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EUROPE

Pédophilie à Westminster : faire la lumière sur le passé

© AFP

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 07/07/2014

La ministre de l’Intérieur britannique a annoncé lundi vouloir faire toute la lumière sur une affaire de pédophilie qui pourrait impliquer d’anciens députés. À l’origine de l’affaire, la disparition d’éléments à charge, remis il y a 31 ans.

Au Parlement britannique, une sordide affaire pourrait enfin être révélée. Trente et un ans après la remise d'un rapport sur les présumés agissements pédophiles de certains députés et membres du gouvernement britannique, la ministre de l'Intérieur Theresa May a affirmé, lundi 7 juillet, sa volonté de faire toute la lumière sur l’affaire. Lors d’une allocution très attendue à la Chambre des communes, la ministre a annoncé l’ouverture d’un audit et d’une enquête sur la façon dont les institutions publiques gèrent les cas d'abus sur des enfants.

Elle a par ailleurs fustigé "la faillite des pouvoirs publics, que ce soit la police, les services sociaux ou l'école, pour protéger certaines victimes", dans cette affaire vieille de plusieurs décennies. Du côté de l’accusation, beaucoup estiment que ce scandale, qui mêlerait pouvoir et réseau pédophile, a été étouffé.

Une affaire enterrée depuis 31 ans

Tout commence en 1983, lorsque le député conservateur Geoffrey Dickens - décédé en 1995 - entend prouver l’existence de "pédophiles aux alentours et dans Westminster", le Parlement britannique. L’homme, engagé contre la maltraitance des enfants, remet à Leon Brittan, alors ministre de l’Intérieur sous Margaret Thatcher, un dossier censé démontrer des cas d'abus sexuels survenus fin des années 1970 et au début des années 1980. Puis, plus rien.

En 2013, un audit permet d'identifier "treize éléments faisant référence à des abus sur mineurs présumés" entre 1979 et 1999, dont neuf étaient déjà connus de la police. L'audit révèle également que 114 documents relatifs à des accusations d'abus sexuels à l'encontre d'enfants ont tout simplement disparu. Parmi eux, les mêmes documents remis par Geoffrey Dickens trente ans plus tôt.

La semaine dernière, le député travailliste Simon Danczuk achève de remettre cette affaire au goût du jour en sommant Leon Brittan d'expliquer ce qu'il a fait des documents reçus en 1983. Ce dernier – lui-même mis en cause dans une affaire de viol distincte – a longtemps nié avoir reçu les dits dossiers. Lundi 7 juillet, il a finalement reconnu qu’un "paquet de documents contenant des accusations sur des comportements sexuels gravement inconvenants" s’était retrouvé sur son bureau à l’époque, et qu’il l’avait passé aux responsables ministériels appropriés "selon la pratique normale".

L’actuelle ministre de l’Intérieur a pour sa part admis que ces dossiers "potentiellement pertinents" pourraient avoir été perdus ou détruits. "À cette époque, je pense que la majorité des gens estimaient qu'il était plus important de protéger le système que d'aller fouiller trop loin", a pour sa part commenté Norman Tebbit, une figure du thatchérisme.

"Découvrir la vérité"

Toutefois, face aux pressions – et notamment une pétition, forte lundi de 72 000 signatures, lancée par le député travailliste Tom Watson pour réclamer l’ouverture d’une enquête nationale –, fouiller plus loin est devenu une nécessité. Le Premier ministre conservateur, David Cameron, a ainsi déclaré être "absolument déterminé" à ce que toute la lumière soit faite sur ces accusations. "Nous allons explorer toutes les pistes pour découvrir la vérité sur ce qui s'est passé, c'est essentiel", a-t-il affirmé.

Le député Geoffrey Dickens

D’après le rapport remis par Dickens, les abus sexuels auraient été commis par huit membres de l'establishment britannique, dont le député libéral-démocrate Cyril Smith. Le député Dickens a également pointé des liens présumés entre des cercles du pouvoir et le "Paedophile Information Exchange" (PIE), une organisation qui œuvrait dans les années 1970 pour la légalisation des relations sexuelles entre adultes et enfants.

En 2012, le témoignage de Steven Messham, un ancien pensionnaire dans les années 1970 du foyer Bryn Estyn, dans le nord du Pays de Galles, est venu étayer les accusations de Dickens. Steven Messham a révélé, sur la BBC, avoir été violé "certainement une douzaine de fois" par une figure éminente du pouvoir britannique. Le nom de cette personne n’a pas été divulgué. À part ce politique de premier plan, d’autres hommes sévissaient également. "Une nuit en particulier, dont je me rappellerai toujours, j’ai été violé, attaché, et abusé par neuf hommes différents", avait-il affirmé.

Une autre victime présumée, ayant souhaité conserver l’anonymat, a également affirmé, toujours sur la BBC, avoir subi les assauts du représentant politique en question. Ce témoin, ainsi que Steven Messham, ont en outre tous deux dénoncé les réticences de la police à prendre en compte leur déposition, dès la fin des années 1970.

Scandales à répétition

Le retour sur le devant de la scène de ce scandale intervient alors que la Grande-Bretagne est déjà secouée par plusieurs affaires de pédophilie, touchant, elles, le monde des médias. La plus retentissante, l'affaire Jimmy Savile, du nom de l’ancien animateur vedette de "Top of the Pops" sur la BBC, aujourd'hui décédé, a défrayé la chronique. L’homme est accusé d’avoir agressé sexuellement un nombre très élevé de jeunes filles jusque dans les locaux de la chaîne de télévision britannique, parfois en compagnie d’autres stars. Dans une enquête rendue publique en juin, Scotland Yard considère le défunt animateur comme "l’un des pires criminels sexuels de l’histoire du pays".

Une autre star de la BBC depuis les années 1960, l’Australien Rolf Harris, 84 ans, a lui écopé la semaine dernière de cinq ans et neuf mois de prison pour agressions sexuelles envers quatre victimes âgées de 8 à 19 ans à l’époque des faits.

Dans l’arène politique, une autre révélation a touché de près David Cameron en février dernier : Patrick Rock, l'un de ses proches conseillers, a été arrêté à son domicile pour détention d’images pédopornographiques. L’homme, âgé de 62 ans, a par la suite démissionné de son poste. Son procès est en cours.

Première publication : 07/07/2014

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