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EUROPE

Attentat de Sarajevo : "Nous avons fait la paix avec Gavrilo Princip"

© Famille de Hohenberg

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 26/06/2014

Cent ans après la mort de l'archiduc héritier du trône austro-hongrois qui entraîna l'Europe dans la Grande Guerre, son arrière-petite-fille Anita de Hohenberg lui rend hommage, dans un esprit de réconciliation.

Depuis plus de trente ans, Anita de Hohenberg s’occupe du château d'Artstetten en Autriche, une magnifique résidence de style baroque flanquée de typiques clochers à bulbes. Un héritage foncier, transmis à la mort de son père, le duc Franz-Ferdinand de Hohenberg, mais surtout un lieu chargé d'histoire. C’est en effet ici, dans le caveau familial, que reposent ses arrières grands-parents, l’archiduc François-Ferdinand, héritier d’Autriche Hongrie, et la duchesse Sophie.

Cent ans jour pour jour après leur assassinat le 28 juin 1914 à Sarajevo, leur arrière-petite-fille va honorer leur souvenir. "Nous attendons entre 1 000 et 2 000 personnes. Cela va être une journée vraiment exceptionnelle. Il va y avoir un rassemblement au caveau familial avec un dépôt de gerbe, puis un transfert vers la basilique où va être célébré un requiem pontifical", explique à FRANCE 24 la descendante du couple princier, dans un français parfait teinté d'un léger accent autrichien.

Le château d'Artstetten en Autriche. © Famille Hohenberg

"Un message d’espoir et d’entente"

L'archiduc François Ferdinand et la duchesse Sophie de Hohenberg avec leurs trois enfants, Maximilien, Sophie et Ernest. © Famille Hohenberg

Mais Anita de Hohenberg n’entend pas seulement rendre hommage à ses ancêtres. Cette commémoration du 28 juin dans son château est aussi organisée en mémoire "des 17 millions de morts de la Première Guerre mondiale". Sa famille considère en effet que François-Ferdinand et Sophie, dont la mort fût l’étincelle qui plongea le monde dans un conflit sanglant, sont les premières victimes de la Grande Guerre. Comme elle l’explique dans une plaquette de présentation, cette journée est "un message d’espoir et d’entente, au-delà des dissensions actuelles dont les belligérants d’autrefois étaient déjà victimes".

De grandes commémorations internationales vont avoir lieu à Sarajevo, là-même où ses aïeux sont morts sous les balles d’un étudiant serbe de Bosnie et nationaliste yougoslave, Gavrilo Princip. Mais Anita de Hohenberg a préféré ne pas y prendre part : "Nous avons décidé qu’aucun membre de la famille descendant de François-Ferdinand n’allait y aller cette année. Nous ne voulons pas vexer la population, c’est une forme de respect". Un siècle après cet attentat, les tensions sont en effet toujours vives autour de ces deux coups de feu qui enflammèrent le monde. Pour certains, le tireur Gavrilo Princip est un héros, un combattant de la liberté, luttant pour l’unification des Slaves du Sud et contre les occupants austro-hongrois qui avaient annexé la Bosnie Herzégovine en 1908. Pour d’autres, il n’est qu’un terroriste, qui a lâchement assassiné un couple et précipité le monde dans le chaos.

"Ils lui pardonnaient"

La famille de Hohenberg a choisi pour sa part de prendre ses distances vis-à-vis de ces interprétations. Même si la mort de François-Ferdinand et Sophie, a rendu orphelins leurs trois enfants, l’heure n’est plus à la colère. "Cela a toujours été important pour nous de ne pas avoir de ressentiment. Nous avons été élevé par mon père et ses proches, dans l’idée qu’ils avaient fait la paix avec Gavrilo Princip", affirme l’héritière de la mémoire familiale, qui possède elle-même le titre de princesse.

