprendront pas le français", publié vendredi 28 mars, le rédacteur brosse un portrait au vitriol de la France, sans jamais craindre la démesure.

Si le journaliste britannique concède dans un premier temps qu’il n’a rien contre la langue française, à ceci près qu’elle "comporte trop de voyelles", l’idée même que ses enfants puissent apprendre la langue de Molière lui paraît aussi vain qu’inutile. "Je veux que mes enfants réussissent dans leurs études et le français n’apporte rien pour travailler dans les affaires, assure-t-il. Aujourd’hui, aucun Anglais n’aurait l’idée de s’installer en France pour y faire des études de commerce." Et d’ajouter, "les Anglais peuvent s’y installer pour son art de vivre, son vin ou pour y vivre ses jeunes années, mais certainement pas pour réussir."

Des conflits africains liés à la langue française

L’auteur de l’article concède tout de même que l’on peut se rendre en France pour visiter le pays, n’épargnant aucun cliché au passage. "C’est un beau pays, que vous apprécierez davantage en louant une caravane, en flânant aux terrasses des cafés, ou en achetant des baguettes". Mais pour cela, "inutile d’apprendre les conjugaisons six années durant, l’achat d’un simple guide de conversation fera l’affaire."

"Bien sûr, la France, ce n’est pas que ça", précise le journaliste, soucieux d’apporter une vision exhaustive à son analyse. "Certaines personnes m’ont fait remarquer que 15% de la population mondiale était francophone". Mais en passant en revue ces pays, la Côte d’Ivoire, le Tchad, le Mali, les deux Congo et la Centrafrique, Liam Mullone constate que toutes ces nations traversent de violentes crises. Il offre alors au lecteur une conclusion sans appel dépourvue de toute justification : "les conflits sont intimement liés au fait qu’ils parlent français".

La France n’a jamais cessé de coloniser l’Afrique

Vient le tour du sommet de la francophonie d’être fustigé. "Une rencontre qui réunit des pays francophones qui souscrivent aux valeurs françaises, parce qu’il y a cent ans, ils n’en avaient pas le choix, résume le rédacteur. Aujourd’hui, ils adhèrent toujours à ces mêmes valeurs françaises parce qu’ils ont des intérêts commerciaux à le faire". Le rédacteur du Spectator souligne, par ailleurs, que le Qatar, qui ne compte à peine qu’1% de Francophones, a récemment rejoint le sommet après avoir passé des accords financiers vers la France.

Les charges contre le pays du fromage ne s’arrêtent pas là. "Contrairement à l’Angleterre, la France n’a jamais vraiment quitté l’Afrique après la décolonisation", assure-t-il encore. "La France, qui est intervenue à 30 reprises en Afrique, n’a eu de cesse de soutenir des groupes rebelles et d’intriguer pour installer ou supprimer des régimes au gré de ses intérêts". Une thèse étayée par de nombreux exemples : la chute du régime Gbagbo en Côte d’Ivoire en 2010, l’intervention française au Mali en 2013. Et plus récemment la Centrafrique "où 38 ans plus tôt Paris avait installé le ‘Napoléon africain’, Bokassa Ier, avant de le destituer trois ans plus tard lorsque ses actes de barbaries ont fini par devenir gênants".

"Aujourd’hui, la France tire la moitié de son uranium du Niger pour faire fonctionner ses centrales nucléaires et exporte du pétrole grâce à sa présence militaire au Gabon en échange de quoi elle donne sa bénédiction à des pouvoirs dynastiques", explique encore le journaliste.

Liam Mullone s’amuse également de voir comment Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, l'actuel président de la République de Guinée équatoriale s’est vu remettre l’Ordre de la Francophonie et du dialogue des cultures, un an après que la police a confisqué, à son domicile parisien, des plans d’achats de yachts d’une valeur équivalente au budget de la Santé et de l’Éducation de son pays.

Le retour de la bataille d’Azincourt

L’auteur n’a rien en soit contre la langue française, "mon problème avec les Français est qu’ils sont toujours en guerre contre les Anglais". Le génocide au Rwanda en est la meilleure preuve. D’après le journaliste, qui s’appuie sur les analyses de l’historien Martin Meredith, la France est intervenue au Rwanda dans les années 90 parce qu’elle croyait à un complot fomenté par les Anglais lorsqu’elle a vu l’armée tutsie équipée par ses voisins anglophones de l’Ouganda. Au regard de l’éditorialiste, Paris a avant tout considéré le Rwanda comme un carrefour entre l'Afrique anglophone et francophone qu’il fallait à tout prix défendre.

Pour toutes ses raisons, impuissant face à la "bestialité" de la politique coloniale française, Liam Mullone entend lutter à sa manière en défendant à ses enfants d’apprendre le français. Les querelles franco-britanniques ne sont décidément pas terminées.

 

Première publication : 28/03/2014

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