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Moyen-Orient

Le gouvernement turc accusé de soutenir les djihadistes en Syrie

© AFP / Recep Tayyip Erdogan face au Parlement turc, en mai.

Texte par Nina HUBINET

Dernière modification : 17/06/2014

L’opposition turque affirme détenir un document prouvant le soutien du gouvernement Erdogan aux groupes djihadistes présents en Syrie. Des accusations qui fragilisent le pouvoir turc, alors que 80 ressortissants sont retenus par l’EIIL en Irak.

Des députés du principal parti d’opposition turc, le Parti républicain du peuple (CHP), ont demandé des explications au gouvernement de Recep Tayyip Erdogan à propos du soutien supposé des autorités aux organisations djihadistes impliquées dans le conflit syrien, rapporte le quotidien turc "Hurriyet" dans son édition du 17 juin. Alors que le consul de Mossoul et 79 autres Turcs résidant dans la ville du nord de l’Irak sont otages de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) depuis le 11 juin, ces nouvelles révélations ajoutent à l’embarras du pouvoir turc.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement d’Erdogan est accusé d’aider les djihadistes en Syrie. Mais cette fois-ci, l’opposition affirme détenir des preuves de ces liens. Ihsan Özkes, le député d’Istanbul, a récemment déclaré être en possession d’une circulaire envoyée par l’ancien ministre de l’Intérieur au gouverneur de la région d’Hatay, frontalière avec la Syrie. Le document demanderait ouvertement aux autorités locales d’aider les combattants du Front al-Nosra, l’un des deux principaux groupes djihadistes présents en Syrie, avec l’EIIL.

“La province d’Hatay a une importance stratégique concernant le franchissement de la frontière entre notre pays et la Syrie. Le soutien logistique aux groupes islamiques, leur entraînement et la prise en charge des blessés seront principalement assurés à partir de cette région. L’Organisation nationale du renseignement (MIT) et les autres institutions concernées ont été chargées de ces missions“, stipule cette circulaire, d’après Ihsan Özkes.

Des combattants d’Al-Nosra contre le PKK

Le député d’Istanbul accuse, par ailleurs, le ministère des Affaires religieuses d’avoir remis de l’argent collecté pour des œuvres de charité aux combattants djihadistes, et d’avoir autorisé des membres d’Al-Nosra à utiliser des dortoirs du ministère, toujours dans la région d’Hatay.

Le document révèle également, selon Ihsan Özkes, comment les services de renseignement turcs ont utilisé des membres d’Al-Nosra pour combattre le Parti de l’Union démocratique (PYD), le parti kurde syrien affilié au PKK.

En plus de la circulaire incriminée, le Parti républicain du peuple (CHP) présente un autre élément à charge : une photo d’un homme sur un lit d’hôpital. D’après le parti d’opposition, il s'agit d'Abou Mohammed, un commandant de l’EIIL, soigné à l’hôpital public d’Hatay après avoir été blessé dans des combats à Idlib, en Syrie. L’image, qui serait datée du 16 avril, a largement circulé sur Internet le 9 juin dernier, lors de la prise de Mossoul par l’EIIL. Le chef du groupe parlementaire du CHP, Muharrem İnce, a exigé des explications des autorités à propos de ce cliché.

"Si nous nous taisons maintenant, c’est pour laisser le gouvernement travailler et empêcher tout dommage pour notre peuple, notre drapeau et notre pays. Mais nous allons parler de la situation dans laquelle les mauvaises politiques ont entraîné notre pays, et du genre de problèmes que nous créent tous ceux que ces politiques ont nourris, soignés et aidés" a déclaré Muharrem İnce le 12 juin dernier devant le Parlement turc, à Ankara.

Black-out médiatique sur les otages de Mossoul

Le gouvernement d’Erdogan se retrouve donc dans une position délicate, alors que 80 Turcs, enlevés à Mossoul, sont retenus en otages par l’EIIL en Irak, et qu’Ankara a évacué mardi son consulat à Bassora, dans le sud du pays. Signe de la fébrilité du pouvoir dans cette affaire, une décision de justice a interdit aux médias turcs, mardi 17 juin, de rapporter la moindre information sur la prise d’otages. Seules les autorités sont désormais autorisées à s’exprimer sur le sujet.

Cet enlèvement a encore ravivé la polémique sur les liens entre le gouvernement turc et les groupes djihadistes. En janvier, une enquête menée par des journalistes des quotidiens "Hurriyet" et "Radikal" avait déjà démontré l’implication des services de renseignement dans l’acheminement d’armes aux rebelles syriens, dont certains groupes extrémistes.

Mais le régime d'Ankara continue de nier toute aide à ces groupes, même si la position anti-Assad du gouvernement Erdogan ne fait de doute pour personne. Avec la prise d’otages de Mossoul, les autorités turques se retrouvent brutalement confrontées à leurs contradictions sur le dossier syrien.

Première publication : 17/06/2014

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