Elle se souvient que les trois enfants du couple, Maximilien, son grand-père, Sophie et Ernest, ont même écrit à Gavrilo Princip durant la guerre, avant sa mort en 1918 en prison, pour lui dire qu’ils lui pardonnaient : "Mes ancêtres pensaient que c’était un jeune qui avait été complètement manipulé et qu’avec les autres membres du complot, ils avaient subi un lavage de cerveau. C’étaient de jeunes étudiants qui voulaient faire un exemple. Ils auraient été aussi contents s’ils avaient tué Oskar Potiorek, qui était le gouverneur de Bosnie-Herzégovine [il se trouvait aussi dans la voiture du couple, NDLR]. Le hasard veut que ce dimanche, Gavrilo Princip se trouvait à cet endroit précis".

Des mannequins du musée de Sarajevo représentant l'archiduc François-Ferdinand et la duchesse Sophie de Hohenberg le jour de leur assassinat. © Stéphanie Trouillard / FRANCE 24

Comme de nombreux membres de la famille, la propriétaire du château d'Artstetten estime que même sans la mort de son arrière-grand-père, la guerre aurait eu lieu : "Cela allait 'péter' quelque part. On le voit très bien dans le livre de Christopher Clarke, "Les Somnambules". Tous ces pays ont marché les yeux ouverts vers la catastrophe". Pour l'arrière-petite-fille de François-Ferdinand, l’archiduc faisait partie du camp des modérés. "Il était chef des armées à l’époque. Il savait qu’il n’y avait pas assez d’argent en caisse. Il y avait certes beaucoup de difficultés avec la Serbie, mais François Ferdinand ne voulait certainement pas faire une guerre préventive".

De nombreux ouvrages historiques rapportent en effet que l’héritier n’était pas partisan d’une politique étrangère agressive et était favorable à un fédéralisme offrant plus de droits aux populations slaves de son Empire. "Je ne ferai jamais la guerre contre la Russie. Je ferai tous les sacrifices pour l’éviter. Une guerre en entre l’Autriche et la Russie finirait soit par la chute des Romanov, soit parce celle des Habsbourg, peut-être par celle des deux", avait-il ainsi écrit, prophétique, en 1913* à l’un de ses conseillers.

Romantisme et tragédie

Au-delà de ces aspects purement politiques, la princesse veut également donner une autre image de son aïeul. Dans un petit ouvrage qu’elle lui a dédié, elle a tenté de cerner l’homme et l’époux. Alors qu’il a été très souvent décrit comme autoritaire, colérique, voire incontrôlable comme lors de ses nombreuses parties de chasse tournant souvent au massacre, elle y voit surtout un être complexe : "Il avait un caractère assez impulsif, mais il n’était pas austère. C'était un bon père de famille". Juste avant de mourir, l’archiduc aurait déclaré à son épouse, gravement blessée : "Sophie, Sophie, ne meurs pas, reste en vie pour nos enfants". Bravant les conventions, l’hériter de l’Empire avait épousé par amour Sophie Chotek, une simple dame d’honneur, de sang noble et non royal. Il avait d’ailleurs fait construire son caveau à Artstetten pour pouvoir reposer à ses côtés et non à Vienne, comme l'exigeait jusqu'alors la coutume de la famille royale.

Une histoire romantique et tragique qu’Anita de Hohenberg a, à son tour, transmis à ses enfants, qu'elle a eus avec un Français, le comte Romée de La Poëze d'Harambure. Cinq générations après l’attentat de Sarajevo, elle est très fière de sa famille au sang européen : "Cet héritage divers est une chance inouïe pour mes enfants et pour la prochaine génération. Nous sommes très internationaux !" .

* cité par Jean-Louis Thiériot dans "François Ferdinand d’Autriche".

 

Le médaillon du monument dédié à l'archiduc François Ferdinand et la duchesse Sophie de Hohenberg. Après avoir été installé à Sarajevo en 1917, il a ensuite été démantelé un an plus tard. Il est désormais exposé à la galerie nationale de Bosnie-Herzégovine. © Stéphanie Trouillard/France 24

Première publication : 25/06/2014

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