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FRANCE

La commémoration de l’esclavage fait toujours débat en France

© AFP/Archives | Une commémoration de l'abolition de l'esclavage en 2009 à Paris

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 10/05/2014

Instaurée en 2006, la Journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage ne fait toujours pas l'unanimité en France. Alors que des associations demandent des réparations, des voix à droite dénoncent cette "autoculpabilisation".

Des cérémonies commémorant l’abolition de l’esclavage sont organisées à Paris, samedi 10 mai, ainsi que dans chaque département et lieu de mémoire de la traite de l’esclavage. Cette journée a été officiellement choisie en 2006 par la France, en référence à l’adoption, le 10 mai 2001, de la loi dite Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité.

Huit ans après sa mise en place, cette journée est loin de faire l’unanimité. De nombreuses voix critiquent encore les lois mémorielles et la responsabilité réelle de la France. Le député UMP Thierry Mariani a relancé la polémique cette semaine dans un message publié sur son compte Twitter. Selon lui, l’enlèvement par la secte Boko Haram de jeunes nigérianes "rappelle que l'Afrique n'a pas attendu l'Occident pour pratiquer l'esclavage". En ajoutant le hashtag, "#déculpabilisation", le député des Français de l’étranger s’est montré en phase avec les idées de son courant, La droite populaire. Cette dernière estime que la France n’a pas à s’excuser éternellement pour la traite négrière. "Il y en a assez de s’entendre dire que le monopole de la culpabilité est dû à l’Occident. (…) Qu’on arrête d’écrire l’histoire à sens unique", a ainsi justifié Thierry Mariani sur l’antenne de France Info.

Ces propos n’ont pas manqué de faire réagir. Le Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CNMHE), créé à la suite de la loi du 10 mai 2001, s’est dit "scandalisé". Pour lui, l’esclavage est une nouvelle fois "instrumentalisé pour opposer de façon implicite des "Blancs" à des "Noirs" à l’inverse des principes de la République. L’histoire de l’esclavage n’est pas une mise en accusation, elle est un moyen d’affirmer la nécessité de l’égalité entre les êtres humains et la dignité de la recherche de liberté".

Également choqué par le message du député UMP, l’historien Marcel Dorigny, docteur et maître de conférences au département d'histoire de l'Université de Paris VIII Saint-Denis, ne comprend pas la raison d’être de cette notion de "déculpabilisation". "Qui parle de coupable ? Jamais, les historiens qui ont travaillé sur cette question n’ont désigné de coupable. Deux cent ans après, ça n’a pas de sens. On établit des faits et on dit ce qui s’est passé. La notion même de culpabilité n’a pas de sens historique. On ne va pas faire le procès de gens qui ont fait la traite négrière à cette époque", affirme-t-il à France24.

Pas de commémorations pour le maire FN de Villers-Cotterêts

La prise de position de Thierry Mariani n'est pourtant pas un cas isolé. Elle fait écho à celle du nouveau maire Front national de Villers-Cotterêts Franck Briffaut. Il a en effet annoncé en avril qu’il n’organiserait aucune célébration dans sa ville le 10 mai pour la Journée de l’abolition de l’esclavage. "Ces commémorations entrent bien souvent dans une culpabilisation un peu à la mode ces dernières années. Ce qui permet à certains de faire de la récupération politique. Je doute que ces commémorations soient d'une sincérité totale", a-t-il expliqué au magazine "L’Express".

Sa commune, où est enterré le père de l’écrivain Alexandre Dumas, Thomas Alexandre, né esclave et devenu premier général ayant des origines antillaises, est pourtant un lieu de célébration chaque 10 mai depuis 2007. En réponse, un collectif "Liberté, Égalité, Fraternité", regroupant des associations de défense des droits (LDH, Licra, Mrap) et des syndicats a toutefois annoncé qu’il y aurait bien un rassemblement pour combattre "l’offensive antirépublicaine qui s’accompagne d’une instrumentalisation de la haine et de la banalisation des idées d’extrême droite". Ces associations ont par ailleurs demandé au gouvernement de rappeler à l’ordre le maire de Villers-Cotterêts. "Aujourd’hui, l’on s’attaque aux commémorations de l’esclavage, demain à celles de la Shoah. Après-demain, ceux qui en sont les acteurs seront traités d’étrangers et d’anti-Français", ont-elles estimé dans un communiqué.

