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Afrique

Abubakar Shekau, l'"imam fanatique" à la tête de Boko Haram

© AFP / Abubakar Shekau s'exprime dans une vidéo diffusée le 12 mai par Boko Haram.

Texte par Leela JACINTO , Nina HUBINET

Dernière modification : 13/05/2014

Il est devenu le visage de Boko Haram : Abubakar Shekau apparaît désormais dans chaque vidéo diffusée par le groupe terroriste. Donné pour mort en 2009, puis réapparu en 2010, il est à l’origine de la radicalisation de la secte islamiste.

Sourire narquois ou sourcils froncés, mains gesticulant ou index menaçant pour appuyer son propos : pour qui ne sait pas qu’Abubakar Shekau est le leader d’une organisation qui sème la terreur au Nigéria depuis cinq ans, il pourrait passer pour un personnage d’opérette.

Dans les dernières vidéos diffusées par Boko Haram, son chef apparaît toujours en treillis militaire, une kalachnikov en bandoulière ou à la main. Une mise en scène qui rappelle, par son caractère martial, les messages d’Al-Qaïda, mais qui n’en a pas la solennité. Car Abubakar Shekau semble surjouer son rôle devant la caméra : dans la vidéo diffusée le lundi 5 mai, lorsqu’il revendique officiellement le rapt des 276 lycéennes et annonce qu’il compte "les vendre sur le marché", il insiste en souriant sur le prix - "12 dollars chacune", comme pour paraître encore plus barbare qu’il n’est. Puis il touche à plusieurs reprises son chapeau ou sa chemise, dans un mouvement compulsif qui lui donne cette fois l’allure d’un dément.

Inspiré par Al-Qaïda

Le leader de la secte islamiste, au centre de l’attention médiatique mondiale depuis le lancement de la campagne "Bring back our girls", est l’artisan de la radicalisation du mouvement. Arrivé à la tête de Boko Haram en 2009, après que le fondateur de la secte, Mohamed Yusuf, a été capturé et exécuté par les autorités nigérianes, Abubakar Shekau veut que son organisation soit adoubée par Al-Qaïda. À partir de 2010, les attaques de Boko Haram deviennent ainsi plus fréquentes et plus sanglantes. Les attentats-suicides sur le modèle d’Al-Qaïda se multiplient. Les islamistes, qui se cantonnaient jusque-là au nord du pays, commencent à organiser des attentats dans le sud, où les chrétiens sont majoritaires.

La filiation idéologique de Boko Haram avec le réseau terroriste international est finalement revendiquée officiellement par Shekau en août 2011, sans que les leaders d’Al-Qaïda eux-mêmes ne confirment l’existence d’un lien direct. Quelques jours plus tard, la secte frappe au cœur de la capitale, Abuja : un attentat-suicide contre le quartier général des Nations unies, symbole de l’Occident honni, dans lequel 25 personnes perdent la vie. Et lors du Noël 2011, la violence de Boko Haram se déchaîne contre les Nigérians chrétiens.

D’après l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, plus de 3 000 personnes ont été tuées par Boko Haram depuis 2009. Si le mouvement islamiste prétend viser d'abord les chrétiens, les deux tiers de ses victimes sont des musulmans.

Un djihadiste "ressuscité"

Les menaces d'Abubakar Shekau sont d’autant plus terrifiantes pour les Nigérians qu’elles sortent de la bouche d’un homme dont les forces de sécurité nigérianes avaient annoncé la mort en 2009.

Une série d’attaques contre les forces de sécurité dans le nord du pays avait à l’époque incité l’armée à lancer une opération de grande envergure contre Boko Haram. Un assaut frontal sur la mosquée et l’école où enseignait le chef historique du groupe, Mohamed Yusuf, avait permis sa capture – il fut abattu quelques heures après cette arrestation. Ces violents affrontements entre l’armée et les partisans de la secte avaient alors fait des centaines de morts, et les autorités nigérianes avaient affirmé qu’Abubakar Shekau, alors bras droit de Mohamed Yusuf, était parmi les victimes.

