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FRANCE

Grande Guerre : "Cent ans après, elle fait encore des morts"

© Fabienne Loodts/Paysagesenbataille.be

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 13/04/2014

Depuis 2010, Isabelle Masson-Loodts parcourt la ligne de front de la Grande Guerre à la recherche des traces laissées par les combats. Dans son livre "Paysages en bataille", cette journaliste montre que le conflit a imprimé sa marque sur la nature.

Dernier soldat connu de la Grande Guerre, tous pays confondus, l’Australien Claude Choules est mort en mai 2011 à l’âge de 110 ans. Alors que les participants au conflit ont aujourd’hui tous disparu, il reste pourtant des témoins directs de la Première Guerre mondiale. En Picardie, en Argonne ou encore dans les Flandres, les champs, les arbres, les sols sont encore durablement marqués par les combats. Archéologue et historienne de formation, la journaliste belge Isabelle Masson-Loodts est allée à la rencontre de cette nature autrefois ravagée. Dans son livre "Paysages en bataille", elle livre les résultats de l’enquête qu’elle mène depuis 2010 sur l’impact environnemental de la Grande Guerre.

"Mon regard d’archéologue a pris le dessus sur celui d’historien. Cela m’a donné envie d’aller voir ce qu’il restait de cette guerre", décrit-elle à FRANCE 24. "L’idée, c’est de faire à la fois un voyage géographique et temporel. Le fil rouge de mon travail est triangulaire. C’est un lien entre l’homme, l’environnement et l’histoire. Cela remet tout en mouvement et en perspective".

Présentation du projet "Paysages en bataille"

Des dépotoirs de munitions

Campagne de prévention lors de la découverte d'engins de guerre
© www.meuse.gouv.fr

Au fil des kilomètres parcourus, la journaliste s’est rapidement rendu compte que la "Der des Der" fait encore partie du quotidien. Sur plus de 1,4 milliard d’obus tirés durant la guerre, on estime qu’environ 30 à 40 % n’ont pas explosé. En France, 500 à 800 tonnes de munitions datant de 14-18 sont ainsi découvertes chaque année. Les habitants des régions concernées doivent vivre avec cette menace. "C’est une guerre qui fait encore des morts et ce n’est pas fini. Bien souvent, les gens savent, en particulier les agriculteurs, qu’ils ne doivent pas prendre de liberté avec ces munitions. Ils sont prudents et les mettent de côté avant d’appeler les démineurs. Les derniers accidents concernent surtout des collectionneurs. À Ypres, en revanche, c’étaient des ouvriers. Il reste à savoir s’ils étaient bien avertis des risques dans la région", constate Isabelle Masson-Loodts en faisant référence à l’explosion d’un obus en mars dernier en Belgique qui a coûté la vie à deux personnes sur un chantier.

Alors que la plupart des munitions sont toujours enfouies dans le sol, certaines ont pu être retrouvées et collectées après la guerre par les pays belligérants. Cent ans après, l’auteure a constaté que le sort de ces stocks était loin d’être réglé. En France, le cas le plus célèbre est celui de la "Place à Gaz" au nord-est de Verdun, où le ministère de la guerre fit incinérer quelque 200 000 obus chimiques bourrés d’arsenic dans les années 20. Entouré d’un simple grillage, l’endroit présente aujourd’hui un sol noirâtre dénué de toute végétation. Après avoir prélevé des échantillons, le scientifique allemand Tobias Bausinger y a notamment constaté, en 2004, des taux d’arsenic entre mille et dix mille fois plus élevés que ceux d’un sol non pollué.

En Belgique, c’est une zone de la mer du Nord qui est devenue un véritable dépotoir à munitions. Sur le banc de sable de Paardenmarkt, 35 000 tonnes de munitions furent déversées en 1919. Un problème écologique qui est aujourd’hui minimisé par les autorités, selon Isabelle Masson-Loodts. "L’impact environnemental n’est pas encore significatif. Les munitions ont l’air de bien se conserver. C’est sans danger pour l’instant, mais il y a toujours des risques et les choses peuvent changer", note-elle. "Tous ces obus, ces déchets toxiques, encore présents dans le sol et dans les mers, n’ont pas été enlevés à l’époque car on n’en avait pas les moyens, et aujourd’hui c’est toujours le cas. On n’a pas très envie de se poser la question de leur impact avant tout pour des raisons financières. Il faudrait des sommes colossales pour parvenir à dépolluer".

Des obus allemands retrouvés en 2010 à Coucy-lès-Eppes en Picardie
© AFP

La nature reprend toujours ses droits

Au-delà des séquelles écologiques, la journaliste belge s’est émerveillée de la capacité de la nature à panser ses blessures. Dans son livre, elle décrit ces nombreux arbres qui ont cicatrisé malgré les balles et les éclats d’obus plantés dans leurs chairs ou ces crapauds, dits à ventre jaune, qui ont élu domicile dans les anciens trous d’obus de Verdun. Face aux champs de bataille d’autrefois, elle a été aussi surprise de découvrir des paysages exceptionnels. L’un de ces premiers périples l’a notamment conduite sur la butte de Vauquois, à l'est de l'Argonne, où pendant quatre ans Français et Allemands se sont violemment affrontés : "Cela a été un choc émotionnel. C’est vraiment un endroit fort prenant, à la fois magnifique et poignant. La plupart des endroits qui ont été détruits étaient stratégiques car ils offraient de très belles vues. Ce sont encore de très beaux panoramas, mais qui sont ravagés. On les conserve pour des questions de mémoire et souvent ils se sont transformés en écrin de nature".

La butte de Vauquois située entre Verdun et l'Argonne
© Wikipedia

Personnellement touchée par ces lieux chargées d’histoire, Isabelle Masson-Loodts lance un appel pour leur protection. De nombreux vestiges de la guerre 14-18 sont en train de disparaître de nos paysages. D’après elle, le projet de classement au patrimoine mondial de l’Unesco des champs de bataille de la Grande Guerre n’a fait qu’accélérer ce processus : "A priori, je pensais que c’était une bonne idée, et en fait je me suis rendu compte que cela provoquait de la méfiance et du mécontentement. Quand je suis allée en Argonne par exemple, certaines personnes s’étaient débarrassées de vestiges pour ne pas être obligées de se soumettre à des règles de l’Unesco, alors même que le classement au patrimoine mondial n’empêche pas l’exploitation des terrains. C’est une méprise".

En abordant la Grande Guerre sous l’angle de la nature, la journaliste espère sensibiliser le plus grand nombre autour de cette nécessaire préservation : "Tous les gens que je croise sur mon chemin ne se font pas beaucoup d’illusion sur le fait qu’une fois que le centenaire sera passé, cette guerre va tomber dans l’oubli comme toutes les autres. Mais je pense que l’aspect écologique est intéressant car il permet de combiner la mémoire avec l’environnement et de la faire perdurer". Un travail de mémoire qui ne s'arrête pas à un simple livre pour Isabelle Masson-Loodts. Sur son site, elle continue de publier les résultats de son enquête et de raconter ses excursions dans le passé : "J'essaye de faire les 700 kilomères de la ligne de front, mais je suis loin d'avoir terminé. C'est un travail gigantesque !".

Première publication : 10/04/2014

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