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BILLET RETOUR

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Dernière modification : 30/06/2014

Côte d'Ivoire : après les souffrances, la reconstruction

Trois ans après la crise post-électorale en Côte d'Ivoire, les activités ont repris à Abidjan. Comme dans l'ensemble du pays, la capitale économique ivoirienne a payé un lourd tribut durant le conflit politique qui a opposé Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara. Aujourd'hui, si les amertumes demeurent et les réparations se font attendre, l'heure est à la reconstruction.

Dès l'arrivée à l'aéroport d’Abidjan, les premiers signes du changement sont visibles : désormais, les avions sont pleins, la file d'attente devant la police aux frontières est en ordre et les taxis sont disciplinés.

Trois ans après la crise post-electorale, me voilà de retour dans la capitale économique ivoirienne. En Côte d'Ivoire, plus de 3 000 personnes sont mortes et un million ont été déplacées au cours de l'hiver 2010-2011, selon des estimations de l'ONU.

Mon chauffeur Diaby, un enfant d'Abobo, la plus grande commune d'Abidjan, me fait part de son soulagement depuis le retour au calme. "Nous avons souffert", me répète-t-il sans cesse. Souffert des assauts à répétition de l'armée et des milices de Laurent Gbagbo contre sa commune, acquise majoritairement à la cause du pouvoir en place.

Sous le grin (arbre à palabres), je retrouve des jeunes rencontrés il y a trois ans. Le discours est le même. Ils soutiennent le président actuel, Alassane Ouattara, mais leurs paroles ont désormais un goût amer. Car leur situation n'a pas évolué aussi vite qu'ils le souhaitaient. La plupart sont diplômés, mais toujours sans emploi.

Dans le camp d'en face, celui des partisans de Laurent Gbagbo, l'emprisonnement de leur ancien leader et d'autres prisonniers politiques a du mal à passer. À Yopougon, par exemple, où la commission "Dialogue, Vérité et Réconciliation" a installé deux bureaux, certains habitants viennent réclamer réparation. De nombreuses exactions, dont des pillages ou des homicides, ont également été commises par le camp Ouattara.

L'objectif de la commission qui a vu son mandat prolongé jusqu'en septembre est de procéder aux premières auditions jusqu'à fin septembre. Béatrice, 38 ans et mère d'un enfant, a perdu son frère pendant la crise et a fui son logement pillé par des militaires du camp Ouattara, des "corps habillés" comme on dit en Côte d'ivoire. Elle espère être dédommagée par la commission.

En attendant, le calme est revenu à Abidjan, la sécurité également. Le pont à péage qui permettra de rallier La Riviera à Marcory en 15 minutes au lieu d'1 heure 15, est presqu'achevé. La croissance est positive depuis deux ans et les prévisions les plus optimistes du FMI tablent sur + 10 % à la fin de cette année.

Les entreprises qui ont survécu au conflit tentent de rattraper le retard ou de se remettre à flot. Stephane Eholié, directeur général d'une PME de 250 salariés rencontré il y a trois ans, a dû diminuer les salaires de ses employés pour ne pas licencier. Mais aujourd'hui, il a recruté 70 personnes et veut se lancer à l'assaut de la sous-région, estimant que les PME ivoiriennes sont le socle de l'économe du pays. Pourtant, la croissance ne profite pas encore à tous. Un Ivoirien sur deux vit encore avec moins d'un dollar par jour.

Un samedi après-midi, de jeunes pêcheurs de Blockhauss ont voulu me montrer la lagune, leur lieu de travail. Selon eux, depuis la crise, pêcher est devenu plus compliqué. Ils estiment que beaucoup de pêcheurs ont été accusés à tort de cacher des armes. Ils sont pourtant prêts à passer l'éponge sur leurs différends avec le camp d'en face. "Papa Houphouët nous a appris à pardonner. Tout est pardonnable", lance Jonas. L'ancien président Houphouët-Boigny, surnommé "le sage", est le père de l'indépendance du pays et l'initiateur du "miracle" économique ivoirien. Il reste aujourd’hui encore un exemple pour tous. Pour sa part, l’actuel président Ouattara souhaite mener son pays sur la voie de la réconciliation et de l'émergence d'ici à 2020. Un pari difficile mais qui ne semble pas insurmontable.

Par Willy BRACCIANO

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