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Economie

Toyota met fin au culte du robot roi

© AFP

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 09/04/2014

Le constructeur japonais Toyota a révélé qu’il avait entrepris de remettre entre des mains humaines une partie des tâches qui étaient jusqu’à présent automatisées. Une décision surprenante à l’heure des robots à tout faire.

C’est un peu le monde économique à l’envers. Toyota, à contre-courant de toutes les tendances, a décidé de donner le travail de robots à des humains dans certaines de ses usines japonaises, rapporte lundi 7 avril le site de la chaîne économique Bloomberg.

Un choix qui peut étonner à une époque où l’automatisation des tâches industrielles devient l’alpha et l’oméga du fordisme technologiquement augmenté. Ce retour à l’humain se produit, en outre, au Japon, pays le plus robotisé au monde avec 309 400 robots industriels à l’œuvre, rappelle le site économique Quartz.

Le groupe a, pour l’instant, installé 100 postes de travail 100 % manuel dans les plus vieilles usines du constructeur. Les ouvriers, essentiellement des nouvelles recrues, sont assignés à des tâches d’assemblage effectuées jusqu’alors par des robots.

Pour Toyota, il s’agirait avant tout de rattraper le temps perdu. Dans sa course pour devenir le premier constructeur mondial, le géant japonais a automatisé à tout va pour augmenter sa production. Il vise cette année le chiffre sans précédent de 10 millions de véhicules construits. Mais, en parallèle, Toyota a constaté que les ouvriers ne savaient plus faire grand chose d'autre que s'occuper des machines-reines.

"Les ouvriers expérimentés étaient des 'dieux'"

“La logique était jusqu’alors de faire fonctionner la machine et d’aller chercher quelqu’un quand elle tombe en panne”, explique à Bloomberg Jeff Liker, auteur de huit livres sur Toyota. Akio Toyoda, le PDG du groupe, pense que remettre des mains humaines dans le cambouis pourrait permettre de gagner en productivité. Les ouvriers qui maîtrisent l'assemblage peuvent se révéler plus efficaces que des robots dont les défaillances peuvent ralentir la production.

Dans l’usine de Tonsha, où le travail en chair et en os côtoie celui des robots depuis près de trois ans, le temps de production ont été réduit de 96 %. “Quand j’étais novice, les ouvriers expérimentés étaient appelé les ‘dieux’ et étaient capables de construire tout ou presque”, raconte Mitsuru Kawai, en charge de ce projet unique de ré-humanisation des usines.

Ces gains de productivité ne sont pas le seul avantage aux yeux de la direction. “On ne peut pas seulement dépendre des machines qui répètent encore et toujours la même tâche”, explique Mitsuru Kawai. Ce responsable, qui travaille pour Toyota depuis 50 ans, assure vouloir revenir aux sources de la philosophie industriel du groupe. L’une des idées du “toyotisme” est qu’un ouvrier formé sera susceptible de prendre des initiatives pouvant mener à des innovations afin d’améliorer la chaîne de production.

General Motors dans le viseur

Cette recherche de l’innovation par le bas s’était perdu dans le processus d’automatisation. “Toyoda craignait que le groupe, trop occupé à grossir toujours davantage, avait oublié d’apprendre et qu’il était frappé du mal des grosses entreprises qui ne pensent plus qu’à sortir et vendre leur produit”, souligne Jeff Liker. Le retour du travail manuel aurait déjà commencé à produire des effets, notamment à l’usine de Tonsha. Les ouvriers chargés des vilebrequins de moteur ont réussi à faire baisser de 10 % le nombre de déchets en améliorant l’efficacité de la chaîne de production.

Mais il y a probablement aussi un objectif de communication dans cette histoire de l’homme qui reprend le contrôle sur la machine. Toyota a accepté d’en parler au moment même où General Motors, son concurrent américain de toujours, fait face à un vaste scandale impliquant des défaillances mécaniques sur plusieurs millions de véhicules qui auraient été dissimulées depuis une décennie. Le constructeur japonais peut ainsi améliorer, à peu de frais, son image sur le dos de General Motors en insistant sur l’aspect “qualitatif” du travail humain.

C’est aussi pour le groupe japonais une manière de se venger. En 2008, c’est Toyota qui était dans le rôle du “méchant” : le constructeur avait dû rappeler plus de dix millions de véhicules dans un scandale ayant sérieusement ébranlé sa réputation aux États-Unis. Ses concurrents américains, General Motors en tête, ne s’étaient alors pas gênés de souligner la qualité de leurs voitures.

Première publication : 09/04/2014

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