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Afrique

Khalifa Haftar, putschiste ou héros de l'anti-terrorisme en Libye ?

© AFP

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 19/05/2014

Chef de l'autoproclamée "Armée nationale libyenne", Khalifa Haftar, général dissident de Kadhafi, a lancé une guerre contre le terrorisme en Libye. Tripoli l'accuse de profiter du chaos libyen pour organiser un coup d'État. Portrait.

Purger la Libye des groupes terroristes : c’est la mission annoncée de l’ "Opération dignité", dirigée par Khalifa Haftar, général à la retraite à la tête de l'autoproclamée "Armée nationale libyenne" (ANL), indépendante de l'armée régulière. Pour mener sa croisade contre les "terroristes" -  en réalité une multitude de milices islamistes ou autonomistes lourdement armées -, l'homme de 71 ans, en rupture avec le pouvoir, est prêt aux opérations les plus sanglantes.

Vendredi dernier, les troupes d’Haftar ont attaqué des groupes islamistes à Benghazi, dans l’est de la Libye, lors d’affrontements qui ont fait au moins 79 morts et 141 blessés. L'offensive meurtrière a été aussitôt décriée par le gouvernement libyen.

Une unité d'élite de l'armée rejoint le général Haftar

Le commandant des forces spéciales de l'armée libyenne et les militaires de la base aérienne de Tobrouk ont décidé lundi de se rallier au général Khalifa Haftar, qui a lancé vendredi une offensive contre des milices islamistes dans l'est de la Libye.

"Nous sommes avec Haftar", a dit à Reuters le colonel Wanis Boukhamada, chef des forces spéciales, interrogé à Benghazi, la capitale de la Cyrénaïque.(Avec Reuters)

 

Accusé par les autorités de vouloir profiter de l'anarchie, dans laquelle est plongé le pays depuis des mois, pour fomenter un coup d'État, Khalifa Haftar affirme qu'il n'a aucunement l'intention de prendre le pouvoir et qu'il ne fait que répondre "à l'appel du peuple". À 71 ans, ce militaire à la carrière bien remplie se pose ouvertement en sauveur face au chaos grandissant en Libye.

Un proche de Kadhafi devenu renégat

Originaire de l'Est, Khalifa Haftar a d’abord servi Mouammar Kadhafi, avant de se retourner contre lui. Formé à l’académie militaire de Benghazi puis en ex-URSS, Haftar a participé au coup d'État militaire de 1969, qui a renversé la monarchie des Senoussi pour placer Mouammar Kadhafi au pouvoir. Nommé cadre de l’armée libyenne en récompense, le jeune général s’engage dans la guerre qui oppose la Libye au Tchad, de 1978 à 1987. Mais, capturé avec l’ensemble de son unité au cours de la bataille de Ouadi-Doum, en 1987, il est lâché par Tripoli.

Haftar accepte alors l’aide des Américains, qui veulent la tête de Kadhafi, surnommé le "chien fou du Moyen Orient" par le président américain Ronald Reagan. Sorti de prison et "retourné" par les États-Unis, Haftar prend alors la tête d’une force qui porte son nom, basée au Tchad. Constitué de quelque 2 000 Libyens, le groupe était destiné à envahir la Libye pour renverser Kadhafi. Mais la Force Haftar doit être exfiltrée en urgence en 1990, à l'arrivée au pouvoir à N'Djamena d'Idriss Déby, le nouvel homme fort tchadien soutenu par Mouammar Kadhafi, prêt à tout pour retrouver les renégats.

La revanche

Le général infidèle obtient alors l’exil aux États-Unis où il rejoint, au début des années 1990, le mouvement de l'opposition libyenne à l'étranger. Il s’installe à Langley, dans l’État de Virginie, juste à côté du siège de la CIA, qui le forme militairement. "Il avait coopéré avec la CIA pendant de nombreuses années, mais n’avait pas réussi à détrôner le colonel Kadhafi", ajoute Marine Casalis, correspondante de FRANCE 24 en Libye. C’est la révolution libyenne qui lui en donnera l’occasion. Après vingt ans d’exil, il rentre sur ses terres natales en 2011 et intègre les rangs de la rébellion. Il est rapidement nommé chef des forces terrestres par le Conseil national de transition (CNT), le bras politique de la rébellion.

Les  autorités de transition ne lui font cependant pas totalement confiance, voyant en lui un militaire ambitieux et avide de pouvoir. Par ailleurs, son séjour prolongé aux États-Unis a amené de nombreux observateurs à douter de lui ou à le présenter comme un agent de la CIA. Il conserve toutefois le soutien d'anciens soldats du régime, qui ont fait défection. Peu après la chute de Kadhafi, environ 150 officiers et sous-officiers le nomment nouveau chef d'état-major, une nomination qui n'a toutefois jamais été officialisée.

Purger la Libye des terroristes

Aujourd’hui, Khalifa Haftar se présente comme chef de l’autoproclamée "Armée nationale libyenne" (ANL) et dit vouloir rétablir la légitimité de l'État. Mais Tripoli ne soutient pas cet électron libre qui avait réclamé, en février dernier, la mise en place d'un gouvernement. "Il avait demandé la dissolution du Parlement et la formation d’un comité présidentiel pour diriger la Libye en attendant la tenue de nouvelles élections. Ses propos avaient été interprétés par beaucoup comme une tentative de coup d’État", rappelle Marine Casalis. 

L’attaque de vendredi dernier à Benghazi a été perçue comme une nouvelle forme de défiance à l’égard des autorités officielles du pays. C’est "un agissement en dehors de la légitimité de l’État et un coup d’État", a affirmé samedi le président du Congrès général national, Nouri Abou Sahmein. "Tous ceux qui ont participé à cette tentative de coup d’État vont être poursuivis par la justice", a-t-il averti.

"Notre opération n’est pas un coup d’État et notre objectif n’est pas de prendre le pouvoir", a répondu Khalifa Haftar. Mais les attaques qui ont eu lieu à Tripoli dimanche 18 mai laissent planer le doute. Le Congrès général national (CGN), équivalent du Parlement libyen, a été attaqué par des membres des puissantes brigades de Zintan (ouest), connues pour leur opposition aux islamistes. Si Haftar n'a pas revendiqué l'attaque, les milices ont elles déclamé leur soutien à l'ex-général. "Les puissantes milices de la ville de Zintan, qui ont attaqué le Parlement qu’elles considèrent comme pro-islamiste, ont déclaré leur soutien à Khalifa Haftar" la correspondante de FRANCE 24 en Libye.

Le général a répété qu’il ne reconnaissait aucune légitimité aux autorités de transition, qui ne parviennent pas à rétablir la sécurité, trois ans après la révolte qui a chassé Mouammar Kadhafi. La Libye est en proie à l’anarchie et les innombrables milices armées, bandits et islamistes radicaux font la loi dans le pays. Exaspérés par ce chaos, de nombreux habitants semblent soutenir l’action de Khalifa Haftar.

Première publication : 19/05/2014

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