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Economie

Avec Sputnik, Moscou veut offrir une alternative "publique" à Google

© Capture d'écran - Sputnik.ru

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 22/05/2014

Sputnik.ru a été mis en ligne jeudi et se veut un moteur de recherche à destination d’un public “familial”. En pleine crise ukrainienne, cette initiative de Moscou peut apparaître comme une tentative de mieux contrôler l’accès à l’information.

Le Kremlin se relance à la conquête de l’espace… numérique ! Sputnik.ru, le premier moteur de recherche étatique russe, a été mis en ligne, mardi 22 mai, comme a pu le constater FRANCE 24. Une initiative qui ressemble à un nouvel effort du pouvoir pour mieux contrôler la diffusion de l’information à l’heure de la crise ukrainienne.

Développé par le géant public des télécoms Rostelecom, Sputnik.ru veut se faire une place sur un marché des moteurs de recherche déjà très encombré. Pour l’instant, le site russe Yandex domine le secteur avec 67% des parts de marché, devant Google Russia (27,6 %) et Mail.ru (7 %), selon des données du site russe “LiveInternet”.

Mais le nouveau venu à une arme secrète : Sputnik.ru devrait, d’après le quotidien russe anglophone “Moscow Times”, devenir le moteur de recherche par défaut pour toutes les administrations et entreprises publiques. “En 2012, l’État était l’employeur de 25,7 % de la population active”, rappelle le journal moscovite.

Le déploiement de ce nouveau moteur de recherche, soutenu par le Kremlin, est passé relativement inaperçu à l’international car il n’est théoriquement accessible qu'à l’intérieur des frontières russes. Reste qu’il suffit d’utiliser un proxy afin d'être fictivement domicilié sur Internet en Russie pour y avoir accès.

Service public ou outil de contrôle ?

Sputnik connaît France 24

L’objectif officiel de Sputnik est d’offrir, outre un moteur de recherche, une multitude de services à destination d’un public “familial”, comme l’a expliqué Alexei Basov, vice-président de Rostelecom à l’agence de presse russe Itar-Tass. Cette orientation très grand public transparait clairement sur la page d’accueil du site. Aux côtés du traditionnel emplacement pour faire une recherche, Sputnik met en avant des services comme la météo, les programmes télé, des guides pour les jeunes parents, les nouveaux propriétaires et, plus généralement, tout ce qui a trait aux démarches administratives. En ce sens, Sputnik se situe à mi-chemin entre le moteur de recherche classique et le portail de services publics.

Dans le contexte de la crise ukrainienne, cette initiative peut cependant faire craindre une tentative du pouvoir de mieux contrôler la diffusion de l’information sur le Net russe. Une recherche, effectuée par FRANCE 24, en utilisant le mot-clef Ukraine dans la section actualité de Sputnik a, cependant, permis de faire ressortir dans les premiers liens des articles de médias internationaux comme RFI.

Alexei Basov a pourtant reconnu qu’une certaine forme de “modération” des résultats aura bien lieu sur Sputnik. Le site devrait filtrer le spam, les contenus pornographiques, “extrémistes et d’autres sortes de manipulations des résultats de recherche”. Une formulation suffisamment large pour laisser une certaine liberté d’appréciation de ce qui est autorisé sur Sputnik. Et voilà encore de quoi inquiéter les défenseurs de la liberté de l’information en Russie : l'origine du projet remonte à 2008, quand Dmitri Medvedev, alors président, s'était montré mécontent du traitement par les médias internationaux de la crise géorgienne.

Première publication : 22/05/2014

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