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FRANCE

Ouragans, inondations, sècheresses : vers la création d'un asile climatique ?

© Crédit : AFP

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 06/06/2014

Calqué sur le principe de l’asile politique, un statut de "déplacé environnemental" a été présenté, le 5 juin, par l’ONG les Ateliers de la Terre, lors de la 9e édition de la Global Conference, en France. Explications.

Habitations soufflées, villes entières rasées, territoires engloutis... Chaque année, ils sont de plus en plus nombreux à subir les affres du dérèglement climatique. Eux, ce sont les "déplacés environnementaux". Qu'il s'agisse de typhons, d'ouragans, de tsunamis, d'inondations, de sècheresses ou encore de catastrophes industrielles, les populations aux quatre coins du globe sont toujours plus affaiblies, paupérisées, sans ressources. À l'automne aux Philippines (photo), cet hiver en Amérique du Nord ou plus récemment au printemps dans les Balkans, peu importe le continent, les aléas climatiques jugés de plus en plus puissants et hostiles laissent les gouvernements bien souvent pantois devant l'ampleur des drames humains et économiques à gérer.

Face à l’impuissance et surtout l’inaction des pouvoirs publics, bon nombre de voix s’élèvent pour réclamer la création d’un statut de réfugié environnemental. C’est le cas de Me Yvon Martinet, avocat aux barreaux de Paris et Bruxelles. "On sait, depuis la publication du rapport Stern en 2006, que d'ici à 2050 la planète comptera 200 à 250 millions de déplacés environnementaux, un chiffre qu'a d'ailleurs confirmé le Giec [Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat] au printemps. Il est temps que les sociétés civiles se mobilisent", déclare-t-il à FRANCE 24. Pour impulser le mouvement, l'avocat a présenté, jeudi 5 juin, le premier jet d'une charte internationale sur les réfugiés climatiques, à l'occasion de la 9e édition de la Global Conference organisée au sein de la majestueuse Abbaye de Fontevraud (Pays de la Loire).

Ratification internationale à Paris en 2015 ?

Relayé et porté par l'ONG les Ateliers de la Terre, le texte, dont l'idée est apparue il y a un an, définit simplement et de manière très épurée le statut de déplacé environnemental. Le but : sensibiliser le grand public et poser un cadre légal autour des victimes - à court, moyen et long terme - du dérèglement climatique. "Nous ne souhaitons absolument pas être vus comme des donneurs de leçon, notre rôle est plus d'éveiller les consciences. Mais il faut que les déplacés environnementaux puissent enfin être pris en charge et que les États soient responsabilisés", explique à FRANCE 24 George Gendelman, co-fondateur des Ateliers de la Terre. "Ce texte est une base qui doit permettre d'ouvrir le débat et de lancer une concertation dans l'espoir d'aboutir à une signature des gouvernements lors de la COP21 [la conférence internationale sur le climat qui aura lieu à Paris en 2015, NDLR]", indique-t-il.

Pour l'heure, quelques projets similaires ont pu être adoptés mais ils demeurent à une échelle locale ou au mieux continentale comme en Afrique avec la convention de Kampala. "Il s'agit d'un accord régional pour les déplacés environnementaux qui a été déjà ratifié il y a deux ans par 42 pays africains", souligne Me Martinet. En Norvège et en Suisse, l'initiative Nansen - un projet caritatif du même acabit - a également été mis en œuvre à la même période. Autant d'exemples sur lesquels les Ateliers de la Terre et les avocats du barreau de Paris comptent bien s'appuyer.

Crainte d'un afflux de demandeurs d'asile climatique

Mais d'ici à une approbation globale et unanime à Paris en 2015, la route est encore longue et les obstacles de taille. Tout d'abord, le sort des réfugiés environnementaux n'est absolument pas la priorité de la COP21 qui doit accoucher d'un accord international sur le climat afin de maintenir le réchauffement mondial en-deçà de 2°C. Un objectif d'autant plus ambitieux que le traumatisme de l'échec de la COP15 à Copenhague en 2009 est encore vif dans les mémoires.

En outre, le cas des déplacés environnementaux s'illustre actuellement par le manque de volonté politique qui l'entoure, les gouvernements craignant qu'en accordant un "asile climatique" les flux migratoires deviennent ingérables. En Nouvelle-Zélande justement, la justice a refusé, en novembre dernier, d'accorder l'asile et donc le statut de réfugié climatique demandé par un habitant des îles Kiribati, où les littoraux sont rongés par l'augmentation du niveau des océans.

Mais selon Me Martinet, ce genre de mauvais élève n'augure pas forcément l'échec de sa convention à Paris-2015. Il se montre même plutôt confiant, certains acteurs du secteur soutenant d'ores et déjà le projet. "Nous avons reçu un accueil très favorable pour l'instant. Et la France - par la voix de Marie-Hélène Aubert, l'organisatrice de COP21 - a déjà fait savoir qu'elle était de notre côté", affirme-t-il, sans pour autant disposer d'une approbation claire et officielle. Défenseurs et détracteurs de la charte devraient commencer à se faire connaître d'ici quelques mois, et notamment en décembre, lors de la conférence sur le climat organisée à Lima, au Pérou.

Première publication : 06/06/2014

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