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Intermittents du spectacle: le gouvernement nomme un médiateur

AFP

Le gouvernement a confié au député PS Jean-Patrick Gille une mission de dialogue avec les intermittents du spectacle, opposés à la future convention chômage réformant leur régime et qui menacent de perturber la saison des festivals.

Le député d'Indre-et-Loire doit conduire un "dialogue avec toutes les parties concernées", dont les intermittents qui ont déposé un préavis de grève national pour tout le mois de juin, et remettre ses propositions au gouvernement "sous 15 jours", a annoncé Matignon samedi dans un communiqué.

Les intermittents, désormais largement soutenus par le monde du spectacle, ont encore fait grimper la tension samedi pour obtenir du gouvernement qu'il ne signe pas la convention chômage qui réforme leur régime.

Ainsi, ils ont reconduit samedi la grève commencée mardi à l'ouverture du 28e Printemps des Comédiens à Montpellier, entraînant l'annulation de six nouveaux spectacles. Ils ont occupé brièvement l'Opéra Bastille samedi soir à Paris, retardant la représentation de "La Traviata".

Plusieurs membres de la coordination nationale se sont également succédé samedi soir lors d'une tribune publique en plein air, au Domaine d?O à Montpellier. "Mon niveau de vie est bas et continue de baisser, même si j'ai la chance de n?avoir jamais perdu mon statut d?intermittent", a raconté Claire, comédienne et directrice de production.

"Les budgets sont en baisse, nous aurons de plus en plus de mal à faire nos heures (nécessaires pour bénéficier du régime d?intermittent du spectacle), a renchéri Samuel Churin, membre de la coordination Ile-de-France et porte-parole du mouvement. "Nous sommes de plus en plus nombreux à perdre nos droits et cette réforme amputera le pouvoir d?achat des intermittents de 50 à 300 euros par mois".

Le temps est compté pour tenter de résoudre la crise puisque la convention chômage contestée doit être examinée le 18 juin par le Conseil national de l'emploi, avant une signature projetée fin juin par le ministre du Travail.

"On sait qu'il y a une tension qui monte actuellement mais on n'est pas dans la situation de 2003", a dit de son côté sur BFM M. Gille, qui a été rapporteur en 2013 de la mission parlementaire sur les conditions d?emploi dans les métiers artistiques.

"La gauche ne laisse pas tomber la culture. Je me bats pour préserver les moyens de la création. Si le ministère de la Culture a depuis deux ans participé à l'effort de redressement de nos comptes publics, il faut aussi prendre la mesure du poids de la culture pour l'activité économique et l'emploi", a réagi pour sa part la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, dans les colonnes du Journal du dimanche.

La nouvelle convention chômage, dont la signature est projetée pour fin juin, a été validée le 22 mars par trois syndicats (CFDT, FO, CFTC) et le patronat (dont le Medef). Elle prévoit des économies sur le régime d'indemnisation des techniciens et des artistes du spectacle.

Le Medef est hostile à un régime qu'il juge trop favorable et trop coûteux et qui est à ses yeux une subvention déguisée à la culture.

"Le but de la mission confiée au député Gille est de remettre un peu d'objectivité, de faire la transparence. L'accord prevoyait une concertation à l'automne, nous allons accélérer et la lancer dès cet été", a précisé à l'AFP un conseiller du Premier ministre.

M. Gille devra aussi "formuler des propositions pouvant répondre aux difficultés qui seraient -le cas échéant- identifiées à l?issue de cette analyse", selon Matignon. Le député devra en outre "proposer une méthode pour la concertation tripartite Etat-syndicats-patronat prévue par l'accord sur les moyens de lutter contre la précarité dans les secteurs concernés par les annexes 8 et 10".

Les intermittents du spectacle ne représentent que 3,5% des bénéficiaires des allocations chômage et 3,4% des dépenses de l'Unedic. Mais ils sont traditionnellement plus mobilisés que les chômeurs et défendent leur régime spécifique. Celui-ci compense la précarité attachée aux métiers de la culture, en échange de cotisations deux fois plus élevées que dans le régime général.

Première publication : 08/06/2014