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FRANCE

Les entreprises françaises bloquées aux portes de l’Iran

© AFP / Voiture Peugeot fabriquée par Iran Khodro en 2005.

Texte par Bahar MAKOOI

Dernière modification : 01/07/2014

Les négociations sur le nucléaire iranien reprennent mercredi pour une ultime phase de pourparlers avant la date butoir du 20 juillet. Les entreprises françaises sont déjà dans les starting-blocks pour commercer avec l'Iran.

Le temps est compté. À partir de demain, mercredi 2 juillet, jour de reprise des négociations sur le nucléaire iranien à Vienne, il restera moins d’une vingtaine de jours aux grandes puissances et à l’Iran pour arriver à un accord définitif sur le nucléaire iranien.

Un accord qui doit garantir aux Occidentaux que Téhéran ne cherche pas à se doter de la bombe atomique, en échange de la levée des sanctions internationales.

Pendant ce temps, les entreprises françaises qui souhaitent développer de nouveaux marchés avec l’Iran s’impatientent et espèrent une issue rapide. Car tant que les sanctions ne seront pas levées, la prudence reste de mise. BNP Paribas vient d’écoper d’une amende faramineuse de 8,834 milliards de dollars pour avoir contourné les règles de l’embargo américain, notamment avec l’Iran.

Appuyé par le Cercle Iran-Économie et plusieurs groupes parlementaires, un lobbying est en marche pour aider les entrepreneurs français à poser les jalons de leurs futures collaborations.

Depuis le printemps, les échanges s’accélèrent, plusieurs délégations parlementaires françaises se sont rendues à Téhéran, des sénateurs en avril et des députés la semaine dernière. Tandis que le ministre de l’Agriculture iranien Mahmoud Hodjati et la vice-présidente iranienne Shahindokht Molaverdi ont effectué un voyage en France le mois dernier. Le ministre iranien de l’Agriculture en a même profité pour rencontrer le volailler Doux à Brest. Une entreprise en grande fragilité pour qui le marché iranien pourrait offrir un débouché.

Prise de contacts

"Prenez des contacts sur place, n’attendez pas la dernière minute", conseillait Michel Makinsky, spécialiste de l’économie iranienne s’adressant aux membres du Cercle Iran Économique, lors d’un colloque organisé le 23 mai par le groupe sénatorial d’amitié France-Iran.

Dans l’assemblée du Cercle Iran Économie, une centaine de personne s'étaient déplacées pour obtenir des informations sur les possibilités de développer les échanges commerciaux avec Téhéran. Des entrepreneurs curieux, des franco-iraniens travaillant pour des sociétés françaises et surtout de nombreux chefs d’entreprises ayant participé au voyage organisé par le Medef à Téhéran en février 2014. Un geste moyennement apprécié par le Quai d'Orsay qui leur avait recommandé la plus grande discrétion.

"J’encourage les entreprises présentes à se rendre là-bas (…) je trouverai cela dommage qu’on se fasse doubler", ajoutait le sénateur UDI Aymeri de Montesquiou, président du groupe d’amitié France-Iran au Sénat, lors d’un point presse organisé le 12 juin.

Concurrence américaine

Tous soulignent que la concurrence est rude. La place vide laissée par le départ forcé des entreprises françaises, à cause du durcissement des sanctions internationales, est grandement convoitée, notamment par les sociétés américaines. Depuis 2012, les constructeurs Renault et PSA ont dû plier bagage, abandonnant sur place un vaste marché de 78 millions de consommateurs.

De leur côté, les entreprises américaines telles que Chrysler, General Motors ou Boeing multiplient les contacts auprès des Iraniens. L'avionneur américain est autorisé depuis avril à exporter des pièces détachées, en vertu de l’accord intérimaire signé entre Occidentaux et Iraniens sur le nucléaire en novembre. Une dizaine de présidents d'universités américaines auraient également effectué une tournée pour visiter les meilleurs établissements universitaires de Téhéran fin février, autre signe de rapprochement irano-américain.

Face à l’avance des concurrents outre-Atlantique, les entreprises françaises s’activent à leur tour. Renault discute en ce moment du dossier avec les autorités américaines et françaises. Le directeur commercial de Renault, Jérôme Stoll, cherche un partenaire financier pour relancer son activité en Iran. Quant au directeur de Peugeot, Maxime Picat, il examine les contours de nouvelles coopérations communes avec son partenaire historique Iran Khodro.

Trouver des banques qui échangent avec l’Iran

L’entrave principale aux échanges commerciaux avec l’Iran reste le blocage des flux financiers, comme le soulignait certains entrepreneurs du Cercle Iran Économie : "Les banques ne veulent pas être blacklistées. Il faut trouver des banques qui n’effectuent pas de transactions avec les États-Unis". "Et surtout pas de transactions en dollars".

Ce conseil prend tout son sens aujourd’hui, alors que BNP vient d’être condamné par la justice américaine à payer une amende de près de 9 milliards de dollars pour des opérations réalisées en dollars avec plusieurs pays sous embargo, dont l’Iran.

"Que les États-Unis soient la seule vraie puissance dans le monde d'aujourd'hui tout le monde le sait. Mais ce n'est pas une raison pour se garantir à soi-même les marchés (...) ni pour prendre une longueur d'avance sur tous les autres", s’était insurgé Philippe Marini président UMP de la commission des finances du Sénat lors du point presse du 12 juin, avant même l’annonce définitive de l’amende américaine infligée à la première banque française. Il pointait du doigt l’autorisation accordée par Washington à Boeing de livrer des pièces détachées pour la compagnie nationale Iran Air.

Pour contourner ces obstacles, les sénateurs de la délégation française, qui s’est rendue en Iran en avril 2014, ont même suggéré de faire appel à la Banque postale considérant qu'elle ne serait pas exposée aux règles américaines. Une proposition des plus étonnantes puisqu'elle nécessiterait une intervention de l'État. Une attitude peu probable après le camouflet subit par BNP Paribas.

Première publication : 01/07/2014

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