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Culture

Cannes chouchoute Hollywood, Cronenberg le dégomme

© Festival de Cannes

Texte par Guillaume GUGUEN , , envoyé spécial à Cannes

Dernière modification : 20/05/2014

Objet de toutes les attentions sur la Croisette, Hollywood en prend pour son grade dans le savoureux "Maps to the Stars" de David Cronenberg. Tandis que le western "The Homesman" et le drame "Foxcatcher" se voient déjà aux Oscars.

On peut mettre au crédit de Thierry Frémaux d’avoir su réinjecter du Hollywood sur la Croisette. Sans l’actuel délégué général du Festival de Cannes, la cohorte de stars américaines qui débarque chaque année sur le tapis rouge se limiterait certainement à une petite brigade. Jeudi, par exemple, les tanks de la grosse machine de guerre "Expendables 3" seraient restés aux portes de la ville, et son casting testostéroné aux pieds des marches. Avouons toutefois que la journée n’aurait pas eu la même saveur si Sylvester Stallone et ses copains de chambrée (Arnold Schwarzenegger, Mel Gibson, Antonio Banderas, Harrison Ford…) n’avaient assuré le show.

"J’ai grandi en aimant le cinéma américain. Quand on est cinéphile, on aime le cinéma américain, nous affirmait Thierry Frémaux en début de festival. Lorsque j’ai pris mes fonctions, il était clair que Hollywood avait déserté Cannes. Avec Gilles Jacob [le président du festival], nous avons décidé de faire revenir les stars américaines et de faire en sorte qu’elles s’y sentent bien."

Nouvelle preuve d’amour à l’industrie du cinéma US, Cannes a célébré, cette année, le 20e anniversaire des studios Dreamworks en présence de Jeffrey Katzenberg, l’un de ses cofondateurs. En qualité d’"invitée spéciale" du festival, la pétillante Jennifer Lawrence a pu, quant à elle, assurer la promotion du troisième volet de la saga "Hunger Games". Le rêve américain à portée de marches.

Choyé sur la Croisette, Hollywood l’est moins dans les salles. Avec "Maps to the Stars", présenté en compétition, David Cronenberg se livre même à un savoureux dégommage du star-system de la côte ouest américaine. Devenue un genre presque à part entière, la satire anti-hollywoodienne a ses cibles de prédilection. Celles du réalisateur canadien sont de ce tonneau : un enfant-star tête-à-claques de 13 ans tout juste sorti de désintox (Ewan Bird), une vieillissante et bipolaire actrice sous antidépresseurs (Julianne Moore, au meilleur de sa forme), un chauffeur de limousine rêvant de percer dans le cinéma (Robert Pattinson), un coach pour célébrités éprises du dalaï-lama (John Cusack)… Les autres ingrédients sont tout aussi remâchés : drogue, ménage à trois, amours incestueux et roulette russe.

Mais Cronenberg secoue le tout avec un tel plaisir communicatif que sa charge surclasse les récents exercices du genre (citons au hasard le fastidieux "The Canyons" écrit par Bret Easton Ellis). Son geste n’est pas excessivement virulent, jamais prétentieux, plutôt délicieusement sadique. Conte amoral dopé à l’energy drink, "Maps to the Stars" est, pour le moment, le plus grisant des cocktails qui nous ait été servi sur la Croisette.

"Homesman" : western aux accents féministes

Hollywood n’a toutefois pas encore totalement sombré. Ailleurs dans la compétition, le cinéma américain sait encore manifester des signes de lucidité. À peine avaient-ils été présentés à la critique cannoise que les deux seuls représentants américains en lice pour la Palme d’or se voyaient labellisés "oscarisables". "The Homesman" et "Foxcatcher" explorent deux genres différents mais partagent en effet cette écriture tout en retenue qui, mêlés aux codes hollywoodiens, en font des candidats sérieux aux prochains Oscars.

Il faut dire que le premier a tout pour plaire outre-Atlantique puisqu’il s’agit d’un western signé Tommy Lee Jones, vieux briscard, s’il en est, du cinéma américain. Neuf ans après avoir traversé la frontière mexicaine avec "Trois enterrements" (qui lui valut un prix d’interprétation masculine à Cannes), l’acteur-réalisateur selle de nouveau son cheval pour un long périple à travers, cette fois-ci, les plaines infertiles du Nebraska et de l’Iowa. Le bientôt septuagénaire interprète un vagabond solitaire contraint d’accompagner une autoritaire pionnière (Hilary Swank) à qui on a confié la mission de convoyer trois "démentes" jusqu’à un lointain dispensaire. L’expédition devrait durer cinq bonnes semaines, nous dit-on. On croise les doigts pour que la route soit belle.

Fort heureusement, Tommy Lee Jones maîtrise parfaitement son sujet. Les cadrages sont sublimes, les images léchées, les cieux crépusculaires et les cow-boys mal rasés… Dans un premier temps, "The Homesman" envoûte d’autant qu’il est rehaussé par des accents féministes assez peu entendus dans un western. Las, à la faveur d’un surprenant revirement de situation, le récit vire à l’inévitable voyage rédempteur tirant à la ligne. Impression de déjà-vu renforcée par l’apparition de Meryl Streep lors des arrêts de jeu. Oscar de meilleur film oui, Palme d’or pas vraiment.

"Foxcatcher" : une tragédie américaine sur le fil

Même sentence pour "Foxcatcher". Récit inspiré d’un fait réel (l’assassinat d’un champion olympique de lutte par son riche et mégalomane mécène), le troisième long-métrage de Bennett Miller (dont c’est ici la première sélection en compétition) manque de ce "je-ne-sais-quoi" pour exciter un incompressible enthousiasme. Comme un cahier de coloriage où rien ne déborderait, le film n’outrepasse jamais les limites qu’il s’est fixées. Visiblement mué par la volonté d’inscrire une "grande tragédie" à sa filmographie, pourtant très honorable, le réalisateur de "Truman Capote" et du "Stratège" fait constamment preuve d’une précaution de funambule. Comme s’il craignait, à chaque instant, que son film bascule soit du côté du drame auteuriste, soit du côté du thriller hollywoodien.

Channing Tatum, Steve Carell, Bennett Miller et Mark Ruffalo pour "Foxcatcher" © Mehdi Chebil

En s’interdisant les chemins de traverse, "Foxcatcher" finit par étouffer sous le poids de sa lourde atmosphère. Pesanteur que l’interprétation remarquable du trio formé par Channing Tatum, Mark Ruffalo et Steve Carell ne parvient pas à libérer. Méconnaissable dans son rôle du philanthrope meurtrier, ce dernier s’est en tous cas frayé un chemin vers le prix d’interprétation masculine. En attendant peut-être un lointain Oscar.

-"Maps to Stars" de David Cronenberg, avec Julianne Moore, John Cusack, Mia Wasikowska, Ewan Bird... (Compétition)

-"The Homesman" de et avec Tommy Lee Jones, avec Hilary Swank... (Compétition)

-"Foxcatcher", de Bennett Miller, avec Steve Carell, Channing Tatum, Mark Ruffalo, Sienna Miller...
 

Première publication : 19/05/2014

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