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Economie

Le ver marin breton, un concentré de sang universel ?

© Auguste Le Roux / wikipedia Creative Commons

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 06/05/2014

Des asticots présents sur les plages bretonnes produisent une hémoglobine réputée pour leurs propriétés extraordinaires, entre autres la compatibilité avec le sang humain. Un Français a quitté le CNRS pour développer cette découverte. Rencontre.

Tristement célèbres pour leurs régulières marées d’algues vertes, les plages bretonnes, notamment celles de Morlaix, dans le Finistère, abritent également un trésor surprenant dénommé arenicola marina. Ce petit ver marin, qui nettoie naturellement les bords de mer en laissant des petits tortillons dans le sable, possède un sang compatible avec tous les groupes sanguins humains, ce qui en fait un donneur dit "universel".

Cette découverte, c’est le scientifique français Franck Zal qui en est à l’origine. “Je me suis rendu compte des vertus du sang des vers marins de façon quasi-fortuite”, confie à FRANCE 24 ce docteur en biologie de 47 ans. “Cela remonte au milieu des années 1990, je travaillais pour un laboratoire de recherche et on m’avait demandé d’étudier comment ces asticots parvenaient à respirer à marée basse.” En décortiquant l’hémoglobine [molécule responsable du transport de l'oxygène dans l'organisme, NDLR] du lombric, le Dr Franck Zal découvre alors qu’elle correspond à un substitut de sang universel. “Pas de typage, ni de rhésus, il s’agit d’une molécule extra-cellulaire, c’est-à-dire qu’elle n’a pas besoin de globule rouge pour circuler dans l’organisme. C’est exactement ce que les médecins en hématologie recherchaient depuis plus de 40 ans”, explique-t-il.

La Marine américaine intéressée

Le Dr Franck Zal a découvert les propriétés extraordinaires du sang des vers marins. © Hémarina

Au début des années 2000, Franck Zal passe un an à tester sa trouvaille sur des animaux de laboratoire. Souris, lapins… les essais sont concluants sur toutes les bêtes qui ne présentent aucune réaction allergène et vivent tout à fait normalement après la transfusion. Il dépose ses brevets avec son employeur, le CNRS. Mais alors qu’il souhaite poursuivre plus en avant ses recherches, le scientifique se heurte à sa hierarchie. Après d’âpres et longues négociations pour récupérer la propriété de ses brevets, le quadragénaire quitte le CNRS et fonde alors sa start-up, Hémarina.

“J’ai créé ma société en mars 2007. Je n’avais aucune structure, pas de laboratoire, je partais de rien. Il a fallu tout construire. Toutes mes économies y sont passées. Mais aujourd’hui, j’emploie 36 personnes”, affirme-t-il. Au total, Franck Zal est parvenu à lever 15 millions d’euros en fonds privés et son entreprise semble désormais promise à un avenir radieux. “La Navy américaine nous a récemment approchés pour développer cette découverte avec eux. Ils pensent que les propriétés du sang marin peuvent aider à guérir les “blasts”, un genre d’oedème cérébral causé par des explosions. Ça peut également servir en cas d’AVC ou d’accident ischémique [perte de la fonction cérébrale de courte durée, NDLR]”, détaille Franck Zal.

Transfusion, don d’organes, diabètes...

Parce que le sang des vers marins contient 50 fois plus d’oxygène que celui de l’homme, son utilisation peut être très vaste. Le chercheur dénombre de nombreuses applications dans le domaine médical. La première, et la plus évidente, est la transfusion sanguine. Même si les dons de sang sont en augmentation, la pénurie se fait toujours sentir à travers le monde. “À l’heure actuelle, à peine 62 pays disposent d’approvisionnements en sang reposant sur des dons de sang volontaires non rémunérés, 40 étant encore tributaires de donneurs familiaux, voire de donneurs rémunérés”, selon l’Organisation mondiale de la santé. Le sang marin trouve aussi une utilité dans le don d’organe. Grâce à l’hémoglobine du ver, les greffons sont mieux préservés car plus oxygénés, ce qui permettra de limiter les rejets d’organes par les organismes transplantés. Hémarina a également mis au point un pansement oxygénant pour des plaies difficilement cicatrisables comme dans le cas des ulcères du pied diabétique.

Autant d’applications qui suscitent beaucoup d’espoir du côté des associatifs. France Adot, la fédération des Associations pour le don d'organes et de tissus humains que FRANCE 24 a contactée, accueille la nouvelle avec enthousiasme, la qualifiant de “progrès immense”. “Nous nous réjouissons à chaque fois qu’une nouvelle alternative voit le jour. L’idée c’est que l’on ait, un jour, plus besoin de nous ! Et si cela arrivait, nous encouragerions les donneurs à rester solidaires, à donner du temps, du temps aux malades, du temps aux associations humanitaires…”

Essais cliniques sur l’homme dès 2014

Du côté de l’Établissement français du sang (EFS), on prend la découverte de Franck Zal avec des pincettes. À quelques semaines de la journée mondiale des donneurs de sang, le 14 juin, l’organisme public rattaché au ministère de la santé suit l’évolution d’Hémarina avec prudence : “Attention, ils n’en sont qu’au stade expérimental, rien n’est encore prouvé. Le risque avec ce genre de découverte, c’est qu’elle laisse penser - même si ça n’est pas leur intention - que l’on peut se passer du sang des donneurs. Or, il ne faut absolument pas baisser la garde”, déclare une porte-parole interrogée par FRANCE 24.

En attendant, Franck Zal et ses équipes continuent de franchir les étapes. Leurs premiers essais cliniques sur l’homme doivent intervenir dès la fin de l’année pour les transplantations et fin 2015 pour les transfusions sanguines. On estime que moins de 2% des fonds océaniques ont été explorés à ce jour. Quelque 250 000 espèces marines ont été recensées, mais on considère qu’il en existe au moins 2 millions et donc autant de découvertes médicales encore possibles.

Première publication : 06/05/2014

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