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Grande Guerre : "J'ai passé dix ans à la recherche de mon grand-oncle"

© Brenda Chambers | Henry Foster Midgley

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 10/05/2014

Le 31 juillet 1917, le soldat australien Henry Foster Midgley perdait la vie lors de la Première Guerre mondiale. Près de cent ans après sa mort, sa petite-nièce a retracé pas à pas son parcours, jusqu'à retrouver sa tombe dans le nord de la France.

Cela fait seulement quelques jours que Brenda Chambers est de retour dans son pays. Cette Australienne a passé une partie du mois d’avril en France. Pas de visite de la Tour Eiffel ni du musée du Louvre au programme pour elle, mais un séjour à Godewaersvelde, dans le département du Nord. Le 25 avril, à l'occasion de l'Anzac Day, la journée de commémoration nationale australienne, elle a assisté à une cérémonie en l'honneur de son grand-oncle Henry Foster Midgley, surnommé "Honkie", qui repose dans le petit cimetière de ce village des Flandres françaises. "C’était mon troisième voyage. C’est toujours très fort d’y retourner. Godewaersvelde est un lieu vraiment très beau. C’est très émouvant de savoir que Honkie y repose en paix. Cela me parait être un cadeau pour lui et pour notre famille après ce sacrifice", décrit-elle avec une intense émotion à FRANCE24.

La tombe d'Henry Midgley à Godewaersvelde dans le département du Nord
© Brenda Chambers

Brenda Chambers est la première de sa famille à avoir pu se recueillir sur la tombe d’Henry, tué le 31 juillet 1917 alors qu’il faisait partie de l’armée australienne : "La belle-sœur de Honkie était ma grand-mère. Avec ses autres sœurs, elle parlait tout le temps de lui et de Ginny, mon arrière-grand-mère. Elles racontaient des histoires drôles, mais devenaient tristes quand elles évoquaient sa mort. En 1918, la famille avait publié ce texte pour l’anniversaire de son décès : 'Quelque part en France, cher Harry (autre surnom d’Henry) repose dans sa tombe que nous ne pouvons voir. Ton devoir accompli, tu reposes en paix et nos pensées seront toujours avec toi'."

"J’aurais dû le connaitre s’il avait vécu"

Pendant très longtemps, ses proches, qui avaient peu de détails sur sa mort, ont cru que sa dépouille se trouvait dans la Somme. Ancienne professeur d’histoire, Brenda décide de mener sa propre enquête, il y a une dizaine d’années. En 2005, la petite-nièce d’Henry débute son périple par un premier voyage à Gallipoli, en Turquie. Brenda est persuadée que son grand-oncle a participé à la campagne des Dardanelles. Sur place, alors que se déroule les commémorations de cette sanglante bataille qui fit près de 30 000 victimes (morts et blessés) dans les rangs australiens entre avril 1915 et janvier 1916, elle se retrouve submergée par l’émotion et ne peut retenir ses larmes.

Mais quelques jours plus tard, en étudiant la fiche militaire de son grand-oncle retrouvée au Commonwealth Ward Graves Office dans la Somme, Brenda découvre une toute autre histoire. Henry n’est pas un vétéran de Gallipoli. Il a été confondu avec l’un de ses cousins. Il n’a pas non plus été enterré dans la Somme, mais dans un petit village appelé Godewaersvelde. Stupéfaite, "la touriste de la mémoire" part sur le champ visiter ce cimetière. Dans la troisième rangée, la tombe d’Henry Foster Midgley est bien là, parmi 968 stèles blanches de soldats du Commonwealth. "C’était miraculeux. Je me trouvais face à un membre de ma famille, le fils de Ginny, le frère de mon grand-père, mon grand-oncle. C’est quelqu’un que j’aurais dû connaître s’il avait vécu", raconte-t-elle dans un livre intitulé "Honkie & Ginny", qu’elle vient de publier.

De l’Égypte aux Flandres

La quête de Brenda n’est pas terminée pour autant. Piquée au vif par cette découverte, elle veut en savoir plus sur les raisons de son décès et sur son engagement dans la Grande Guerre. Pendant plusieurs années, elle se plonge dans cette triste histoire familiale. Elle met notamment la main sur la vingtaine de lettres envoyées par Henry alors qu’il était au front. Charpentier de métier, puis marin dans une compagnie de transport maritime, le jeune homme a tout juste 21 ans lorsqu’il s’engage en juillet 1915. Comme il le raconte à sa mère dans un courrier envoyé en février 1916, il a pris cette décision à la suite du torpillage du navire britannique Le Lusitania par un sous-marin allemand : "C’est la seule place pour un homme célibataire comme moi après les drames du Lusitania, du Ancona et du Falaba, au cours desquels tellement de femmes et de bébés ont été tués de sang froid et n’avaient aucune chance".

