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Economie

Rachat d’Alstom : “La France prend des risques pour sa sécurité nationale”

© Marine nationale - Guillaume Izard | Deux radaristes de la Marine française

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 09/05/2014

La vente de la branche énergie d’Alstom, qui fournit à la Marine française les turbines de certains de ses bâtiments, menace la sécurité et l'indépendance nationale, selon un spécialiste du renseignement interrogé par FRANCE 24.

General Electric ou Siemens, dans tous les cas, la France court un risque en laissant filer la branche énergie d’Alstom à l’étranger. C’est ce qu’affirme Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), dans un rapport à paraître ce week-end sur le site de son organisation et sur Atlantico.fr.

Dans ce document de cinq pages que FRANCE 24 s’est procuré, l’expert explique que le groupe français fournit actuellement des turbines équipant une grande partie de la flotte de la Marine française, dont le porte-avions Charles de Gaulle.

Bien que ces turbines ne soient pas une pièce maîtresse en terme de stratégie, la France pourrait se trouver en position de dépendance et donc vulnérable aux pressions extérieures. Pour FRANCE 24, Eric Denécé explique pourquoi “cette faille que personne ne semble voir” représente une menace pour la sécurité nationale de la France.

FRANCE 24 : Pourquoi l'éventuel rachat de la branche énergie d'Alstom par l'Américain General Electric - qui a pour l’instant les faveurs du groupe français - pose-t-il un problème de sécurité ?

Eric Denécé : Que ce soit dans le civil ou le militaire, aujourd’hui la France est déjà dans une situation de dépendance partielle vis-à-vis d’Alstom. Leur branche énergie sur le point d’être cédée fournit l’intégralité des turbines des centrales nucléaires françaises. Et du côté de l’armée, Alstom fournit un peu plus de la moitié des turbines nécessaires, notamment celles du porte-avions Charles de Gaulle et probablement celles des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins. Quant à General Electric, ils équipent déjà [via leur filiale française Thermodyn basée au Creusot en Bourgogne, NDLR] les turbines à vapeur des six sous-marins nucléaires d'attaque.

À partir du moment où la branche énergie d’Alstom est rachetée par General Electric, ça veut dire que l’intégralité des turbines pour notre Marine sera désormais fournie par les Américains. Ils auront un pouvoir sur ces équipements qui sont le fondement de notre dissuasion nucléaire et donc de notre indépendance nationale.

F24 : Mais si c’est Siemens qui est finalement choisi, le problème reste entier puisque le groupe est allemand ? Qui devrait reprendre la branche d’Alstom, selon vous ?

E.D. : Siemens pose aussi problème car l’Allemagne vient d’abandonner le nucléaire. Qui pourrait nous mettre à l’abri du fait qu’un jour, il y aura un gouvernement allemand contre le nucléaire ? Ils pourraient tout à fait refuser de vendre aux Français des turbines pour des centrales qui sont à leurs frontières. Que le repreneur soit Siemens ou General Electric, dans les deux cas, on est sur un aspect du dossier qui, a priori, a échappé totalement à nos dirigeants politiques.

Finalement, en l’état, il n’y a pas de repreneur idéal. Le moindre mal serait tout de même Siemens. On prend moins de risque en restant en Europe et en faisant confiance aux Allemands. Nos économies sont tellement interdépendantes que l’on aurait des moyens de pression en retour sur Berlin. Mais la meilleure solution reste encore de maintenir cette branche énergie en France.

F24 : Le gouvernement français semble pencher en faveur de Siemens. Pourquoi nos dirigeants politiques ne s’inquiètent pas du problème que vous avez soulevé ?

E.D. : La première réaction des parlementaires et des politiques c’est de dire qu’une turbine n’a rien de stratégique mais le problème est que c’est justement une pièce critique dans le système. Les turbines peuvent faire capoter tout le reste de la chaîne. Dans cette affaire, on n’est pas uniquement dans une logique de marché, il y a une faille stratégique que personne ne semble avoir vu.

Les Américains n’hésitent jamais à faire des pressions politiques, économiques et commerciales quand ils le jugent utile. Je ne suis pas là pour faire un procès d’intention mais en 2003, quand la France s’est opposée à la guerre en Irak, nous avons essuyé des sanctions importantes. Si demain, il y avait de nouveau une opposition politique de cet acabit entre la France et les États-Unis, rien ne nous garantit qu’ils ne profiteront pas de l’aubaine pour retarder, par exemple, les livraisons de turbines ou de pièces détachées pour les centrales et les sous-marins français. C’est un risque qu’on ne peut pas prendre.

Et comme les activités d’Alstom au sens propre ne sont pas stratégiques, elles ne peuvent pas être protégées par le décret anti-OPA [visant à protéger certains secteurs contre des prises de contrôle étrangères, NDLR].

Première publication : 09/05/2014

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