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Afrique

Égypte : Hamdine Sabahi, vrai challengeur ou faire-valoir d'Al-Sissi ?

© AFP

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 22/04/2014

Pourfendeur du libéralisme, Hamdine Sabahi est l’unique adversaire d’Abdel Fattah al-Sissi à la présidentielle égyptienne des 26 et 27 mai prochain. Si ses chances sont très minces, sa candidature permet d’asseoir la légitimité de l’ex-maréchal.

Il se définit comme "le robin des bois de la politique", "l’homme du peuple".  Hamdine Sabahi, figure du syndicalisme et de la gauche égyptienne, est l’unique challengeur qui défiera l’ex-Maréchal  Abdel Fattah al-Sissi lors de l’élection présidentielle des 26 et 27 mai, en Égypte. Pas de quoi décourager cet éternel opposant habitué aux défis.

Né en 1954 dans une famille paysanne de onze enfant, Hamdine Sabahi s’intéresse très tôt au syndicaliste et à la politique. Lors de ses études de communication pour devenir journaliste à l’Université du Caire, il devient leader du syndicat étudiant. Dénonciation de la corruption du pouvoir, de la politique de la main tendu à Israël…  Hamdine Sabahi n’en finit plus de critiquer le pouvoir du président al-Sadate. Un positionnement critique qui lui fera goûter aux geôles égyptiennes à 17 reprises, de 1979 à 2003, à l’occasion de l’invasion américaine en Irak. 
 
Admirateur du président Gamal Abdel Nasser, le socialiste participe à la fondation du parti nassériste arabe démocratique en 1992 dont il claquera la porte 4 ans plus tard.Député indépendant en 2000,  il forme en 2005, le mouvement Kefaya (Assez) avec des intellectuels et militants de gauche. Sa fibre contestataire ne le quitte pas. Bien au contraire. Il appuie la résistance libanaise face à Israël en 2006,  puis la cause palestinienne deux ans plus tard. Il est d’ailleurs l’un des premiers députés égyptiens à se rendre à Gaza, souligne le site internet de la radio RFI.
 
Dans la rue avec la jeunesse lors de la révolution de 2011
 
Le 25  janvier 2011, lorsque la révolution éclate, Hamdine Sabahi rejoint immédiatement la rue égyptienne. D’abord dans sa ville natale de Baltim, puis sur la place Tahrir, au Caire, jusqu’à la chute de Hosni Moubarak en février 2011. L’homme de gauche occupe alors le terrain. Il enchaine discours, conférences de presse, séduit les jeunes. Deux mois plus tard, alors que l’Égypte n’en a pas fini avec sa révolution, le nassérien annonce sa candidature à la présidentielle de 2012. Une élection où il créé la surprise en arrivant troisième. "Hamdine Sabahi a fait un score assez honorable lors de l’élection qui l’a opposé à Mohamed Morsi et à Ahmad Chafiq", rappelle Gilles Kepel, directeur de recherches au CNRS  et spécialiste du Moyen-Orient, interrogé par FRANCE 24. En juin 2013, Hamdine Sabahi appelle à des manifestations de masse contre le leader des Frères musulmans et exhorte l’armée à agir "pour faire respecter la volonté du peuple".
 
Aujourd’hui, d’aucuns espèrent que le scénario électoral de 2012 se renouvellera en mai prochain en faisant de l’ancien journaliste la surprise du scrutin. "Pour tous ceux qui veulent s’opposer à la ‘normalisation’ de la vie politique égyptienne qui se profile,  il représente une sorte d’exutoire, analyse Gilles Kepel. Reste à savoir si les anciens Frères musulmans, ceux qui ont participé à la révolution et qui sont désespérés de voir que finalement un militaire va succéder à un militaire, vont réussir à se rassembler derrière Hamdine Sabahi ou au contraire est-ce qu’ils vont boycotter l’élection ?".
 
Pour Maasoum Marzouk, porte-parole de la campagne de Sabahi, sa "candidature vise à empêcher que l’élection ne se transforme en une forme de cérémonie d'allégeance ou un plébiscite" . Une perspective qui symboliserait "une défaite de la démocratie" martèle-t-il à l'AFP. "Nous ne pouvons pas accepter de retourner" à l'ère Moubarak, "nous ne pouvons pas accepter de faire allégeance à une seule personne".
 
Le rouleau compresseur Al-Sissi
 
L’Égypte est à un "carrefour" estime le politologue Gamal Abdel Gawad : "achever la révolte de 2011" dont le slogan était "pain, dignité humaine et justice sociale" ou "se tourner vers plus de stabilité". Une stabilité incarnée par l’ex-maréchal Abdel Fattah Al-Sissi dont la popularité lui concède d’ores et déjà une longueur d’avance dans la campagne qui ne s’ouvrira officiellement que le 3 mai. L’effigie de l’ancien haut-gradé de l’armée est partout dans le pays. Les médias, privés comme publics, soutiennent unanimement Al-Sissi. "Lors de la messe copte de Pâques, raconte ainsi Gilles Kepel, le nom du candidat a été prononcé par le pape copte. Dans l’église, la foule des fidèles s’est écrié en arabe "Sissi est mon président !"'.
 
S'il a reçu le soutien d'Al-Dostour, un parti libéral fondé par le prix Nobel de la paix Mohamed El Baradei, Hamdine Sabahi a peiné à rassembler les 25 000 parrainages d'électeurs nécessaires à sa candidature quand  son adversaire en a produit 200 000. Face à cette "Sissi mania"  le challengeur a exhorté l’État et surtout l’armée, 12 février 2014, lors d’une interview accordée à la chaîne égyptienne ONTV, à ne pas rentrer en campagne, précise Victor Salama dans le Huffingtonpost Maghreb.
 
Présenté, de fait, comme "la seule alternative à Sissi" par Al-Monitor, le site précise néanmoins que le leader du Courant Populaire ne pourra guère chercher des voix au-delà d'une "frange de la jeunesse révolutionnaire". Pour Gilles Kepel, "l’issue des élections ne laisse guère de doute. La candidature de M. Sabahi est davantage une candidature de témoignage qu’un véritable challenge. Personne n’imagine que M. Sissi pourrait ne pas être élu".

Première publication : 21/04/2014

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