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La saignée de 14-18 a précipité la désertification des Pyrénées ariégeoises

AFP

La chapelle de Laisle à Massat, le 4 août 2005.La chapelle de Laisle à Massat, le 4 août 2005.

La chapelle de Laisle à Massat, le 4 août 2005.La chapelle de Laisle à Massat, le 4 août 2005.

Le hameau de Liers, à six kilomètres au-dessus du village de Massat, en plein c?ur des Pyrénées, est aujourd'hui quasiment désert mais l'église qui domine la campagne ariégeoise et sa stèle aux victimes de la première guerre mondiale témoignent d'un passé bien différent.

La stèle appuyée au mur de l'église illustre de façon saisissante ce contraste: on ne devine que quelques maisons éparses le long de la route sinueuse qui monte entre les arbres jusqu'à l'église perchée et pourtant ce sont 27 hommes du village qui sont tombés pendant les quatres années terribles. A elles seules trois familles, les Laffitte, Piquemal et Sentenac ont perdu 13 des leurs.

Ceux qui sont restés, ont voulu cette stèle, inaugurée en 2005 par le préfet avec le soutien de l'Union européenne, bizarrement ornée d'une colombe de la paix et dédiée à ceux qui sont "morts pour la paix".

Les 27 noms sont repris sur le monument aux morts officiel de Massat, qui totalise plus de 150 "morts pour la France".

150 tués pour une commune aujourd'hui peuplée de 700 à 800 habitants. Ces chiffres révèlent à la fois la terrible saignée de la guerre et la dépopulation des zones montagneuses du département, déjà entamée en 1914, et qui s'est aggravée ensuite.

Le village comptait encore 3.000 habitants à l'annonce de la mobilisation, même si la vallée avait déjà perdu de sa splendeur depuis le milieu du 19e siècle avec le déclin de ses fonderies locales, une agriculture insuffisamment productive, et la destruction du vignoble par le phylloxera.

- "Le coup de grâce" -

"La guerre de 14 a donné le coup de grâce" à cet ancien bourg prospère, explique le maire de Massat, Léon-Pierre Galy-Gasparrou.

Angélique Lerouge, auteur en 1997 d'un mémoire de l'université de Toulouse-Le Mirail sur "l'Ariège pendant la 1ère guerre mondiale" évalue les pertes en hommes du département entre 17% et 19% des classes d'âge 1914 (nés en 1894) à 1918.

M. Galy-Gasparrou estime que les montagnards ariégeois, sans doute jugés de peu de prix, ont fait partie des "personnels sacrifiés systématiquement envoyés en première ligne", au début du conflit.

En 1911, la population du département atteignait encore 198.000 habitants mais selon l'historien de l'Ariège Louis Claeys, elle a chuté de 13% entre 1911 et 1921, et plus particulièrement en montagne.

"L'immense saignée de la Grande guerre est la première responsable du non-retour démographique", estime Louis Claeys. Elle a bouleversé les données socio-économiques traditionnelles.

Le maire de Massat relève une "émancipation étonnante des femmes" sur le plan économique mais un impact démographique lourd, "l'absence de naissances" s'ajoutant à la mort des soldats.

"De nombreuses familles ont aussi été ruinées, les femmes se retrouvant seules avec des vieux et des orphelins sur des exploitations agricoles peu productives", remarque de son côté Philippe Babin, un des pionniers de la renaissance du vignoble ariégeois il y a quinze ans.

Une grande partie des jeunes sont ensuite partis, "beaucoup vers l'Afrique du Nord, d'autres vers l'Indochine ou les Amériques", indique M. Galy-Gasparrou.

Le phénomène a eu une telle ampleur que c'est la main d'oeuvre immigrée qui a assuré le développement de l'électrométallurgie près de Tarascon et du textile autour de Lavelanet dans l'entre-deux guerres. Les étrangers, pour la plupart Espagnols, ont ainsi représenté jusqu'à 20% de la population de Lavelanet en 1936, note un ouvrage collectif, "l'Ariège".

- Ranimé par les néo-ruraux -

Le département est tombé dans les années 1960 à moins de 140.000 habitants, le moins peuplé de Midi-Pyrénées, contre 270.000 en 1846 à son apogée.

"En 1976, quand je suis arrivé à Vira (entre Pamiers et Mirepoix), il restait 70 habitants contre 350 en 1882 et le foncier avait un prix dérisoire", indique ainsi M. Babin, fils de commerçant niortais établi dans le piémont ariégeois par amour du pays et du métier de paysan.

Il est de ces néo-ruraux qui ont permis à l'Ariège de "redevenir une terre d'immigration", selon Louis Claeys, et de regagner environ 20.000 habitants.

A Massat, "la population s'est redressée de 17% depuis l'an 2000, et l'école a dépassé ses effectifs de 1950", note avec satisfaction Léon-Pierre Galy-Gasparrou.

Les post soixante-huitards ont fait souche. "Certains étaient venus relancer la culture du chanvre, et pas pour tisser le lin. Beaucoup ont monté de petites entreprises d'artisanat et de services, ce sont leurs petits enfants qui sont à l'école", explique le maire, heureux de voir s'effacer les cicatrices vieilles d'un siècle.

Première publication : 09/05/2014