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Une favela de Sao Paulo défie le futur champion du monde

AFP

Des jeunes s'entraînent sur un terrain poussiéreux de la favela Anita Garibaldi, non loin de l'aéroport international de Sao Paulo, le 16 juin 2014Des jeunes s'entraînent sur un terrain poussiéreux de la favela Anita Garibaldi, non loin de l'aéroport international de Sao Paulo, le 16 juin 2014

Des jeunes s'entraînent sur un terrain poussiéreux de la favela Anita Garibaldi, non loin de l'aéroport international de Sao Paulo, le 16 juin 2014Des jeunes s'entraînent sur un terrain poussiéreux de la favela Anita Garibaldi, non loin de l'aéroport international de Sao Paulo, le 16 juin 2014

Des jeunes s'entraînent sur un terrain poussiéreux de la favela Anita Garibaldi, non loin de l'aéroport international de Sao Paulo. Leur but: attirer l'attention sur leur situation en jouant un match contre le futur champion du monde.

Avec l'appui de l'ONG latino-américaine Techo ("toit"), le Anita Football club a eu l'audace d'inviter le prestigieux vainqueur du Mondial-2014 sur son modeste terrain et ainsi donner un coup de projecteur sur cette zone miséreuse dépourvue de distribution d'eau et d'électricité.

L'équipe a maintenant quitté le terrain, remplacée par des enfants qui tapent dans le ballon malgré la tombée de la nuit, bien décidés à imiter les gestes de leurs idoles vues à la télévision.

Dans la favela Anita Garibaldi, qui a surgi il y a environ 13 ans à quelques encablures de l'aéroport Guarulhos après une occupation illégale, les habitants sont de véritables survivants. Ils ont résisté à pas moins de six tentatives d'expulsion ces dernières années.

Aujourd'hui, quelque 3.000 familles s'entassent dans cet entrelacs de ruelles parsemées de petits fanions brésiliens qui frémissent au bruit des moteurs des avions qui atterrissent et décollent à proximité.

"Quand on est arrivé en 2001, c?était un champs d'eucalyptus. Tout ce que nous avons, nous l'avons fait avec nos mains, sans machines", explique Elvis Vieira, un DJ de 32 ans qui fait figure de leader de la communauté.

"Hey parrain!", lui lance un enfant entre deux dribbles.

Elvis a obtenu la reconnaissance de ses voisins en lançant le "Défi Anita" mais aussi d'autres initiatives visant à attirer l'attention sur les conditions de vie précaires des habitants de cette favela.

- Une utopie positive -

"J'aimerais jouer contre le Brésil parce qu'ainsi la majorité des joueurs reviendraient vers leurs origines: les champs de terre où les gamins apprennent à jouer au football dans ce pays", confie l'entraîneur du FC Anita Alexandre Romao, un fonctionnaire de 35 ans qui aime se comparer au sélectionneur brésilien Luiz Felipe Scolari.

"J'ai embrassé cette utopie parce que je vois que les jeunes pensent que ça va se produire. Et s'ils y croient, j'y crois aussi", affirme le technicien autoproclamé, arrivé dans la favela avec ses premiers occupants le 19 mai 2001.

Aujourd'hui, il réside dans une pièce de 18 mètres carrés avec sa femme et sa fille et doit partir chaque matin à 04h30 pour aller travailler.

Renaldo de Oliveira Silva est né à Bahia il y a 20 ans et a élu domicile dans la favela avec ses parents et sa soeur quand il avait sept ans.

Milieu de terrain, le numéro 14 a encore un visage poupin alors qu'il est déjà père. Il partage sa vie entre le terrain d'Anita et son emploi de mécanicien à l'aéroport.

"La vie ici est tranquille, nous nous divertissons en jouant au football. Nous nous réunissons tous les jours sur le terrain après le travail et le week-end pour jouer et discuter. C'est le centre de nos vies", sourit-il.

- Si Dieu le veut... -

A côté de lui, Adenaclay Gonçalves dos Santos, une jeune femme de 29 ans aux yeux fatigués, observe les footballeurs maillot auriverde sur les épaules.

A 16 ans, elle a quitté l'Etat d'Alagoas (nord-est) pour rejoindre Sao Paulo. "Je vis ici parce que je n'avais nulle part où aller et j'ai pu acheter un bout de terrain", raconte-t-elle.

Elle y a rencontré son mari et a eu un enfant. Elle a trouvé un emploi stable comme agent de nettoyage à Guarulhos.

Adenaclay adorerait voir ses voisins affronter une grande équipe nationale sur ce bout de terre où elle regarde son fils courir.

"Si Dieu le veut, le rêve se réalisera. Ils le méritent, car ils font beaucoup d'efforts. Ici on doit livrer une bataille quotidienne pour devenir quelqu'un, assure-t-elle. C'est beaucoup plus difficile que de remporter une Coupe du monde".

Première publication : 21/06/2014