Des réparations financières ?

Ces tensions autour de la Journée du 10 mai ne sont pas nouvelles. En 2013, la mémoire de l’esclavage avait été éclipsée par une autre polémique. Le Conseil représentatif des associations noires (Cran) avait alors réclamé des réparations morales et financières. Il avait décidé de poursuivre notamment la Caisse des dépôts et consignations en justice pour avoir, selon elle, tiré profit de l'esclavage en recueillant la "rançon" imposée à Haïti par la France en contrepartie de son indépendance en 1804.

Le président François Hollande avait rapidement balayé cette idée. "Il y aurait une note à payer et ensuite ce serait fini ? Non, ce ne sera jamais réglé", avait déclaré le chef de l’Etat lors d’une cérémonie à Paris. "L’histoire ne s’efface pas. On ne la gomme pas. Elle ne peut pas faire l’objet de transactions au terme d’une comptabilité qui serait en tous points impossible à établir. Le seul choix possible, le plus digne, le plus grand, le plus responsable, c’est celui de la mémoire, c’est la vigilance, c’est la transmission".

De nombreux historiens s’accordent aussi à dire que la question de telles réparations financières pose problème. "Je ne suis pas pour une réparation financière s’il s’agit de donner des chèques aux descendants d’esclaves. (…) Il est scandaleux, dommage et pénible de recompter les corps des esclaves pour en faire de nouveau des objets de monétarisation. C’est impossible à faire actuellement", juge ainsi auprès de France 24 Myriam Cottias, Directrice de recherche au CNRS et présidente du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage. "Ce que nous demandons, c’est qu’il y ait non pas un musée, car cela nous semble enfermer l’histoire de l’esclavage dans un seul lieu pas très vivant, mais plutôt un centre qui soit à la fois un lieu d’enseignement, de recherche, de productions artistiques, de lieu de rencontre pour les associations. Un centre citoyen sur les questions de l’esclavage".

Pour l’historien Marcel Dorigny, spécialiste de cette période, les réparations peuvent aussi prendre la forme d’une coopération plus poussée avec les anciens territoires administrés par la France : "Par exemple, avec Haïti, c’est déjà très important dans le domaine de l’éducation, des infrastructures, de la culture, etc. C’est ça la solution". Il note aussi que la réparation morale doit s’accompagner d’une plus grande fermeté vis-à-vis de ceux qui dénigrent les commémorations : "Il faut éviter ce genre de provocations comme à Villers-Cotterêts, c’est effarant. Il faudrait que toutes les communes de France fassent quelque chose pour le 10 mai. On est tous issu de cette histoire, tout le monde. Ce n’est pas une histoire ethnique et communautaire. Toute la France a participé à cette affaire à des degrés divers".

Un travail commun de mémoire

Pour faire avancer les projets mémoriels autour de l’histoire de l’esclavage, le Conseil représentatif des Français d’outre-mer (Crefom) a aussi annoncé mardi 6 mai qu’il prévoyait un travail commun contre le racisme et l’antisémitisme aux côtés des institutions juives de France (Crif). Dans un mémorandum, ils se sont notamment entendus pour soutenir la construction d’un mémorial de l’esclavage en Ile-de-France.

"Il est légitime que la population noire qui a vécu des choses épouvantables dans le passé souhaite un lieu de mémoire pour ses ancêtres. Nous partageons le sentiment commun d’avoir souffert. La Shoah est un phénomène unique. Ce n’est pas pour autant qu’il faille se désintéresser des grands drames de l’histoire humaine", a déclaré le président du Crif, Roger Cukierman.

En faisant référence aux déclarations du polémiste Dieudonné qui dénonce souvent le manque de reconnaissance de la mémoire de l’esclavage face à celle de la Shoah, le président du Crefom Patrick Karam a pour sa part fustigé cette instrumentalisation : "Cette idée se répand auprès d’une petite partie des descendants d’esclavage. Ce mémorandum est un cinglant démenti à ceux qui tentent d’opposer les mémoires".

Première publication : 07/05/2014

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