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Culture

Cannes : pas de tapis rouge pour le film sur l’affaire DSK ?

© Wild Bunch

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 12/05/2014

Longtemps pressenti à Cannes, "Welcome to New York" d’Abel Ferrara avec Gérard Depardieu ne figure pas dans la sélection officielle. Dans une interview au "JDD", le coproducteur français Vincent Maraval déplore les pressions politico-médiatiques.

DSK, Gérard Depardieu, Abel Ferrara… Le cocktail aurait dégagé un beau parfum de scandale sur la Croisette. Las, "Welcome to New York", le très attendu film du sulfureux réalisateur américain mettant en scène l’acteur français dans les habits de l’ancien patron du FMI, a peu de chances d’être présenté à Cannes. Longtemps pressenti pour la compétition, le long-métrage sur la fameuse "affaire du Sofitel" ne figure pour l’instant dans aucun programme du festival.

Une absence que d’aucuns expliquent, en dehors de toutes considérations esthétiques, par le fait que le long-métrage ne sera pas distribué dans les salles françaises. De fait, les producteurs ont décidé depuis plusieurs semaines de contourner les circuits traditionnels de distribution en sortant le film le 17 mai uniquement en vidéo à la demande (VoD) sur Internet.

Après avoir longtemps justifié cette décision pour des raisons commerciales, le coproducteur français Vincent Maraval affirme aujourd’hui que ce sont les pressions exercées par le système politico-médiatique qui en a empêché sa sortie sur les grands écrans. "Je ne suis pas adepte de la théorie du complot. Mais là, les faits parlent pour moi et illustrent, à l'instar de ce que nous subissons depuis trois ans, les relations incestueuses qu'entretiennent dans ce pays les élites, les politiques, les médias", affirme dans le "Journal du Dimanche" le patron de Wild Bunch, dont la tribune dénonçant les salaires trop élevés de certains acteurs avait déjà défrayé la chronique en 2012.

"Je viens d'apprendre qu'UGC essaie d'empêcher la sortie du film sur ses écrans en Belgique en faisant pression sur ses exploitants. Deux partenaires médias importants nous demandent de retirer leur logo sur l'affiche. Ça me sidère, déplore le producteur. N'importe où dans le monde, on peut faire des films comme ‘Le Caïman’ de Nanni Moretti sur Berlusconi ou ‘Fahrenheit 9/11’ sur George Bush, ou même ‘Les Hommes du président’ [sur l’affaire Watergate]. En France, on n'arrive pas à parler de notre histoire présente."

Victime du "il paraît que"

À trois jours du coup d’envoi du 67e festival de Cannes, Vincent Maraval profite de cette entrevue pour en dire un peu plus sur un film ultra-commenté sans avoir été vu et, de ce fait, victime du "il paraît que". "Il paraît que" le personnage inspiré d’Anne Sinclair est loin d’être bienveillant, "il paraît que" le film flirte avec la pornographie, "il paraît que" Gérard Depardieu a empoché une coquette somme pour sa prestation…

En ce qui concerne l’épouse du vrai-faux DSK, finalement incarnée par Jacqueline Bisset après le désistement d’Isabelle Adjani, le producteur répète que le film n’a pas vocation à coller au plus près de la réalité. "Abel [Ferrara] s’est appuyé sur des faits réels pour créer une fiction, affirme-t-il. Il n’avait jamais entendu parler d’Anne Sinclair avant. Il a juste voulu raconter l’histoire d’un couple secoué par un tremblement de terre."

De même, à ceux qui reprochent à "Welcome to New York" ces scènes de débauches tout en éludant la question du "viol" dans la fameuse chambre d’hôtel new-yorkaise, Vincent Maraval objecte ne pas avoir produit "un film écrit par des avocats". "La scène du Sofitel avec Nafissatou Dialo est essentielle. Elle n’a pas été coupée. Certains peuvent y voir un acte inconvenant, d’autres un viol, mais nous, nous ne parlons jamais de viol."

Quant au cachet de 100 000 euros attribué à Gérard Depardieu, qui avait pourtant assuré avoir joué pour rien, le producteur explique : "Il y a des lois dans ce pays et nous y sommes soumis. Les gens ne travaillent pas pour rien. Je comprends que pour certains cela représente beaucoup, mais c’est le dixième de son salaire normal".

Autant de polémiques qui ne répondent toutefois pas à la question. "Welcome to New York" est-il suffisamment bon pour pouvoir prétendre à une sélection cannoise ? À en croire Vincent Maraval, les personnalités du cinéma, dont Thierry Frémaux, le délégué général et sélectionneur du festival, à qui le film a été montré sont loin de l’avoir détesté. De quoi peut-être encore espérer une annonce de dernière minute de la part des organisateurs. "Maintenant, il se peut que Thierry Frémaux nous appelle ce week-end ou pas. Comme il se peut qu'on accepte ou pas". Précisons qu’à l’heure actuelle, Cannes n’a toujours pas de film de clôture…

Première publication : 12/05/2014

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