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Dernière modification : 02/05/2014

Irak : Halabja, sur les traces d'un massacre

© FRANCE 24

Il y a 25 ans, Saddam Hussein a orchestré l’un des plus grands massacres du XXe siècle. Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), le régime de Bagdad accuse les Kurdes de trahison et de collaboration avec l’armée iranienne. En représailles, le 16 mars 1988, la ville d'Halabja, au Kurdistan irakien, est bombardée à l’arme chimique. En quelques heures, 5 000 personnes sont tuées. Aujourd’hui, les séquelles de ce massacre sont encore prégnantes. Nos reporters se sont rendues sur place.

L'opération Anfal menée sous l’ordre d'Ali Hassan al-Majid (surnommé "Ali le Chimique"), le cousin de Saddam Hussein, a détruit la ville d'Halabja et anéanti une grande partie de sa population. Le 16 mars 1988 à partir de 10 h 45, les chasseurs-bombardiers Mig et Mirage de l'armée irakienne survolent la zone pendant cinq heures et larguent des bombes chimiques contenant un mélange de gaz moutarde et de neurotoxiques Tabun, Sarin et VX. Un épais nuage blanc, puis jaune s'élève. Une odeur écœurante de pomme se répand. Les habitants, pris au piège, s'effondrent les uns après les autres. L’attaque chimique tue jusqu’à 5 000 personnes, en majorité des femmes et des enfants, et en blesse des milliers d’autres.

Un quart de siècle plus tard, qu'est devenue cette région attaquée à l'arme chimique ? Quelles sont les conséquences sur le long terme d'un tel massacre ? Comment vivent aujourd’hui les survivants et leurs descendants ? C'est avec ces questions en tête que nous nous sommes rendues à Halabja.

Nous avons découvert que tous les habitants de cette ville kurde, située à 250 kilomètres au nord-est de Bagdad, ont été touchés d'une façon ou d'une autre par le bombardement. Dans chaque maison, on garde des pommes en souvenir des disparus. Chacun a en mémoire des histoires plus tragiques les unes que les autres.

Nous avons rencontré des survivants de l'opération Anfal. Ils portent encore les stigmates du massacre. Cancers, problèmes respiratoires et dermatologiques sont le lot quotidien des habitants de la région. Nous avons aussi côtoyé des victimes indirectes, ces enfants nés avec des malformations, ou d’autres tombés malades après avoir découvert une fosse commune… Il y a enfin ces bombes qui n'ont pas explosées et que les agriculteurs retrouvent par hasard dans leurs champs…

"Génocide" ?

Aucun psychologue, aucun médecin spécialisé n'est pourtant présent dans la région. Les victimes se rendent en Iran, pays frontalier, pour consulter et s'endettent pour être soignés. Depuis plusieurs années, un centre spécialisé pour accueillir les victimes est en construction à Halabja.

Aujourd'hui, les Kurdes veulent faire reconnaître le massacre d'Halabja comme un "génocide". La communauté internationale, qui soutenait l'Irak contre l'Iran au moment des faits, a fermé les yeux. Seul le tribunal spécial irakien et la cour d'appel de La Haye ont avancé le terme de "génocide" en 2007.

Certaines entreprises occidentales sont par ailleurs accusées d’avoir fourni des armes non conventionnelles à Saddam Hussein. L’année dernière, le 10 juin 2013, vingt Kurdes d'Irak ont déposé au tribunal de grande instance de Paris une plainte contre X pour "complicité de crimes contre l'humanité" et "recel". Ils demandent une enquête sur le rôle de plusieurs personnes et sociétés françaises susceptibles d'avoir rendu possible ce massacre à l'arme chimique. Outre la condamnation d’éventuels complices, les victimes d'Halabja souhaitent que la justice les aide sur un plan médical et économique.

Par FRANCE 24

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