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Législatives en Irak : "Al-Maliki se présente comme l’alternative au chaos"

© AFP

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 29/04/2014

Malgré un bilan très contesté, le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, candidat à un troisième mandat, est déjà donné favori des élections législatives qui se déroulent ce mercredi. Décryptage.

Les Irakiens sont appelés aux urnes, mercredi 30 avril, afin d’élire leurs 328 députés parmi 9 000 candidats. Il s’agit du premier scrutin législatif à se tenir depuis le retrait américain fin 2011, dans un pays en proie à des violences communautaires quasi-quotidiennes. Le scrutin anticipé des forces de sécurité irakiennes a d'aileurs été visé par une série d’attentats, lundi, qui a fait plus de 50 morts.

Chômage endémique, corruption, flambée de violence, crise politique, tensions confessionnelles, question kurde, dérives autoritaires... En dépit d’un bilan très contesté, le Premier ministre chiite Nouri al-Maliki, candidat à un troisième mandat, est bien parti pour conserver son poste à la tête du gouvernement. Pour comprendre ce qui se joue dans ce pays, Karim Sader, politologue spécialiste des pays du Golfe et de l’Irak, répond aux questions de FRANCE 24.

FRANCE 24 : Le bilan du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki est difficile à défendre. Pourtant le leader chiite est le grand favori des législatives du 30 avril. Comment l’expliquez-vous ? 

Karim Sader : Si, objectivement, le bilan de Nouri al-Maliki est négatif, ce stratège redoutable parvient toujours à se présenter comme l’alternative au chaos, en surfant sur la division de la scène politique irakienne, qu’il a lui-même attisée et qui lui a permis d’asseoir son pouvoir. Le camp sunnite, naguère au pouvoir sous Saddam Hussein et qui s’estime marginalisé par le Premier ministre, peine à intégrer le jeu politique et à constituer une opposition légitime, ce qui n’est pas pour déplaire à Nouri al-Maliki. Et ce, sans compter que les forces politiques sunnites sont mises à mal par le retour en force des djihadistes, notamment ceux de l’EIIL [l'État islamique en Irak et au Levant, NDLR], dans l’ouest et le centre du pays. Enfin, l’absence de tout autre candidat crédible pour diriger le pays permet à Nouri al-Maliki de jouer la carte de l’homme fort, celle du leader rassurant et du sauveur de l’Irak, le plus à même de remédier à la situation sécuritaire dans le pays, qui a atteint son niveau le plus critique depuis 2008 [près de 3 000 personnes ont été tuées dans des attentats depuis le début de l’année, NDLR]. C’est pourquoi Nouri al-Maliki a mené une campagne populiste axée sur la sécurité, qui reste la principale préoccupation de la rue.

Après les législatives de 2010, il a fallu près de huit mois de tractations pour que l’Irak se dote enfin d’un gouvernement. Sachant qu’aucun parti n’est en mesure d’obtenir la majorité, un tel scénario est-il envisageable cette année ?

K.S : Tout va dépendre de l’issue du scrutin. Si Nouri al-Maliki parvient à obtenir une majorité claire, ce qui est très peu probable, il n’aura pas besoin de négocier indéfiniment pour former un gouvernement. Toutefois, si un tel scénario se produit, il serait de très mauvais augure pour l’unité de l’Irak, parce qu’il accentuerait les divisions confessionnelles déjà entretenues par l’environnement régional, à commencer par la crise syrienne. Premier laboratoire de la démocratie dans le monde arabe, dix ans avant les révoltes arabes, l’Irak est aujourd’hui à un tournant : soit Nouri al-Maliki devra renforcer le pouvoir central et revenir à un pouvoir autoritaire, soit le pays sera en proie à un chaos dévastateur à même d’entraîner son démembrement. Et ce, en l’absence d’une troisième voie qui fait cruellement défaut à toute la région. L’idée d’une coalition transcommunautaire, capable de transcender les clivages confessionnels a montré ses limites en 2010, puisque la liste conduite par Iyad Allaoui, pourtant arrivée en tête, n’avait pu constituer une majorité, laissant la place à Nouri al-Maliki.

Ce scrutin est le premier à se tenir dans le pays depuis le départ des troupes américaines, qui ont laissé le champ libre à l’influence de l’Iran voisin. Dans quelle mesure le futur gouvernement irakien sera-t-il sous influence étrangère ?

K.S : Aujourd’hui, Nouri al-Maliki est un allié de facto de Téhéran, notamment à cause de la crise syrienne, où sunnites et chiites se font face. Il est indéniable que l’Iran jouit d’une forte influence sur l’Irak, dirigé depuis la chute de Saddam par les chiites. Dans ce contexte difficile, Téhéran a besoin de renforcer le croissant chiite qui s’étend de l'Iran au Liban via le Hezbollah, en passant par l'Irak et la Syrie. Et dans cette perspective, Bagdad est un pion essentiel. Par conséquent l’Iran, qui cherche avant tout à garder le camp chiite irakien uni, interviendra dans le jeu des marchandages entre Nouri al-Maliki et ses rivaux chiites, si nécessaire, comme ce fut le cas en 2010. De même, Washington conserve une certaine marge de manœuvre dans le pays, puisque les Américains restent les principaux pourvoyeurs d’armement des forces irakiennes, qui ont fort à faire dans le pays. 

Première publication : 28/04/2014

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