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Culture

La Berlinale convoque l'Histoire et l'intime

© Travis Wei/Fox Searchlight/Twentieth Century Fox

Texte par Jon FROSCH

Dernière modification : 05/02/2014

Fidèle à sa réputation, la Berlinale 2014, qui s'ouvre mercredi, se penche sur les grands sujets qui font l'Histoire et l'actualité. Sans oublier le cinéma d'auteur (Wes Anderson, Alain Resnais, Lars von Trier). Coup d'œil sur cette 64e édition.

Marathon disputé durant 11 jours dans les frimas de la capitale allemande, le Festival international du film de Berlin ne subit pas que les désagréments des températures hivernales. Organisée chaque année en plein mois de février, la Berlinale, comme on l’appelle encore, a en effet la rude tâche de se faire une place parmi ses prestigieux concurrents. Quelques semaines auparavant, aux États-Unis, le meilleur de la production américaine indépendante s’est déjà illustré à Sundance, tandis que la plupart des poids-lourds du cinéma d’auteur européen et asiatique se réservent pour Cannes, attendu au printemps.

Il n’empêche, les cinéphiles savent que Berlin est encore capable de "faire des coups". N’est-ce pas sur les rives de la Spree qu’ils ont eu la primeur de ces succès critiques que furent "The Ghost Writer" du Franco-Polonais Roman Polanski (2010), "Une séparation" de l’Iranien Asghar Farhadi (2011), "Barbara" de l’Allemand Christian Petzold et "Tabou" du Portugais Miguel Gomez (2012) ?

À la veille de la 64e Berlinale (6-16 février), penchons-nous donc sur les films susceptibles de rejoindre la liste de ces salutaires sensations cinématographiques.

"Aimer, boire et danser" avec Alain Resnais

Parmi les grands noms en lice pour l’Ours d’Or, notons tout d’abord ce trio de tête – en termes de réputation – que composent l’Américain Wes Anderson, son compatriote Richard Linklater et le Français Alain Resnais.

Le premier ouvrira, mercredi 6 février, le festival avec sa nouvelle fantaisie "The Grand Budapest Hotel", l’histoire d’un légendaire concierge hôtelier de l’entre-deux-guerres (Ralph Fiennes), servie par un casting pour le moins pléthorique (Adrien Brody, Tilda Swinton, Léa Seydoux, Jude Law, Mathieu Amalric, Bill Murray…). Le deuxième met en scène Ethan Hawke et Patricia Arquette dans "Boyhood", récit d’apprentissage au long cours (le tournage a duré 12 ans !), ovationné lors du dernier Sundance. Du haut de ses 91 ans, le troisième nous viendra avec "Aimer, boire et chanter", film chorale sur la vie de trois couples (Sabine Azéma, André Dussollier, Sandrine Kiberlain, Hippolyte Girardot…) apprenant que l’un de leurs n’a plus que quelques mois à vivre.

Devenu un habitué des festivals internationaux malgré des accueils critiques souvent réservés (“London River” à Berlin en 2009, "Indigènes" et "Hors-la-loi" à Cannes en 2006 et 2010), Rachid Bouchareb concourra avec "La Voie de l’ennemi”, libre adaptation du thriller "Deux hommes dans la ville" de José Giovanni que le cinéaste franco-algérien a transposé aux États-Unis. Forest Whitaker y joue un ancien détenu converti à l’islam sur lequel un shérif (Harvey Keitel) veut exercer sa vengeance.

Outre les États-Unis et la France, la Chine est également bien représentée en compétition. Aux côtés du très attendu drame "Blind Massage" de Lou Ye (prix du scénario au Festival de Cannes 2009 pour "Nuit d’ivresse printanière") figurent le western moderne au cœur du Xinjiang “No Man’s Land”, de Ning Hao, et le polar “Black Coal, Thin Ice”, de Diao Yinan.

Histoire, politique, art et nymphomanie

Vitrine auto-proclamée "du monde libre" au moment de sa création par un officier de l’armée américaine en 1951 à Berlin-Ouest, le festival allemand met un point d’honneur à conserver la tonalité politique qui a forgé sa réputation.

Aussi, cette année, la compétition revient-elle abondamment sur des douloureux événements de l’Histoire récente – les troubles en Irlande du Nord ("‘71" de Yann Demange), les conséquences de la Seconde Guerre mondiale au Japon (“The Little House” de Yoji Yamada), la crise économique en Argentine (“History of Fear” de Benjamin Naishtat) – ou des pesants sujets d’actualité – l’extrémisme religieux (“Stations of the Cross” de Dietrich Brüggemann), les réfugiés tchétchènes (“Macondo” de Sudabeh Mortezai), les troupes allemandes en Afghanistan (“In-Between Worlds” de Feo Aladag).

Au-delà de la compétition, la Berlinale reste toutefois principalement dominée par le trouble passé du pays hôte. "Notre programme aborde pour beaucoup l’Allemagne des années 1930-1940 et l’Holocauste, a indiqué Dieter Kosslick, le directeur du festival. Ce n’était pas intentionnel, mais nous nous sommes rendu compte qu’il y avait nombre de bons films sur le sujet."

Dans "Diplomacy", Volker Schloendorff revient sur cet épisode de la Seconde Guerre mondiale durant lequel des officiels allemands ont décidé de sauver Paris de la destruction. Le documentaire israélien "The Decent One” évoque la découverte d’écrits et photos personnels de Heinrich Himmler, tandis qu’avec "The Monuments Men”, George Clooney repart sur la piste d’une équipe d’artistes, conservateurs et historiens de l’art qui ont tenté de récupérer des milliers d’œuvres d’art volées par les nazis. Ces sauveteurs volontaires, qui ont réellement existé, bénéficiaient-ils du même capital glamour que George Clooney, Matt Damon, Cate Blanchett et Jean Dujardin, à qui ils prêtent leurs traits pour le film ?

Moins en prise avec l’Histoire mais tout aussi sujet à controverse, le premier volet du sulfureux "Nymphomaniac" de Lars von Trier sera présenté dans sa durée originelle. Sortie il y a un mois dans plusieurs salles d’Europe, la version courte (2 heures) est considérée par nombre de critiques comme un indigeste pensum érotico-porno. Nul doute qu’ils trouveront leur bonheur ailleurs.
 

Photos : "Blind Massage" de Lou Ye, "The Grand Budapest Hotel" de Wes Anderson, "The Monuments Men" de George Clooney.

Première publication : 04/02/2014

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