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Moyen-Orient

L’EIIL et ses "Fanboys" sur Twitter

© Twitter

Texte par Wassim NASR

Dernière modification : 20/06/2014

Les réseaux sociaux continuent de jouer un rôle central dans la couverture des affrontements en Syrie et en Irak. De tous les acteurs engagés, l’EIIL s’est affirmé comme le plus puissant et le premier à "professionnaliser" son action sur Twitter.

De tous les mouvements djihadistes, l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) est celui qui compte le plus grand nombre de fans sur les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter. Sans parler de ses innombrables comptes officiels et officieux, des pages personnelles de ses combattants, émirs, chefs religieux…

Les plus ardents supporters de l’EIIL sur Twitter – ceux qu’on surnomme les "ISIS [EIIL en anglais, NDLR] fanboys" - gèrent avec différents pseudos plusieurs comptes en plusieurs langues à la fois – depuis les quatre coins de la planète. Un procédé qui permet d’amplifier la communication de cette mouvance djihadiste à vocation internationaliste, mais aussi d’avoir une voire plusieurs "roues de secours" au cas où Twitter déciderait de fermer un compte.

Contacté par FRANCE 24, un de ces activistes du Net nous explique qu’il ne se considère pas comme un "fanboy", mais comme "une personne avec de fortes convictions". Moaouia (pseudonyme), qui préfère ne pas révéler où il se trouve, est actif sur Twitter en anglais et en arabe depuis plusieurs années, bien avant la création de l’EIIL.

Créer le buzz

Mouaia assure "qu’aujourd’hui, il est presque impossible de définir le nombre exact de supporters ou de 'fanboys' sur les réseaux sociaux". Selon lui, le plus grand nombre d’entre eux, y compris parmi ceux qui twittent en anglais, se trouvent dans des pays arabes comme la Libye, la Tunisie, la Jordanie, l’Irak et la Syrie. Puis dans les pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite et le Koweït. En comparaison, les supporters occidentaux seraient très peu nombreux. La langue arabe est toujours la mieux représentée, suivie de l’anglais et en troisième lieu l’indonésien ; car il y a beaucoup de supporters en Indonésie et ils sont très actifs sur les réseaux. Les supporters arabophones seraient les mieux organisés, se coordonnant pour susciter "le buzz", créer et diffuser les hashtags [mots-clés, NDLR] de façon simultanée via différents comptes.

En effet, grâce à la mobilisation remarquable de ses membres et de ses sympathisants, la présence de l’EIIL sur les réseaux sociaux et sur Twitter est de plus en plus visible et efficace. Dernier exemple en date, celui du hashtag en arabe pour la campagne "d’un milliard de musulmans qui soutiennent l’EIIL"(#حملة_المليار_مسلم_لنصرة_الدولة_الإسلامية), ou du hashtag en anglais #AllEyesOnISIS.

Les supporters actifs sur les réseaux sociaux accomplissent une tâche considérable dans l’effort de diffusion des idées et des informations qui émanent des canaux officiels de l’EIIL. C’est également grâce à eux que les vidéos sont diffusées et maintenues sur les réseaux sociaux, malgré les tentatives de censure.

La 'wilaya Twitter"

En créant une "wilaya Twitter" (gouvernorat de Twitter) l’EIIL est en train de déployer une vraie stratégie de communication bien pensée et bien élaborée, qui trouve un écho médiatique non négligeable. Selon Moaouia, "le groupe a prouvé depuis longtemps qu’il a une stratégie innovatrice et efficace sur les réseaux sociaux, mais cela aurait été sans effets réels si l’EIIL ne bénéficiait pas d’un soutien considérable dans le monde réel".

L’EIIL a même créé en avril dernier une application "L’aube des victoires" (Fajr al-Bachaiyr), devenant le premier groupe djihadiste à mettre en ligne une application… sauf qu’elle vient d’être supprimer par Google.

Les réseaux sociaux permettent au groupe terroriste de s’adresser directement à ses fans comme à ses recrues, dans plusieurs langues, et de promouvoir ses moindres faits et gestes via de vraies productions. Ce qu’on a pu constater avec la diffusion, il y a quelques jours, d'une courte vidéo de propagande présentée en français, sous titrée en anglais et accompagnée d’un hymne djihadiste en allemand. Ou de sa dernière œuvre de propagande "Le choc des épées 4" (Salil al-Sawarim4).

Première publication : 20/06/2014

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