Henry Midgley (à l'extrême droite), probablement à Armentières en juin 1916
© Brenda Chambers

À l’image d’Henry, dans un pays où la conscription n’existe pas, plus de 420 000 Australiens ont choisi volontairement de servir dans l’armée durant la Première Guerre Mondiale. "Il s’est sacrifié pour les autres, comme on nous l’a tous enseigné. Il a pris un engagement et il s’y est attaché. Il l’a fait dans le sens d’une lutte pour l’humanité", estime Brenda. En octobre 1915, Henry quitte ainsi l’Australie depuis Melbourne pour rejoindre les champs de bataille à des milliers de kilomètres. Il passe d’abord plusieurs mois en Égypte pour se former, puis débarque en France en juin 1916. C’est là qu’il découvre pour la première fois l’horreur des combats. "Les premiers bombardements que nous avons vécus se sont déroulés il y a trois semaines, mais les seuls dommages que les Fritz nous ont fait ont été de détruire nos lignes téléphoniques. C’était quand même très dur pour deux d’entre nous. Il pleuvait beaucoup et nous avons du réparer les lignes. (…) Un de nos camarades a été touché à l’œil par un éclat d’obus et j’ai moi-même été touché à la main droite", expliquait-il dans une lettre à ses sœurs.

Toutefois, dans la plupart de ses écrits, le jeune homme, alors membre de la 11eme brigade australienne d’artillerie de campagne, se garde bien d’inquiéter sa famille : "Il était passé maître dans l’art de l’euphémisme. Il les rassurait toujours en disant qu’il allait bien. Il voulait les protéger de ce qu’il vivait". Pourtant en août 1917, la famille, qui vit à Bendigo, dans l'État de Victoria au sud de l'Australie, doit faire face à l'horrible  réalité. Elle apprend sèchement par un simple télégramme qu’Henry a été tué dans l’exercice de son devoir le 31 juillet, au cours des combats de Passchendaele, en Belgique.

En épluchant le journal de campagne du capitaine de sa brigade, Brenda a réussi à retracer ses derniers moments. Un triste concours de circonstance : "La brigade d’Honkie n’était pas en service la nuit du 31 juillet, mais la seconde armée britannique a demandé un renfort de dix hommes. Honkie en faisait partie. Il était artilleur et ils en manquaient cruellement. Le président français et le Premier ministre britannique ont voulu annuler la bataille cette nuit-là, car il allait pleuvoir et il y avait peu de visibilité, mais elle a pourtant eu lieu". Touché à la jambe, à la hanche, au bras, au dos et à la poitrine par des tirs, Henry est transporté à Godewaersvelde dans un état critique. Il y décède deux jours plus tard de ses blessures.

Cicatriser une blessure familiale

À l’annonce de sa mort, sa mère Ginny est plongée dans une profonde tristesse. En écrivant son livre, Brenda Chambers a aussi voulu rendre hommage aux proches, qui ont du vivre le reste de leurs jours avec cette absence. "Ginny restait stoïque durant la journée, mais les nuits étaient très dures. Elle faisait des cauchemars. Elle le voyait en train de mourir ou de revenir à la maison. Elle se réveillait en sursaut pour découvrir que ce n’était qu’un rêve", se souvient Brenda. "Honkie avait été légèrement blessé en mai 1917 et Ginny a toujours cru qu’il était retourné trop tôt aux combats. Ses pleurs étaient un cri d’injustice. Un cri qui n’a jamais été guéri".

En mettant des mots sur le parcours de son grand-oncle dans la tourmente de la guerre, Brenda Chambers a tenté d’apaiser cette cicatrice familiale. De génération en génération, la mort de Honkie s’est transmise comme un douloureux héritage. Désormais un peu libérée de ce poids, l’auteure australienne espère pouvoir faire publier son livre en France : "J’aimerais qu’il soit traduit pour que les gens de votre pays puissent le lire et apprendre ce qu’était la vie des Australiens. Et qu'il sachent à quel point nos mères et nos familles avaient peur pour les Français et les Belges. Elles ont porté le deuil pour eux. Les cœurs des femmes sont les mêmes partout dans le monde".

Brenda Chambers dans son bureau avec son livre
© Brenda Chambers

Première publication : 10/05/2014

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