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Economie

Au Picotin, un déjeuner coûte 0,03 bitcoin

© Sebastian Seibt | Au Picotin, restaurant dirigé par Romain Pauchet, les clients peuvent payer en euros et en bitcoins.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 27/05/2014

Le Picotin est devenu le deuxième restaurant parisien à accepter le bitcoin. Paris rattraperait-elle son retard sur d’autres capitales européennes, comme Berlin, sur l'adoption de cette monnaie alternative?

À midi, les tables commencent à se remplir au Picotin, un restaurant de cuisine française dans le 12e arrondissement de Paris. Parmi la dizaine de clients, aucun, ou presque, n’a entendu parler du bitcoin. Seul un discret autocollant, placé sur la porte de l'établissement entre une recommandation de TripAdvisor et du Petit Futé, signale la particularité de ce restaurant : il accepte les paiements en monnaie dématérialisée. Pour un déjeuner, les clients peuvent donc, au choix, dépenser 13 euros ou 0,03 bitcoin.

Le Picotin est devenu, il y a deux mois, le deuxième restaurant de la capitale française à accepter cette "crypto-devise" qui compte un nombre croissant d’aficionados bien qu'elle soit souvent associée, dans les médias, à des affaires de blanchiment d’argent, de crime organisé ou encore de spéculation. Avant que Romain Pauchet, chef des lieux, autorise ce moyen de paiement dans son établissement, seul "Le 43", un restaurant thaïlandais du 13e arrondissement, acceptait les bitcoins.

Romain Pauchet n’a pas franchi le pas par militantisme ou par envie de prouver la valeur marchande de cette monnaie. "C’est plus par opportunité", déclare le chef. “Mon beau-père m’a parlé du bitcoin il y a deux mois, et j’ai pensé que ce pouvait être une idée amusante et dans l’air du temps de l’accepter comme moyen de paiement”, ajoute-t-il.

Sept boutiques à Paris

Concrètement, il suffit de posséder un smartphone et quelques bitcoins pour régler la douloureuse au Picotin. Sur sa tablette tactile, Romain Pauchet dispose d’une application qui convertit les euros en bitcoins, puis génère un QR code (sorte de code barre) que le client doit prendre en photo pour finaliser le paiement. Le restaurateur récupère ensuite la somme en bitcoins.

Pour l’instant, la foule des "bitcoin-maniaques" n’a pas encore envahit son établissement. "Je n’ai enregistré que trois paiements grâce à cette monnaie", constate Romain Pauchet. Mais il espère bien voir un jour ce moyen alternatif de règlement drainer une nouvelle clientèle pour ce restaurant qu’il dirige depuis sept ans.

Pour l’heure, il reste en terra quasi-incognita tant le paiement en bitcoins est rare à Paris. Les commerçants parisiens ne se pressent pas au portillon pour adouber cette monnaie dématérialisée. "Il y a pour l’instant sept boutiques [dont un bar et un magasin de vêtements, NDLR] qui les acceptent", précise William Hill, responsable, pour la société américaine Blockchain, du développement de l’application utilisée par Le Picotin pour payer en bitcoins. Il affirme qu’un troisième restaurant, de spécialités népalaises, devrait bientôt également franchir le pas.

À cet égard, la Ville Lumières est clairement à la traîne par rapport à d’autres capitales européennes. "À Berlin il y a plusieurs dizaines de commerces qui acceptent déjà les bitcoins, et Londres ou Amsterdam ont également une longueur d’avance sur Paris", affirme William Hill.

Maison du bitcoin et Monoprix

Mais ce missionnaire de la cause bitcoin ne désespère pas. L’ouverture, le 13 mai, de la Maison du bitcoin dans le quartier du Sentier et la promesse faite par Monoprix de permettre à ses clients de payer, dès la fin 2014, les achats sur son site grâce à cette monnaie devrait, d’après William Hill, permettre de démocratiser son utilisation en France. Pour lui, ce moyen de paiement est, en outre, gagnant-gagnant : "Les clients n’ont pas à subir les frais cachés des banques comme l’obligation de payer sa carte bleue et les commerçants n’ont pas à reverser de commission pour chaque paiement par carte".

Le bitcoin n’est cependant pas sans risque. C’est une monnaie dont le cours est soumis à des fluctuations importantes dues, essentiellement, à une forte spéculation. La valeur d’un portefeuille en bitcoins peut donc sensiblement changer d’un jour à l’autre : pas franchement de quoi rassurer le consommateur lambda. Il n’y a, en outre, pas de cadre légal à cette monnaie qui s’est volontairement construite en dehors des circuits financiers traditionnels. Les autorités, en France comme ailleurs, ne savent pas sur quel pied danser à son égard et hésitent entre soutien et encadrement strict de son utilisation. Une incertitude qui ne favorise pas son adoption par le plus grand nombre. William Hill reconnaît les défis auxquels le bitcoin fait actuellement face et "ne recommande à personne de placer toutes ses économies dans cette monnaie".

Reste que son adoption par un nombre croissant de commerces dans le monde, jusqu’à présent sans hic économique majeur, prouve que le paiement en bitcoins n’est plus seulement une affaire de geek, ou de criminels.

Première publication : 27/05/2014

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