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Economie

Chine : la plus grosse affaire de corruption de l’ère communiste se précise

© AFP - Zhou Yongkang à l'ouverture du congrès national du Parti communiste chinois en mail 2012

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 01/04/2014

L’étau se resserre autour de Zhou Yongkang, un ex-ministre de la Sécurité publique empêtré dans une vaste affaire de corruption. La mise en cause d’un dignitaire aussi important du régime est sans précédent depuis la mort de Mao Tsé-Toung.

Il y a encore deux ans, il était l’un des personnages les plus influents de Chine. Dorénavant, Zhou Yongkang, l’ancien ministre de la Sécurité publique, est au centre d’une affaire en passe de devenir le plus important scandale de corruption depuis l’accession au pouvoir des communistes en 1949. Une méga-enquête censée illustrer la volonté du président Xi Jingping de lutter contre la corruption, mais qui se révèle être aussi une implacable lutte d’influence au sein du régime.

Les autorités chinoises ont saisi des biens d’une valeur d’au moins 90 milliards de yuans (10,5 milliards d’euros) appartenant aux proches de ce hiérarque du PCC. Dans le lot, les enquêteurs ont mis la main sur 300 appartements, plusieurs villas, une soixantaine de voitures, du vin, des bijoux et des comptes en banques.

Environ 300 proches et membres de la famille de Zhou Yongkang ont été interrogés et, pour partie, placés en garde à vue ces derniers mois. L’ex-femme de ce haut dignitaire de 71 ans, l’un de ses fils et aussi son frère font partie des personnes inquiétées par les autorités dans cette affaire. Les enquêteurs se sont aussi intéressés à une vingtaine de collaborateurs proches de l’ancien chef de la sécurité intérieure chinoise, parmi lesquels ses chauffeurs, ses secrétaires et divers assistants.

Intouchable parmi les intouchable

Débutée il y a un peu plus d’un an, l’enquête vise à déterminer si Zhou Yongkang est mouillé dans des affaires de corruption qui ont pu être mis à jour jusqu’à présent dans son entourage. Les biens saisis “n’étaient pas au nom de Zhou Yongkang”, indique l’agence de presse Reuters qui révèle, lundi 31 mars, l’ampleur prise par cette affaire en Chine. Un signe que l’enquête n’est pas encore remontée jusqu’à ce dignitaire. “Il y a cependant des rumeurs selon lesquels il est en résidence surveillée depuis plusieurs mois”, affirme à FRANCE 24 Jean-François Dufour, président fondateur de l’agence de conseils DCA-China Analyse.

Pour cet expert “le fait que Reuters ait pu avoir accès à ces informations prouve que Pékin a clairement Zhou Yongkang dans le viseur”. Pourtant, l'ex-premier flic de Chine appartenait, il y a encore très peu de temps aux intouchables. “Après avoir été l’équivalent du ministre de l’Intérieur, il a été membre du comité permanent du bureau politique du Parti communiste, c’est-à-dire l’un des sept ou huit personnages les plus influents de toute la Chine”, souligne Jean-François Dufour.

En fait, Zhou Yongkang s’est construit, en vingt ans, l’un des réseaux d’influence les plus puissants du pays. Avant de se hisser au plus haut niveau de l’État, l’ex-homme fort de la police chinoise a été une figure incontournable du très important secteur pétrolier chinois. Il a été le patron de la CNPC (China National Petroleum Corporation), la maison mère de Petro-China, la plus importante société d’extraction de pétrole. À ce titre, il était l’un des Chinois les plus courtisés par les responsables politiques locaux en quête de financements.

Il a pu, ainsi, se construire une “clientèle” qui lui a permis par la suite d’enjamber les échelons du régime pour arriver aussi près que possible des sommets. Difficile pour le pouvoir en place depuis mars 2013 de s’attaquer à une telle figure du régime. “C’est pour ça que depuis un an, Pékin fait tomber les appuis, proches de Zhou Yongkang et les autres membres de sa faction les uns après les autres pour le fragiliser”, raconte Jean-François Dufour.

L’autre Bo Xilai

Pékin traque ainsi sans relâche l’un des ex-grands manitous du parti car il est censé illustrer les dérives des anciens édiles du PCC soupçonnés d’avoir fait fortune dans des conditions plus ou moins avouables. “Le secteur de l’énergie est connu pour être l’un des plus corrompus du pays”, souligne Jean-François Dufour. Ainsi, en 2006, l’arrestation du PDG de Sinopec (le numéro 1 chinois du raffinage de pétrole), Chen Tonghai, avait mis en lumière des pratiques plus que douteuses dans le secteur. Ce grand patron avait dissimulé plusieurs dizaines de millions de dollars sur différents comptes secrets et avaient même caché des liasses de billets jusque dans ses toilettes…

Mais au delà de la corruption, l’affaire Zhou Yongkang est, en fait, la suite du procès de Bo Xilai. “Zhou Yongkang a été l’un de ses plus importants soutiens”, souligne Jean-François Dufour. Ces deux personnages incarnent ainsi les deux faces d’une même pièce : celle du courant conservateur - c'est-à-dire d'un retour aux valeurs pronées par Mao Tsé-Toung - au sein du pouvoir. “Bo Xilai représentait celui qui pouvait incarner l’opposition à la ligne Xi Jingping au Parti communiste, tandis que Zhou Yongkang était davantage l’homme de l’ombre exerçant son immense influence en coulisse”, analyse Jean-François Dufour.

Rien ne permet d'affirmer, en revanche, que l’ex-tsar de la sécurité publique va connaître le même sort que Bo Xilai. “Si un procès venait à avoir lieu ce serait, en effet, un tremblement de terre d’une intensité rare dans le paysage politique chinois”, affirme Jean-François Dufour. Mais pour ce spécialiste, Pékin n’en est pas arriver là. Le régime peut réussir à neutraliser la faction dite conservatrice, en faisant tomber un à un tous ses soutiens, et éviter ainsi la case judiciaire. Car un procès retentissant pourrait mettre à jour les petits secrets de Zhou Yongkang. Et qui sait si l’un ou l’autre haut dignitaire du régime actuel ne serait pas, alors, rattrapé par un autre scandale qui dormirait encore dans les placards de l’ex-ministre.

 

Première publication : 31/03/2014

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