Mais en juillet 2010, Shekau réapparaît. Il explique alors à un journaliste local qu’il a survécu "grâce à des croyants et à la protection d’Allah", après avoir reçu une balle dans la cuisse. On sait peu de choses sur le parcours du leader islamiste : certains affirment qu’il a 35 ans, d’autres lui donnent 43 ans… Des incertitudes qui contribuent à forger un personnage mythique. D’après certains témoignages, Shekau a grandi à Mafoni, un quartier défavorisé de Maiduguri, la ville du nord-est du pays où Boko Haram a vu le jour. Il traîne dans la rue, fume des joints, raconte l’hebdomadaire Jeune Afrique. Et il est fasciné par Mohamed Yusuf, populaire à l’époque dans cette région déshéritée. Mais contrairement à son mentor, il n’a pas de formation théologique, et très peu d’éducation. Il n’a jamais appris l’anglais, et s’exprime en kanuri, haoussa - les langues locales, ou en arabe.

Interrogé par France 24 en 2012, Martin Ewi, chercheur à l’Institut pour les études de sécurité à Pretoria, insistait sur la différence de caractère entre le fondateur de la secte et Shekau. "Je pense que Shekau est beaucoup plus dangereux que Yusuf (…) Il n’a pas de ligne rouge et attaquera dès qu’une opportunité se présentera", affirme ce spécialiste de la région. "Quand Abubakar Shekau dit quelque chose, ça créé un véritable effet de panique dans tout le pays".

"[Mohamed] Yusuf avait une vision plus large. Il a joué un vrai rôle pour développer les études islamiques dans le nord parce qu’il était convaincu que l’éducation occidentale était immorale. Il ne se cachait pas, tout le monde le connaissait. Il pouvait faire des déclarations à la presse et il n’a jamais lancé des attaques à la al-Qaïda".

Son objectif : créer un État islamique dans le nord du pays

Boko Haram peut compter sur un terreau de recrutement fertile dans le nord du pays, région délaissée par les autorités centrales depuis des années, où un cocktail explosif de pauvreté, d’analphabétisme, et de corruption gouvernementale rend les jeunes particulièrement sensibles au discours des islamistes.

"Nous sommes en guerre contre les chrétiens parce que le monde entier sait ce qu’ils nous ont fait. Tout le monde a vu comment ils nous ont traités et ce qui s’est passé entre nous et les agents de sécurité armés", déclarait ainsi Shekau dans une vidéo de janvier 2012, dans lequel les autorités d’Abuja sont donc assimilées aux "chrétiens".

Ce message ne laissait aucune porte ouverte à d’éventuelles négociations avec le gouvernement nigérian, la secte islamiste misant clairement sur un engrenage de violences interconfessionnelles pour atteindre son objectif : faire fuir les chrétiens et obtenir une partition du Nigeria avec un régime islamiste dans les provinces du nord.

Ce projet de sécession bénéficierait d’ailleurs de soutiens clandestins au plus haut sommet de l’État, selon Goodluck Jonathan. En janvier 2012, le président nigérian avait affirmé qu’il croyait à la présence de partisans de Boko Haram au sein même de son gouvernement et des services de sécurité.

"C’est une croyance populaire très répandue au Nigeria", selon Matin Ewi, en soulignant à quel point il est difficile de faire parler les habitants du nord du pays sur la secte islamiste.

Boko Haram subit par ailleurs depuis un an une offensive de l’armée nigériane qui tente de reprendre le contrôle du nord du pays. Les membres du groupe terroriste utilisent donc de plus en plus les pays frontaliers, et notamment le Cameroun, comme base arrière. Des incursions de l’autre côté de la frontière nigériane qui font craindre, à terme, une régionalisation du conflit.

Première publication : 13/05/2014

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